Médias Cameroun: Jusqu'à quand le prix du silence tiendra-t-il dans une enveloppe de « carburant»?

Médias Cameroun: Jusqu'à quand le prix du silence tiendra-t-il dans une enveloppe de « carburant»?

À la veille de la visite du Pape Léon XIV, le miroir tendu aux médias camerounais est d’une noirceur absolue. Entre corruption systémique et chantage patriotique, Komiaza lève le voile sur une profession qui a troqué son rôle de vigie contre celui de blanchisseur d'images. Enquête sur un « métier » où l'intégrité est désormais un motif d'exclusion.

Le paysage médiatique camerounais offre aujourd’hui un spectacle saisissant. Depuis la dernière présidentielle, on assiste à l’éclosion fulgurante de nouveaux « magnats ». Des journalistes, hier encore « gringalets » anonymes, lancent des chaînes de télévision et des empires de presse en un claquement de doigts. Si la réussite est louable, les méthodes interrogent. Car dans les coulisses du pouvoir, la neutralité s'achète souvent au prix d'une enveloppe glissée entre deux portes d'ascenseur.

L’anecdote de l’ascenseur : une enveloppe remplie de billets de banque pour un silence complice.

L’expérience vécue en 2019 par l’un de nos confrères illustre parfaitement ce mal qui ronge la corporation. Un dignitaire, impliqué dans les méandres financiers de la CAN, l’invite pour une discussion « informelle ». Au moment de se quitter, le rituel est bien rodé : un raccompagnement poli jusqu'à l'ascenseur et, au dernier moment, une enveloppe remplie de billets de banque glissée furtivement pour le « carburant ».

L’objectif ? Enrôler le journaliste dans une expédition dont la finalité est de  revenir chanter les louanges du régime en mode « kilav » (nettoyage d'image). Le refus de participer à cette mascarade a transformé le confrère en « faux type » aux yeux des courtisans. C’est le prix à payer pour ne pas être un « homme de médias » téléguidé.

De « chien de garde » à « agent de blanchiment »

Au lieu de veiller, de surveiller pour dénoncer ou pour encourager les exemples de bonne gestion, la presse camerounaise est devenue un rouage essentiel de la mal-gouvernance. En s'érigeant en « kilav » institutionnel, elle accompagne le pays dans la corruption et les abus de toutes sortes. Elle l’empoigne pour l’enterrer.

Ces dérives finissent par dévorer la profession de l'intérieur. Dans cet environnement vicié, le journaliste consciencieux devient l’anomalie. Pour avoir refusé de tremper la plume dans l'enveloppe, le professionnel intègre est taxé d’« incompétent », moqué pour sa rigueur et rendu indésirable. C'est le triomphe de l'imposture sur le savoir-faire : ceux qui gardent les mains propres sont désormais les parias d'un métier qu'ils sont pourtant les seuls à vraiment exercer.

Le silence des tombes face au bruit du gombo

Le symptôme le plus flagrant de cette déchéance a sauté aux yeux ce lundi 13 avril 2026. Alors que l’ex-Président du Sénat, Marcel Niat Njifenji, s'est éteint samedi dernier au CHU de Yaoundé, le silence de la grande presse est assourdissant. Si les titres de référence comme Cameroon Tribune, Le Messager, Le Jour, The Post, The Median, The Star, Intégration, L'Indépendant ou Mutations ont respecté la stature de l’homme d’État, une foule de journaux a préféré ignorer le deuil national. En lieu et place de l'hommage dû au successeur constitutionnel qu’il fut, ces « entrepreneurs » ont offert leur Une à la Ministre Célestine Ketcha Courtès- elle-même du département du Ndé. Pourquoi ? Parce que le mort ne signe plus de chèques, tandis que l’élite en fonction gère les budgets d’image de demain.

C'est le sommet du ridicule : voir un homme qui a « allumé le Cameroun » par ses barrages et dirigé la chambre haute être relégué en brève de fin de page, tandis que les "entrepreneurs de presse" vendent leur Une à la gloire d'une élite du Ndé.

L’œil de Komiaza : Mourir pauvre ou vivre vendu ?

À l'heure où les opportunistes d'hier paradent après avoir servi de porte-voix, le métier de journaliste au Cameroun ressemble à un chemin de croix. La tricherie a écrasé la déontologie. Le chantage identitaire devient l'arme ultime pour discréditer ceux qui refusent les prébendes. On n'attaque plus le papier, on attaque l'origine ethnique de celui qui l'écrit.

La visite du Saint-Père du 15 au 18 avril sera-t-elle l'occasion d'une introspection pour cette presse « alimentaire » ? Ou le bal des enveloppes continuera-t-il de plus belle sous les bénédictions officielles ?

Quand la presse se transforme en « kilav », la nation entière se retrouve dans le ravin ! Chers lecteurs de Komiaza, serrez vos ceintures !

Par Augustin Roger MOMOKANA