Cameroun : Le KUMZSE est né ! Ghislain Victor Nkenlifack prend son envol loin du RDPF.

Cameroun : Le KUMZSE est né ! Ghislain Victor Nkenlifack prend son envol loin du RDPF.

Le paysage politique camerounais s'enrichit d'une nouvelle force. Réunis le dimanche 18 octobre 2026 au Mémorial Efo Nkenlifack Marius à Dschang, les cadres et délégués du KUMZSE ont acté leur rentrée politique sous le sceau du resserrement des rangs et de la préparation des échéances électorales de 2027. Portée par Nkenlifack Ghislain Victor (NGV), cette formation politique officialise sa rupture définitive d’avec le RDPF d’Antoine De Padoue Ndemmanu. Une émancipation stratégique dictée par un bras de fer juridique entre cousins et petits-fils de Sa Majesté Djoumessi Mathias.

Dans la perspective des élections législatives et municipales de 2027, la recomposition des forces de l'opposition s'accélère au Cameroun. La rencontre de Dschang, structurée comme une véritable université politique, a servi de rampe de lancement au KUMZSE. Devant des délégués venus des régions du Centre, du Littoral et de l'Ouest, le directoire a déroulé les piliers d'un projet de société qui se veut en rupture avec les pratiques traditionnelles, levant le voile sur les coulisses d'un schisme qui a secoué le département de la Menoua.

Les dessous d'un schisme : Éviter le piège jurisprudentiel du PCRN

Derrière les sourires de cette rentrée politique se cache une réalité juridique implacable. En novembre 2025, Antoine De Padoue Ndemmanu, président historique du Rassemblement démocratique du peuple sans frontière (RDPF), passait officiellement le témoin à son cousin germain, l'homme d'affaires Ghislain Victor Nkenlifack (NGV). Cependant, quelques jours seulement après ce congrès dit de la « Refondation », le président-fondateur opérait un revirement spectaculaire en reprenant ses activités à la tête de la formation.

S'en est suivi un intense bras de fer au sein du directoire. En menant des vérifications administratives approfondies, l'équipe de NGV s'est rendue compte d'une faille juridique majeure : bien qu'utilisé dans la communication sous le label « RDPF-KUMZSE », le parti légalisé le 22 novembre 1993 par Ndemmanu n'avait jamais officiellement et administrativement porté l'appellation patrimoniale « KUMZSE » auprès du ministère de l'Administration territoriale.

Face à la menace d'une bataille judiciaire interminable, et pour capitaliser sur l'immense travail de terrain effectué depuis un an pour recruter des milliers de militants, Ghislain Victor Nkenlifack a choisi la voie de l’indépendance. En créant une formation politique homonyme entièrement nouvelle — le KUMZSE —, l'entrepreneur évite à ses troupes le piège de la paralysie institutionnelle. Une décision pragmatique qui permet à la jeune garde d'esquiver les scénarios de bicéphalie destructrice qui minent d'autres partis camerounais, à l'instar du conflit ultra-médiatisé opposant Cabral Libii à Robert Kona pour le contrôle du PCRN.

« La politique autrement » : Un projet de société kaléidoscopique

Sous le slogan « La politique autrement » — définie comme une démarche à l’écoute, agissante et redevable —, le KUMZSE déploie une identité forte résumée par l'acronyme : « Synergies des Forces pour un Cameroun Uni et Prospère ». Porté par la devise Liberté – Justice – Solidarité, le parti ambitionne de bâtir un Cameroun conçu comme un « kaléidoscope », où la construction nationale repose sur l’assemblage et la solidarité des diversités culturelles et régionales.

Pour imprégner les cadres de cette vision, une demi-dizaine d'intervenants s’est succédé à la tribune de Dschang :

• Idéologie : Tsiabobi Thomas Bertin (Secrétaire général national) a décrypté la pensée sociale du mouvement.

• Mobilisation des jeunes : Tamankeu Etienne Smith (Président National des jeunes) a présenté la stratégie de communication, les slogans et les couleurs du parti.

• Genre et inclusion : Ngoune Richaine Flore (Présidente nationale des femmes) a exposé le rôle de la femme comme actrice centrale du développement participatif.

• Régulation et statuts : Le projet de société a été détaillé par Brice Kamdem (1er Vice-président national), le Pr Nkenlifack Marcelin (Chargé de mission) a exposé les statuts de la formation.

• Machine électorale : Foulifack Ngadang Eugène (Président régional Ouest) a analysé le Code électoral et le processus d'investiture,

• Tagny Tepie Samuel (Communal Penka-Michel) a axé sa communication sur la question cruciale du recrutement, de la formation et du déploiement des scrutateurs de bureau de vote, un enjeu clé face au défi de la transparence électorale.

L'héritage légitime de 1947

Dans son discours de politique générale, Nkenlifack Ghislain Victor a salué la grande résilience des militants face à la tempête politique qui vient de s'achever. En actant la séparation d'avec le RDPF, « NGV » repositionne le KUMZSE dans sa seule et unique trajectoire historique légitime : celle de la refondation de l’association historique créée en 1947 par les pères de la conscience communautaire de l'Ouest, à savoir Sa Majesté Djoumessi Mathias, Momo Grégoire et Tatanfack, les autres et donc la présidence est confiée à Sa Majesté Ngouadjio de Bafou.

« La construction de notre nation, tout comme celle du village, ou d’une ville, repose sur l’assemblage et la solidarité dans notre diversité », a rappelé le président national pour justifier l'ancrage mémoriel de sa démarche de refondation.

Objectif 2027 : Fin de la figuration électorale

Avec un bassin initial estimé à plus de 5 000 militants déjà disséminés dans les régions de l'Ouest, du Littoral et du Centre, la feuille de route du KUMZSE est explicite et urgente. Libéré des querelles de clocher juridiques, le parti entre immédiatement en campagne d'extension de ses structures de base et de recrutement de masse, ciblant particulièrement les grands centres urbains de Douala et Yaoundé où l'électorat est en quête de redevabilité.

À l'aube d'une année 2027 qui s'annonce comme un tournant politique majeur pour le Cameroun, l'ambition affichée à Dschang est limpide : le KUMZSE refuse le statut de parti de figuration. La formation prépares activement ses grilles de candidatures pour engranger des victoires significatives aux municipales et aux législatives, faisant de son projet de société autonome une réalité de gouvernance locale.

Par Augustin Roger Momokana