Le professeur Moïse Timtchueng, enseignant de droit à l’Université de Dschang, s'exprime sur la vacance du pouvoir au Cameroun. Il interpelle le Conseil constitutionnel et l’Assemblée nationale, les deux institutions « compétentes pour mobiliser le régime de la vacance du pouvoir ».
« On refuse de le dire, mais notre pays est en crise. Il existe une crise institutionnelle indéniable. C’est vrai que lorsqu'on parle de crise au Cameroun, on voit l’insécurité, la guerre dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, ou la menace de Boko Haram. Mais au cœur même de l’État, il y a un problème.
Vous savez très bien que la difficulté ne réside pas seulement dans la capacité à organiser les élections à date. Lorsqu’on regarde le parcours de notre pays pendant tout le septennat qui vient de s'achever, on ne peut pas dire que le Cameroun fonctionne comme un État normal : les finales sportives, généralement présidées par le chef de l’État, ne le sont plus depuis quelques années ; le chef de l’État, Chef Suprême des Armées, ne préside plus les sorties d’officiers. Le Conseil Supérieur de la Magistrature ne s’est pas tenu depuis cinq ans. Ce sont les indices d'un pays réellement en crise.
Cette fois, il s’agit d’une crise institutionnelle. Que les élections connaissent des problèmes ne me surprend donc pas ; cela s’inscrit dans une logique de crise que certains tentent de nier, mais qui est bien réelle. Il y a des missions que l’on ne délègue pas. D’ailleurs, que dit la Constitution ? Elle prévoit que la délégation se fait au profit du Premier ministre. Et il faut que ce dernier soit empêché pour qu’elle aille vers un autre membre du gouvernement. C’est l’article 10, alinéa 2 de la Constitution. Le délégataire des attributions du chef de l’État est le Premier ministre. Pourtant, on voit chaque ministre se lever du jour au lendemain pour exercer les prérogatives présidentielles.
Dans les domaines de la diplomatie et de la défense nationale, on ne "représente" pas. Dans une République normale, ce sont deux domaines où le chef de l’État ne délègue jamais. Mais au Cameroun, on assiste à des dérogations. Mon analyse consiste à situer tous ces manquements — dont l’impossibilité d’organiser les élections à date — dans la crise globale qui empêche la tenue d'instances statutaires. Les Camerounais sont dans l’incertitude totale quant aux dates des finales sportives qui, normalement, doivent être présidées par le chef de l’État. C’est une occasion de communion, et le peuple a besoin de sentir son "Père". Quand, depuis des années, il ne les préside plus, c’est le signe d’une crise.
Le chef de l’État est objectivement fatigué. Biologiquement, après 80 ans, chaque jour amenuise nos capacités. Si le chef de l’État n’a pas pu accomplir certaines tâches à 70 ou 80 ans, ce n'est pas à 93 ans que l’on peut s’attendre à ce qu’il soit suffisamment diligent. Notre pays est en difficulté. Dans un système aussi centralisé que le nôtre, nous avons besoin d’un chef d’État vigoureux. Tout part à la présidence, même les projets issus des lois de l’Assemblée nationale. Il faut de l’énergie pour traiter tous les parapheurs quotidiens. Quand il ne peut plus le faire, le pays subit un blocage néfaste pour l’avenir des jeunes, car la dynamique nationale est grippée.
En somme, la crise est réelle et il faut être de mauvaise foi pour prétendre le contraire. De mon point de vue, la condition physique du chef de l’État y est pour beaucoup, mais le niveau d’inféodation des institutions est tout aussi regrettable. Dans la situation actuelle, on aurait dû mobiliser la vacance du pouvoir. La vacance ne signifie pas forcément que le chef de l’État est totalement inapte ; il suffit qu’il ne soit plus en mesure d’exercer pleinement ses attributions, que ce soit par fatigue ou maladie.
L’absence de conseils ministériels, de cadres de concertation politique et du Conseil Supérieur de la Magistrature devrait réveiller le Conseil Constitutionnel et l’Assemblée Nationale. Ils ont la compétence pour engager ce régime de vacance afin que le Cameroun retrouve une nouvelle gouvernance et une nouvelle impulsion. »
Extrait retranscrit par Augustin Roger MOMOKANA
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