Nécrologie : Marcel Niat Njifenji, le « pylône » de la République s'est éteint.

Nécrologie : Marcel Niat Njifenji, le « pylône » de la République s'est éteint.

Le rideau est tombé. Marcel Niat Njifenji, l’homme qui a murmuré à l’oreille du pouvoir pendant des décennies, a rendu son dernier souffle ce samedi 11 avril 2026 au CHU de Yaoundé. À 91 ans, celui qui fut le premier Président du Sénat camerounais quitte la scène, laissant derrière lui le souvenir d’un bâtisseur de l’ombre devenu, sur le tard, le dauphin constitutionnel d’une République en transition.

Le destin est parfois ironique. Marcel Niat Njifenji s'en va moins d'un mois après avoir cédé son fauteuil de deuxième personnalité de l'État à Sa Majesté Aboubakary Abdoulaye, le 17 mars dernier. Comme si, sa mission de « veilleur constitutionnel » achevée, la vielle panthère du Ndé s'était autorisée à prendre son ultime congé.

De SUPELEC à l’obscurité de Kondengui

Avant d’incarner la pourpre du Sénat, Niat Njifenji était avant tout un cerveau. Ingénieur de haut vol sorti de SUPELEC Paris, il fut l’architecte de l’électrification du Cameroun. D’Edéa à Song Loulou, il a littéralement mis le pays sous tension en dirigeant la SONEL pendant près de deux décennies.

Mais sa trajectoire n’a pas toujours été rectiligne. Le 17 avril 1984, dans les cendres du putsch manqué, l’ingénieur brillant découvre l’enfer carcéral. Détenu à Kondengui sans procès jusqu'en décembre de la même année, il y vivra une expérience mystique improbable : Issa Tchiroma Bakary, son compagnon d'infortune, lui lira la Bible en intégralité. De l'ombre des cellules à la lumière des ministères (Plan, Mines, Énergie), Niat a appris que dans le ciel politique camerounais, l'orage n'est jamais loin de l'éclaircie.

L’ascension tardive et le cœur du Ndé

C’est à 79 ans, un âge où d’autres savourent une retraite paisible, que le natif de Bangangté est porté à la tête du Sénat en 2013. Pendant 13 ans, il a géré la chambre haute avec une discrétion légendaire, bravant la maladie et les rumeurs sur sa santé déclinante.

Mais réduire Niat Njifenji à ses fonctions étatiques serait une erreur. Il était le « chef » chez lui. Maire de Bangangté (2002-2007) et surtout créateur du Festival Medumba, il a su rester l'oreille attentive des fils et filles du Ndé. Il n'était pas qu'un politicien du RDPC ; il était un conservateur de l'identité, un homme qui savait que pour que le courant passe, il faut que les lignes soient bien ancrées dans le sol natal.

L’œil de Komiaza : Un fauteuil vide, une page qui se tourne

Avec la disparition de Marcel Niat Njifenji, c'est une page du "Cameroun des pionniers" qui se tourne. Il emporte avec lui les secrets de la SONEL et les coulisses d'une transition au Sénat qu'il a assurée jusqu'au bout de ses forces.

Et vous, chers lecteurs, que retiendrez-vous de cet homme ? Le bâtisseur des barrages électriques, le sémillant maire de Bangangté, le cacique du RDPC ou le Président du Sénat? Une chose est sûre : à 91 ans, la lumière ne s'éteint pas, elle change de fréquence.

Par Augustin Roger Momokana