« La création de cette série au niveau du Secondaire est une aubaine : pour l’existence d’une réelle industrie cinématographique, il est important d’avoir une ressource humaine qualifiée, pour aspirer à créer des œuvres qualitativement et quantitativement compétitives sur le plan international. »
Derrière cette affirmation forte se cache Dongmo Sopgio, professeur des lycées d’enseignement général (Ecole Normale Supérieure de Yaoundé) et ingénieur de conception en cinéma (institut supérieur du Sahel aujourd’hui Ecole Polytechnique de Maroua). Du mythique Lycée Général Leclerc à l'Inspection régionale du Centre, ce pionnier façonne l'avenir de l'audiovisuel scolaire. Dans cet entretien exclusif accordé à Komiaza, le promoteur de Black Content dévoile les premières retombées de la série, sa vision de l'art comme outil de changement des mentalités, et les perspectives économiques de l’industrie cinématographique nationale.
Vous êtes par ailleurs dramaturge et à ce titre vous avez créé et mis en scène plusieurs spectacles. Lesquels, avec quelle troupe? As-tu des films éducatifs à ton actif? Si oui lesquels?
Sur le plan de la production artistique, Dongmo Sopgio, le dramaturge, a écrit et mis en scène des pièces de théâtre telles que « La patriote », « La clé et Chère terre de ma chair », sous la bannière de la compagnie Cinéma-Théâtre Arc-en-ciel.
Sur un tout autre plan, celui de la poésie, le poète a publié « Déphasage », une collection de poèmes.
Enfin, le cinéaste a produit et réalisé des films éducatifs tels que « Flush It », « Carry It On », « Magica », « Mon chauffeur », « Birthday Alert », etc., sous la bannière de BLACK CONTENT ENTERTAINMENT AND EDUCATION, dont il est le promoteur.
Quel bilan de l'enseignement du cinéma peux- tu établir au moment où tu quittes les salles de classe? As-tu parmi tes élèves quelques noms qui doivent être suivis pour leur génie ou leur talent?
Au Cameroun, la série Arts Cinématographiques est ouverte dans 05 établissements pilotes, et cette phase d’expérimentation compte 13 enseignants. Son ouverture augure pour le cinéma camerounais de beaux jours, avec le travail acharné des enseignants et de leurs élèves.
Comment de fait la mutation d'enseignant de langues à enseignant de cinéma? Vous êtes PLEG et vous décidez d'aller à l'Institut du sahel dans quel objectif?
Étant étudiant, je veux pratiquer de l’art (musique et cinéma), mais l'opposition familiale est rude. Je choisis en fait d'aller étudier les langues parce qu’elles me rapprocheraient davantage de l’art, sans le contrôle familial. Et je faisais déjà de l’écriture dramatique depuis la classe de 4e.
La transition se fait donc de manière naturelle parce que je vois désormais le cinéma comme le meilleur moyen de porter des histoires à un grand nombre de personnes.
Vous considérez-vous comme un PLEG spécialisé, ou comme un artiste spécialisé ? A quel moment vous allez à l’Institut Supérieur du Sahel, et dans quelle condition? Vous suspendez votre carrière d'enseignant ?
Je suis plus un artiste spécialisé qu’un PLEG spécialisé : je mets l’art en pratique, m'appuyant sur la didactique et les langues, qui sont la contribution de mon statut de PLEG.
J’y vais directement après l’ENS (ayant demandé à être affecté dans l’Extrême-Nord, servant spécifiquement au Lycée de Logone-Birni).
Comment vous retrouvez-vous au Lycée Général Leclerc ?
Le MINESEC a lancé une nouvelle série et a choisi de recycler quelques enseignants afin que ces derniers deviennent des enseignants d’Arts Cinématographiques.
Des mois plus tard, une connaissance a proposé mon profil à la Délégation Régionale des Enseignements Secondaires de l’Ouest, où ils ont été surpris de découvrir qu’ils avaient dans leurs effectifs un Ingénieur de conception en Cinéma. C'est ainsi que j’ai été coopté pour implémenter cette série au Lycée Général Leclerc.
Parlez-nous de l'impact concret de vos enseignements sur le terrain.
Ma charge a donc été de tirer les autres collègues, qui ont fait de moi le tout premier président de l’Association Camerounaise des Enseignants d’Arts Cinématographiques.
Il a été question, jusqu'ici, de poser les jalons, dans les deux sous-systèmes. Il a été question d'organiser les contenus de chacune des 09 matières de cinéma que l’on dispense aux élèves de la classe de Seconde Arts Cinématographiques et Terminale. Pour finir, il a été question de faire de nos élèves de la série de jeunes Scénaristes, réalisateurs, Monteurs, scripte, cadreurs, etc.
Au-delà des enseignements, il a aussi été question d’effectuer quelques inspections dans les 04 autres établissements pilotes pour renfoncer les capacités des collègues.
Il a été question de faire de nos élèves de la série de jeunes Scénaristes, réalisateurs, Monteurs, scripte, cadreurs, etc. dites-vous. Citez-nous quelques noms qui se démarquent ?
Je peux vous citer quelques noms : Mezo’o Yinda Jean Roudolphe, Mpatchoum Nguepmeni Linsey, Samiratou Mohamadou Bako, et Ongbagninimbom Esther se démarquent dans les métiers techniques, tandis que Bilo’o Zo’o Joseph et Mekoui Ngollo Sabine s’imposent dans le jeu d’acteur.
Ces jeunes ont déjà des films personnels, écrit, réalisés et montés par eux-mêmes. Ces jeunes professionnels sont les meilleurs parmi les 14 que nous avons en classe de Terminale Arts Cinématographiques au Lycée Général Leclerc. Ils ont suffisamment représentatifs, surtout quand nous savons que plusieurs jeunes suivent ce parcours juste pour avoir un diplôme. Les six noms suscités sont vraiment au-dessus de la mêlée, parce que leurs autres candidats sont tout aussi travailleurs. Tous les 14 ont chacun au moins un film écrit et réalisé.
Qui sont ces lycées pilotes ?
La formation est déjà opérationnelle dans cinq lycées : Lycée Général Leclerc, lycée Bilingue de Molyko à Buea, Lycée Classique et Moderne de Maroua, le Lycée Bilingue d’Ebolowa et le Lycée Scientifique de Bertoua.
Par contre, le Lycée Classique de Bafoussam, le Lycée Bilingue de Bonabéri, le Lycée Classique et Moderne de Garoua et le Lycée Classique et Moderne de N’Gaoundéré sont encore en attente.
Tout récemment vous avez été promu Inspecteur Régional de Pédagogie pour la région du Centre. En quoi va consister votre travail ?
Le travail d’Inspecteur pédagogique régional consiste à faire des descentes sur le terrain pour veiller sur l’application des programmes scolaires par les enseignants, et apporter à ces derniers un soutien afin qu’ils puissent s’arrimer aux pratiques modernes de la pédagogie, telles que la digitalisation des apprentissages et l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le processus enseignement-apprentissage.
Comment mettez-vous le digital et l’IA au service de la création cinématographique sans tomber dans le plagiat ?
La digitalisation nous permet d’établir un lien continu entre les apprenants et la matière : à travers un téléphone androïde, ils peuvent se connecter en tout lieu et en tout temps pour suivre des cours mis en ligne à travers le Centre d’éducation à distance du MINESEC.
Pour ce qui est de l’Intelligence artificielle, nous préférons jusqu’ici rester prudents en évitant d’y plonger les enfants avant qu’ils n’aient eu la capacité de faire la part des choses. Elle nous sert beaucoup plus à préparer les leçons.
Quelles sont les perspectives pour une ressource humaine cinématographique sur les paysages culturel et économique camerounais ?
Sur le plan culturel, le cinéma est l’outil le plus approprié pour vendre la destination Cameroun. Il est également le moyen le plus approprié pour faire connaitre, à l’intérieur du pays, nos différentes cultures, et c’est une telle connaissance qui facilitera le tribalisme et les discours de haine, basés sur des stéréotypées et des appréhensions non fondées.
Sur le plan économique, avec aujourd’hui l’ubiquité des médias, le mode a de plus en plus besoin de contenus audiovisuels, et la formation de ces apprenants est donc une opportunité pour une ressources humaines à la hauteur des exigences des consommateurs. Et tout produit bien fait se vend à l’arraché tant sur le marché local que mondial.
En tant que pionnier, quelles sont les perspectives dans 10, l’enseignement des Arts cinématographiques est-il une aubaine véritable pour le Cameroun ?
Oui, la création de cette série au niveau du Secondaire est une aubaine : pour l’existence d’une réelle industrie cinématographique, il est important d’avoir une ressource humaine qualifiée, pour aspirer à créer des œuvres qualitativement et quantitativement compétitives sur le plan international. Or si les jeunes ne devaient pas découvrir le cinéma qu’au Supérieur, une partie des automatismes aurait déjà été perdue : plus l’enfant est jeune, plus il s’amuse.
Quelles relations existent-ils entre vos apprenants, vos enseignements et les professionnels du terrain dont beaucoup n’ont pas forcément été à l’école conventionnelle du métier ?
Plusieurs sont devenus professionnels sans forcément passer par l’école, parce que le cinéma c’est d’abord le terrain. Ils ont pris du temps pour apprendre à faire les choses de façon professionnelle.
Aujourd’hui nous avons tant besoin d’eux, afin que nos élèves en Arts Cinématographique ne mettent pas tant de temps avant de connaitre toutes les réalités qui s’imposent à eux. C’est pour cette raison que nous avons mis sur pied la LGL Ciné MasterClass et le Young Cinema Leander’s Holiday Camp, deux plateformes dédiées à la collaboration entre élèves d’Arts Cinématographiques et professionnels du cinéma.
Propos recueillis par Augustin Roger Momokana







