Athlétisme : Sarah Etonguè, Mambeke Deme et Franck Tchoupteng domptent la falaise de Dschang.

Athlétisme : Sarah Etonguè, Mambeke Deme et Franck Tchoupteng domptent la falaise de Dschang.

Malgré un faux départ de sept heures imposé par l’insécurité routière, la 4ème  édition de la Course de la Solidarité a tenu son pari. Entre la confirmation du champion national Franck Tchoupteng, le sacre de la Congolaise Mambeke Deme et l’inoxydable Sarah Etonguè, la falaise de Dschang s’impose désormais comme un pôle d’attractivité majeur pour la région de l'Ouest et bientôt pour le Cameroun tout entier.

Le sport de haut niveau au Cameroun est souvent une affaire de résilience. Samedi dernier, les athlètes n’ont pas seulement affronté le dénivelé, mais aussi les aléas de la route. Prévue à 8h, l’épreuve n’a pu être lancée qu'à 15h. En cause : un violent télescopage survenu dans la nuit au cœur de la falaise, paralysant la circulation pendant plus de douze heures. Il aura fallu l'intervention des engins de CFHEC (China First Highway Engineering Company) pour libérer la chaussée et permettre au CAFD (Cercle d’Action de Foréké-Dschang) de donner enfin le coup d'envoi.

Un podium aux allures de meeting panafricain

La 4ème édition de cette course a marqué un tournant. L’événement sort de son cadre national pour embrasser une dimension internationale. La participation très remarquée de Mambeke Deme, venue de la République du Congo, a été le clou du spectacle. Elle s'adjuge le trophée chez les seniors dames, recevant son prix des mains de Sa Majesté Dr Djoumessi III Wamba Mathias, Chef Supérieur Foréké-Dschang.

Chez les messieurs, la hiérarchie nationale reste inchangée : Franck Tchoupteng, champion du Cameroun en titre, a surclassé la concurrence pour s'offrir l'or. Quant à la catégorie vétérans, elle a vu le triomphe de la « Reine de la Montagne », Sarah Liengu Etonguè, dont la longévité athlétique continue de défier les lois de la nature.

Une expertise technique sous le regard fédéral

La présence à la tribune d'honneur de Charles Kouoh Kotto, Secrétaire Général de la Fédération Camerounaise d’Athlétisme, n'était pas fortuite. L'instance fédérale a supervisé l'aspect technique d'une compétition qui ambitionne d'intégrer le calendrier sportif national. Le Conseil Régional de l’Ouest, représenté par le conseiller Jean Paul Nanfack, a réaffirmé son soutien à cette initiative du CAFD, plateforme citoyenne déjà célèbre pour l’érection du monument Djoumessi Mathias au rond-point éponyme. Il s’est dit très préoccupé par l’ouverture à l’international de cette compétition qui devient une grande ambassadrice pour la région de l’Ouest.

La solidarité : L'ADN du CAFD

Au-delà de la performance pure, l’événement a honoré des figures de courage. On retiendra l’hommage vibrant à Togo Félix Martial, athlète non-voyant, dont la détermination a forcé le respect de la Menoua. Sur le plan social, la dotation de Zébazé Hélène, doyenne des compétiteurs, par une machine à égrener le maïs, illustre la volonté des organisateurs de transformer l'effort sportif en levier de développement communautaire.

L’œil de Komiaza : Un sommet politique et sportif

La présence massive des autorités administratives - du deuxième adjoint préfectoral à l'exécutif municipal de Dschang en passant par l’adjoint du Sous-préfet, le délégué département des sports et de l’éducation physique - prouve que l'Ascension de la Falaise est un enjeu de visibilité pour l'élite locale. Cependant, le retard de sept heures dû à l'accident de la veille rappelle une réalité brutale : le développement touristique de l'Ouest passera inévitablement par une sécurisation accrue de cet axe névralgique.

Dschang ambitionne désormais de s'imposer comme la capitale africaine des courses de montagne. Une quête de prestige qui impose toutefois une mue profonde : on ne devient pas un manager sportif d’envergure internationale avec des méthodes de bas étage. Pour franchir ce cap, les organisateurs devront impérativement se réajuster aux standards de l'excellence professionnelle. Quant aux athlètes, maintenez vos lacets serrés, car la falaise de Dschang n'a pas fini de nous livrer ses secrets de sueur et de gloire !

Par Augustin Roger Momokana