Cameroun : Rémy Nama au Conseil constitutionnel, le choix du verrouillage politique.

Cameroun : Rémy Nama au Conseil constitutionnel, le choix du verrouillage politique.

Le chef de l’État camerounais, Paul Biya, a nommé par décret ce vendredi 16 octobre 2026 le magistrat hors hiérarchie Rémy Nama à la présidence du Conseil constitutionnel. Il succède à Clément Atangana, figure historique de l'institution décédée au début du mois. Cette désignation, intervenue en seulement douze jours, contraste de manière saisissante avec l'inertie qui frappe le gouvernement, inchangé depuis l'élection présidentielle d'octobre 2025. Un signal fort qui illustre les priorités de Yaoundé à l'approche des échéances de 2027, entre impératif de stabilité et accusations de verrouillage politique.

L’intérim à la tête de la plus haute juridiction du Cameroun n’aura été qu'une parenthèse éphémère. Douze jours après le décès, le 4 octobre dernier à Paris, de Clément Atangana à l’âge de 85 ans, le président Paul Biya a mis fin à la vacance institutionnelle constatée le 7 octobre par le conseiller-doyen d’âge, le professeur Paul Nchoji Nkwi.

Par le décret n° 2026/334, le choix présidentiel s'est porté sur Rémy Nama. Parallèlement, le décret n° 2026/333 entérine la nomination d'Abdoulaye Daouda comme membre du Conseil, en remplacement de Bah Oumarou Sanda, décédé en août 2026. Si cette double nomination permet de compléter l'effectif des « Sages », elle ravive le débat national sur les mécanismes de conservation du pouvoir.

Un cadre de l'appareil présidentiel à la tête des "Sages"

Rémy Nama est un haut commis de l'État. Ce magistrat hors hiérarchie officiait jusqu'ici dans l'ombre du palais d'Etoudi — le siège de la présidence — comme conseiller chargé des affaires juridiques au Secrétariat général de la présidence de la République (SG/PR). Connu pour sa discrétion et sa maîtrise des dossiers institutionnels sensibles, son profil répond à la doctrine habituelle du « Renouveau » (nom donné au régime en place) : privilégier une fidélité politique éprouvée et une parfaite connaissance des rouages internes de l'État.

Le Conseil constitutionnel occupe une place centrale dans l'architecture politique camerounaise. Arbitre suprême du jeu démocratique, il détient le monopole du contentieux électoral et de la proclamation des résultats officiels de la présidentielle, des législatives et des scrutins référendaires. En plaçant un proche collaborateur à sa tête, Paul Biya s'assure d'un contrôle rigoureux de l'organe de supervision électorale à l'aube des élections législatives et municipales prévues en 2027.

Deux visions irréconciliables : Entre continuité de l'État et verrouillage électoral

Cette extrême célérité présidentielle met en lumière un paradoxe de calendrier qui sépare radicalement les opinions du parti au pouvoir et de ses opposants :

• Du côté du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) : Les cadres du parti réfutent toute manœuvre politique. Ils saluent la diligence du chef de l'État qui a su préserver la continuité des institutions républicaines. Pour la majorité, le Conseil constitutionnel ne pouvait souffrir d'aucune vacance prolongée en raison de son rôle de garant des lois et de la stabilité nationale. Le choix de Rémy Nama est défendu comme la nomination d'un juriste chevronné, garant de la neutralité et de la solidité de la haute juridiction.

• Du côté de l'opposition politique : Les réactions sont beaucoup plus critiques. Les principales forces de l'opposition dénoncent une accélération opportuniste visant à verrouiller le processus électoral de 2027. Les leaders d'opinion s'interrogent ouvertement : pourquoi le président a-t-il mis moins de deux semaines pour réorganiser le Conseil constitutionnel, alors qu'il retient la formation d'un nouveau gouvernement depuis plus d'un an ? Depuis la présidentielle du 12 octobre 2025, l'opinion publique attend une équipe ministérielle renouvelée pour faire face aux fléaux endémiques qui minent le pays (corruption systémique, détournements de fonds publics, stagnation économique et insécurité). L'opposition y voit la preuve que la survie politique du régime prévaut sur les réformes socio-économiques urgentes.

Conclusion : Quelle réponse des urnes en 2027 ?

En complétant le Conseil constitutionnel avec des profils issus de son premier cercle, le pouvoir en place démontre sa réactivité stratégique face aux urgences institutionnelles. Cependant, cette priorisation de la sécurité électorale face à l'attentisme gouvernemental accentue le fossé entre les impératifs de l'appareil d'État et les aspirations de la population à une profonde mise à jour de la gouvernance.

Dès lors, une question cruciale s'impose aujourd'hui au cœur du débat citoyen camerounais : Face à un pouvoir qui choisit de fortifier ses institutions de contrôle plutôt que de renouveler ses énergies gouvernementales, quelle réponse les citoyens-électeurs réserveront-ils aux urnes lors des législatives et municipales de 2027 ? Assistera-t-on à une sanction électorale massive portée par la base pour exiger des réformes de fond, ou le régime parviendra-t-il, grâce à son architecture ainsi verrouillée, à transformer le mécontentement populaire en une consolidation du statu quo ?

Les consultations populaires de 2027 ne seront pas de simples scrutins locaux ; elles s'annoncent comme le véritable test de la résilience citoyenne face à la stratégie de la conservation.

Par Augustin Roger Momokana