Commune de Dschang : Le budget frise le dépôt de bilan à mi-parcours.

Commune de Dschang : Le budget frise le dépôt de bilan à mi-parcours.

Vendredi le 9 septembre 2026, la session du conseil municipal de Dschang consacrée à l'évaluation budgétaire à mi-parcours a viré au séisme comptable dans la salle des délibérations de l'Hôtel de Ville. Les chiffres consolidés au 30 juin 2026 frisent l’asphyxie totale : sur une prévision annuelle initiale de 3 milliards de FCFA, la commune n’a réussi à capter que 373 215 522 FCFA de recettes réelles. Ce taux de recouvrement dramatique de 11,90 % a poussé l'autorité préfectorale à sonner l'alarme générale, engageant le maire Émile Temgoua à mobiliser un audit de guerre pour sauver l’institution de la faillite.

En Bref

- Le Fait : Tenue du conseil d'orientation budgétaire et examen de l'exécution financière au premier semestre 2026.

- Le Lieu/La Date: Hôtel de Ville de Dschang, ce dimanche 11 octobre 2026.

- Le Chiffre clé : 11,90 % de taux de recouvrement annuel, le crash fiscal qui paralyse les investissements municipaux.

- L'Enjeu : Désamorcer l'impact de la réforme de l'Impôt Général Synthétique (IGS) qui déleste la mairie de ses compétences directes.

- L'Impact direct : Audit de la CNPS, toilettage du fichier solde et délocalisation forcée de la future cité municipale vers Tsinkop.

L'autopsie d'un crash fiscal : Quand l'État central assèche les caisses de Dschang

Pour expliquer ce gouffre financier qui voit la commune récolter à peine 373,2 millions de FCFA en six mois, le Pr Émile Temgoua évoque une combinaison de facteurs structurels et de morosité économique. Mais le véritable coup de massue provient de la récente réforme de la fiscalité locale.

Avec l’introduction de l’Impôt Général Synthétique (IGS), la collecte des taxes de proximité a été arrachée aux agents municipaux pour être confiée à la seule compétence du Centre de Fiscalité Local et des Particuliers (CFLP). Ce dessaisissement commis par Yaoundé asphyxie l'autonomie financière de la mairie, incapable de maîtriser le calendrier des reversements de l'État central pour couvrir ses engagements quotidiens.

Le plan de contingence d'Émile Temgoua : La traque aux fraudeurs internes

Refusant de céder à la panique face à cette crise financière, le maire a lancé une offensive administrative interne pour colmater les brèches. Le plan de redressement s'articule autour d'une thérapie de choc :

Toilettage du fichier solde du personnel ➔ Traque aux perceptions fiscales frauduleuses ➔ Rationalisation des loyers communaux ↓

Résultat : La création d'une unité de suivi de la fiscalité locale pour optimiser l'identification des contribuables.

En parallèle, Émile Temgoua mène un audit serré de la dette historique de la commune auprès de la CNPS. L'objectif est double : régulariser la prévoyance sociale des agents communaux pour restaurer la confiance, et s'assurer que le personnel, désormais payé régulièrement après l'apurement des arriérés de salaires, se déploie en ordre de bataille sur le terrain pour maximiser les ressources propres.

La carte de la diaspora : Les promesses de Bruxelles, Lyon et Paris

Face au tarissement des canaux financiers nationaux, le Pr Émile Temgoua se tourne vers le financement endogène de la diaspora. De retour d'une mission en Europe, le magistrat municipal a acté plusieurs promesses fermes de la diaspora camerounaise de Belgique et de France. Ces interventions ciblées financeront la réhabilitation des centres de santé, des écoles et des réseaux d'eau potable.

Le projet phare de cette alliance internationale est la construction d’un complexe sportif d’envergure dans la ville, porté par la Fédération pour l'Avenir des Arts Martiaux (FADAM) sous la direction de Me Dominique Satenang. Pour sécuriser ces capitaux extérieurs, le maire a annoncé la création de la « Maison de la Diaspora », une interface stratégique conçue pour rassurer les investisseurs sur la traçabilité de leurs projets.

Grandes manœuvres urbaines : Les délibérations de rupture

Le Conseil municipal a adopté onze délibérations majeures pour réorienter l'aménagement du territoire. Le coup de théâtre réside dans la délocalisation de la future cité municipale, initialement programmée à Tchoualé et bloquée par ses conflits avec des riverains, elle est désormais transférée sur le site du stade municipal à Tsinkop. Le conseil a également validé la reprise en urgence des travaux du Chantier du Marché de Viandes via la signature imminente d'un contrat de partenariat privé.

Enfin, la mairie de Dschang s'apprête à signer une convention scientifique avec la NASLA. Le territoire municipal servira de « laboratoire en plein air » pour cette école d'administration locale en matière de gestion des déchets, en échange de formations certifiantes gratuites pour la police municipale et les architectes-urbanistes de la ville.

Le Radar de Komiaza

- La Leçon à tirer : Le bilan budgétaire à mi-parcours de la commune de Dschang met à nu l'imposture de la décentralisation à la camerounaise. Demander à une mairie de gérer un territoire avec un taux de recouvrement si faible à cause d'une réforme fiscale centrale (l'IGS) qui bloque les ressources à Yaoundé relève du sabotage institutionnel. Le Pr Émile Temgoua a raison de chercher le salut auprès de la diaspora et de la NASLA. Cependant, pour sauver l'année 2026, la mairie doit cesser de dépendre des arbitrages du CFLP et faire de la future Foire industrielle, entrepreneuriale et touristique (FIET) — prévue au lac municipal du 20 décembre au 3 janvier prochains — un guichet agressif de rattrapage fiscal.

- Le Débat Komiaza : Face à la faillite fiscale des mairies causée par la centralisation de la collecte de l'Impôt Général Synthétique (IGS), le gouvernement doit-il restituer immédiatement la gestion exclusive des guichets fiscaux locaux aux communes pour éviter la paralysie des services publics de l'arrière-pays ?

Par Augustin Roger Momokana