Darchari Mikidache : « 7 comportements détruisent la confiance entre un peuple et ses dirigeants ».

Darchari Mikidache : « 7 comportements détruisent la confiance entre un peuple et ses dirigeants ».

Un peuple peut accepter des sacrifices lorsqu'il comprend leur nécessité. Il peut supporter des difficultés économiques lorsqu'il perçoit une perspective crédible d'amélioration. Il peut même pardonner certaines erreurs à ses dirigeants lorsqu'elles sont reconnues et corrigées.

Mais il existe une chose beaucoup plus difficile à reconstruire lorsqu'elle disparaît : LA CONFIANCE. Car un gouvernement peut disposer d'une majorité parlementaire, d'une administration puissante et de moyens financiers importants. S'il perd progressivement la confiance des citoyens, chaque réforme devient plus difficile à expliquer, à faire accepter et à mettre en œuvre.

La confiance politique n'est pas un sentiment secondaire. C'est un véritable capital institutionnel, économique et social.

1. PROMETTRE SANS CESSE ET NE PAS TENIR SES ENGAGEMENTS

La première cause d'érosion de la confiance est l'écart répété entre les paroles et les actes.

  • Des emplois annoncés qui ne se concrétisent pas.
  • Des infrastructures promises qui restent inachevées.
  • Des réformes présentées comme imminentes, puis oubliées.

Naturellement, tout gouvernement peut rencontrer des difficultés imprévues. Mais lorsque les promesses se multiplient sans explications ni résultats, la parole publique perd progressivement sa crédibilité.

Un dirigeant gagne davantage à promettre raisonnablement et à réaliser qu'à promettre l'impossible pour séduire.

2. DEMANDER DES SACRIFICES AU PEUPLE SANS DONNER L'EXEMPLE

Comment convaincre les citoyens d'accepter des efforts budgétaires lorsque les dépenses de prestige des institutions échappent à la même exigence de justification ?

Comment promouvoir la rigueur financière sans montrer concrètement comment l'argent public est économisé ?

L'exemplarité ne signifie pas que les responsables doivent renoncer aux moyens nécessaires à leurs fonctions. Elle signifie que chaque dépense doit pouvoir être justifiée par son utilité. Les citoyens acceptent plus facilement les efforts lorsqu'ils constatent que les règles et les contraintes s'appliquent équitablement.

3. TOLÉRER LA CORRUPTION ET L'IMPUNITÉ

La corruption ne détruit pas seulement des ressources financières. Elle affaiblit la crédibilité des institutions.

Selon Afrobarometer, dans une enquête menée dans 39 pays africains entre 2021 et 2023, 58 % des personnes interrogées estimaient que la corruption avait augmenté dans leur pays au cours des douze mois précédents. Il s'agit de perceptions citoyennes, mais elles constituent un signal d'alerte important.

Lorsque les soupçons graves ne donnent lieu à aucune vérification crédible, la confiance peut se dégrader.

La réponse doit être institutionnelle : enquêtes impartiales, respect de la présomption d'innocence et sanctions lorsque les infractions sont établies.

La lutte contre la corruption ne doit protéger ni les puissants ni leurs adversaires : elle doit faire respecter la loi pour tous.

4. MÉPRISER LES CITOYENS ET CONSIDÉRER TOUTE CRITIQUE COMME UNE HOSTILITÉ

Un dirigeant qui refuse d'écouter finit par ne plus comprendre les réalités qu'il prétend gouverner. La critique n'est pas nécessairement une attaque personnelle. Elle peut signaler une erreur, une injustice ou une difficulté que les collaborateurs n'osent pas faire remonter.

Une société ne progresse pas lorsque seuls les compliments sont autorisés. Elle progresse lorsque les désaccords peuvent être exprimés sans intimidation, dans le respect des personnes et des institutions.

Écouter une critique ne signifie pas lui donner automatiquement raison. Cela signifie accepter de l'examiner. Un gouvernement capable de reconnaître une erreur peut renforcer sa crédibilité en la corrigeant.

5. FAVORISER LES PROCHES AU DÉTRIMENT DES COMPÉTENCES

Lorsqu'un citoyen pense qu'il faut connaître quelqu'un pour obtenir un emploi, un marché public, une promotion ou simplement un service auquel il a droit, la confiance institutionnelle s'affaiblit.

Le favoritisme produit une double injustice.

Il écarte parfois des personnes compétentes.

Et il prive la collectivité de leurs capacités.

Une administration qui privilégie les relations personnelles au détriment des règles objectives risque de devenir moins efficace.

La méritocratie ne consiste pas seulement à récompenser les meilleurs. Elle exige d'abord que chacun puisse concourir dans des conditions équitables.

6. GOUVERNER DANS L'OPACITÉ ET REFUSER LA TRANSPARENCE

L'argent public provient notamment des impôts, des recettes nationales et des emprunts qui engagent parfois plusieurs générations.

Les citoyens sont donc fondés à demander :

  • Combien coûte un projet ?
  • Pourquoi a-t-il été retenu ?
  • Quelle entreprise l'exécute ?
  • Quels résultats étaient attendus ?
  • Quels contrôles ont été réalisés ?

La transparence ne signifie pas rendre publiques des informations légalement protégées.  Elle signifie rendre accessibles les informations essentielles permettant d'évaluer l'utilisation des ressources collectives.

Une décision expliquée peut être discutée. Une décision entourée de secret suscite plus facilement la méfiance.

7. CONFONDRE COMMUNICATION POLITIQUE ET RÉSULTATS CONCRETS

Un pays ne se développe pas au nombre de conférences organisées, ni au nombre de cérémonies officielles, ni à la quantité de projets annoncés. Les citoyens jugent aussi l'action publique à travers leur quotidien.

  • L'accès à l'eau.
  • La qualité des soins.
  • L'école de leurs enfants.
  • Les possibilités d'emploi.
  • La sécurité et les infrastructures.

Selon une étude Afrobarometer publiée en mars 2026 et couvrant 38 pays africains, 60 % des personnes interrogées jugeaient négativement la performance de leur gouvernement en matière d'approvisionnement en eau et d'assainissement.

Ce chiffre rappelle une réalité essentielle : La crédibilité de l'action publique se construit aussi dans les services que les citoyens utilisent chaque jour.

8. POURQUOI LA PERTE DE CONFIANCE PEUT AUSSI FREINER LE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE

Les conséquences dépassent largement la politique. Une confiance institutionnelle dégradée peut compliquer :

  • L'acceptation des réformes économiques nécessaires.
  • Le consentement à l'impôt et le civisme fiscal.
  • La coopération entre administrations et citoyens.
  • L'attractivité des investissements.
  • La mobilisation collective autour des projets de développement.

Mais attention : la confiance ne doit jamais devenir une obéissance aveugle.

Une société a besoin de confiance dans ses institutions et de mécanismes capables de les contrôler. La confiance sans contrôle peut favoriser les abus.

Le contrôle sans confiance peut alimenter la paralysie. Le véritable enjeu est de construire un équilibre entre légitimité, efficacité, responsabilité et respect

9. RECOMMANDATIONS DU CEEC : SEPT RÉFORMES POUR RESTAURER LA CONFIANCE

Le Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC) propose sept orientations adaptées aux réalités de chaque pays.

- 1. Rendre les engagements publics vérifiables.

Publier des feuilles de route avec objectifs, budgets et échéances.

2. Renforcer l'exemplarité des responsables.

Encadrer les conflits d'intérêts et justifier les dépenses publiques.

3. Garantir une lutte impartiale contre la corruption.

Renforcer les organes de contrôle, la justice et la protection des lanceurs d'alerte.

4. Institutionnaliser la concertation.

Associer les citoyens, les collectivités, les entreprises, les syndicats et la société civile à l'élaboration des grandes réformes.

5. Garantir l'égalité des chances.

Sécuriser les concours, les recrutements publics et les procédures d'attribution des marchés.

6. Rendre les finances publiques plus transparentes.

Publier des données budgétaires accessibles, les résultats des audits et le suivi des grands projets.

7. Développer une véritable culture des résultats.

Évaluer régulièrement les politiques publiques et expliquer les écarts entre les engagements et les réalisations.

L'objectif n'est pas de construire des institutions parfaites. Il est de construire des institutions capables de reconnaître leurs insuffisances et de les corriger.

CONCLUSION : LA CONFIANCE NE SE DÉCRÈTE PAS. ELLE SE MÉRITE.

Un peuple n'attend pas nécessairement de ses dirigeants qu'ils réussissent tout. Il attend qu'ils agissent avec sérieux, justice, responsabilité et transparence.

  • Qu'ils sachent écouter.
  • Qu'ils expliquent leurs décisions.
  • Qu'ils reconnaissent leurs erreurs.
  • Et qu'ils rendent compte de l'utilisation des ressources collectives.

Un proverbe africain nous rappelle : « Quand les éléphants se battent, c'est l'herbe qui souffre. »

Dans la vie publique, les conflits de pouvoir, l'injustice et les dysfonctionnements institutionnels finissent souvent par affecter les citoyens ordinaires.

« Le pouvoir peut être obtenu par les urnes. Mais la confiance se construit chaque jour par les actes, la justice et les résultats. »

La véritable autorité ne repose pas uniquement sur la capacité de décider. Elle repose aussi sur la capacité à convaincre, à respecter les règles et à honorer ses responsabilités.

CAR UN GOUVERNEMENT PEUT DISPOSER DU POUVOIR SANS DISPOSER DURABLEMENT DE LA CONFIANCE. ET SANS CONFIANCE, MÊME LES BONNES RÉFORMES DEVIENNENT PLUS DIFFICILES À RÉUSSIR.

ET VOUS, QU'EN PENSEZ-VOUS ?

Parmi ces sept comportements, lequel fragilise le plus la confiance entre les citoyens et leurs dirigeants dans votre pays ? Et quelle réforme permettrait, selon vous, de restaurer durablement cette confiance ?

Par Darchari MIKIDACHE

À propos de l'auteur

Darchari Mikidache est économiste-fiscaliste et Président du think-tank Cercle des Économistes et des Experts Comoriens (CEEC). Il dirige également l'ONG USHABABI WA MESO INTERNATIONAL (Jeunesse et Avenir). Reconnu à l'échelle internationale pour ses chroniques sur le développement de l'Afrique, le leadership et la motivation, il figure depuis 2016 parmi les personnalités influentes du Gotha Noir d'Europe.

Pour découvrir son Site officiel : www.darcharimikidache.com