Festival International Reconnection (FIR) : le rendez-vous des ancêtres s’installe à Dschang.

Festival International Reconnection (FIR) : le rendez-vous des ancêtres s’installe à Dschang.

Le Musée des Civilisations a servi de cadre, ce dimanche, au lancement officiel de la 4ème édition du Festival International Reconnection (FIR). Du 5 au 8 février, l’Alliance Franco-Camerounaise de Dschang deviendra le centre de gravité d’une quête spirituelle et culturelle profonde, accueillant des délégations venues du Tchad et des États-Unis. Pour Komiaza, ce festival n’est pas qu’une fête, c’est un acte de résistance contre l’aliénation.

Les idées forces du FIR 2026 :

  • Thématique audacieuse : « Sociétés secrètes et monde contemporain : quel équilibre pour une cohabitation pacifique ? »
  • Une mission « divine » : Basile Temdieu (Dieuzyl) affirme que le festival est une directive des ancêtres pour la valorisation des savoirs endogènes.
  • Un carrefour international : Des artistes américains et tchadiens sont attendus sur scène pour un dialogue interculturel inédit.
  • L'appel à l'identité : Inspiré par Aimé Césaire, le FIR exhorte l'homme noir à assumer son histoire sans chercher à copier l'Occident.
  • Le cri du cœur du promoteur : Dieuzyl déplore l'indifférence des artistes locaux face à cette vitrine qui ouvre pourtant des portes à l'international.

Plus qu'un festival, un laboratoire du « Retour »

Le FIR, porté par l’Association Compagnie d’Arts Dieuzyl (ASCODI), se veut un marché des spectacles spécialisé sur les questions de ressourcement. Pendant quatre jours, Dschang vibrera au rythme d'un carnaval urbain, de combats de lutte traditionnelle, de défilés de mode et de conférences-débats. Il s'agit de transformer la culture en une véritable industrie capable de révéler des talents tout en protégeant l'âme des peuples.

Le paradoxe de l'indifférence locale

C’est le point noir soulevé par Basile Temdieu lors de la conférence de presse : l'absence et l'apathie des artistes de la cité universitaire de Dschang. Alors que le FIR offre des opportunités réelles d'exportation vers des festivals partenaires, beaucoup préfèrent rester en marge. Pourtant, comme le rappelle le promoteur, le FIR est une plateforme d'expression vitale pour quiconque veut donner une dimension internationale à sa création.

Les sociétés secrètes, piliers invisibles de l’ordre social des Grassfields

Le thème de cette édition du FIR 2026 est d'une importance capitale pour comprendre les dynamiques sociales complexes des Grassfields. Loin des regards extérieurs, cette région du Cameroun possède des structures de régulation sociale profondes et souvent méconnues qui jouent un rôle crucial dans le maintien de l'équilibre communautaire. En explorant ce thème, le FIR invite à une réflexion sur la manière dont les traditions peuvent interagir et s'adapter aux défis du monde contemporain. Ce débat est essentiel pour aborder les questions de stabilité, de justice et de préservation du patrimoine culturel face aux évolutions rapides de la société et à la mondialisation. Comprendre ces mécanismes de régulation sociale, c'est toucher au cœur de l'identité et de la résilience des communautés des Grassfields.

S'accepter pour mieux régner

« L’homme noir doit accepter son identité », disait Césaire. Le Festival Reconnection en fait sa boussole. Malgré les difficultés à capter des mécènes fidèles, l'ASCODI maintient le cap d'une mission qui dépasse le simple divertissement. En explorant la place des sociétés secrètes dans notre monde moderne, le FIR pose la question de notre souveraineté culturelle. C’est une invitation à regarder la lune que nous montrent nos ancêtres, plutôt que de rester fixés sur le doigt de la modernité superficielle.

Par Augustin Roger MOMOKANA