Dschang : vers un Forum national sur la fiscalité locale porté par le SYCOME?

Dschang : vers un Forum national sur la fiscalité locale porté par le SYCOME?

La performance financière alarmante de la commune de Dschang — seulement 373 215 522 FCFA recouvrés sur une prévision annuelle de 3 milliards à mi-parcours de l'exercice 2026 — suscite une vague de réflexions. Née des débats citoyens sur les plateformes numériques de la mairie, l'idée d'un grand Forum sur la fiscalité locale prend désormais une envergure départementale et nationale sous l'impulsion pressentie du SYCOME (Syndicat des Communes de la Menoua).

De la démocratie numérique à l'action intercommunale

L'idée de ce forum ne sort pas des bureaux de l'administration, mais de la base. C’est au sein du groupe WhatsApp officiel créé par la mairie de Dschang pour échanger avec ses administrés que les citoyens ont formulé cette proposition face à l'asphyxie financière de leur municipalité.

Toutefois, la crise des recettes municipales dépassant largement les frontières de Dschang, la réflexion doit changer d'échelle. Pour de nombreux observateurs, il apparaît plus judicieux que le Syndicat des Communes de la Menoua (SYCOME) s'empare du projet. En pilotant cette initiative, l'intercommunalité pourrait transformer ce débat local en un grand rendez-vous annuel national, devenant ainsi un laboratoire de solutions productives pour l'ensemble des collectivités locales du Cameroun.

Le leurre d'une décentralisation sans moyens

Cette mobilisation citoyenne et intercommunale répond à un problème de fond : le pouvoir central de Yaoundé continue de transférer des compétences aux Collectivités Territoriales Décentralisées (CTD) sans délier les cordons de la bourse.

Au contraire, la centralisation de la collecte des taxes et impôts au niveau du Trésor public a privé les mairies de leur autonomie financière immédiate. Les Centimes Additionnels Communaux (CAC) ne suffisent plus. De son côté, le FEICOM (Fonds spécial d'équipement et d'intervention intercommunale) essuie des critiques croissantes, l'institution étant accusée de financer prioritairement des édifices prestigieux (hôtels de ville, cités municipales) plutôt que des projets garantissant l'indépendance financière des communes.

Le risque d'un incivisme fiscal accru

Si les institutions intercommunales ne prennent pas les devants pour proposer des réformes, le Cameroun s’expose à un incivisme fiscal majeur. Le consentement à l'impôt est intimement lié à la contrepartie en services publics : routes praticables, hôpitaux équipés, écoles aux normes, accès stable à l'eau et à l'électricité. Or, les contribuables supportent de moins en moins le décalage entre la précarité de leurs infrastructures locales et le train de vie ostentatoire de l'État central.

Faire de la Menoua le pionnier de la fiscalité locale

En se positionnant en première ligne, le Syndicat des Communes de la Menoua peut impulser une dynamique vertueuse. Ce forum annuel national permettrait aux experts universitaires, aux élus locaux et aux représentants du gouvernement de concevoir une fiscalité locale réaliste, en phase avec une décentralisation effective.

L'objectif ultime sera de pousser les communes à diversifier leurs sources de revenus en actionnant les leviers de l'industrialisation locale, de l'autonomie énergétique et de l'emploi des jeunes, seule clé pour densifier le tissu économique et freiner durablement l'exode rural.

Par Augustin Roger Momokana