Le monde de la culture camerounaise et de la recherche musicologique est en deuil. Jasmin Songouang, plus connu sous le nom de scène de Mapman Fo’ozop, a définitivement rangé sa voix et son instrument mythique ce mercredi 30 septembre 2026 à Bandjoun, où il recevait des soins médicaux. Digne fils de Fotomena et breveté d'invention pour la création de la sanzaphonie — la sanza à double clavier baptisée « Yé-Ndem » —, l'ancien pensionnaire de l’Ensemble National du Cameroun laisse derrière lui un héritage scientifique et patrimonial colossal. Sa disparition ouvre un vide immense dans la transmission des savoirs musicaux ancestraux de la Menoua.
En Bref
- Le Fait : Décès de l'artiste, inventeur et musicologue Jasmin Songouang (Mapman Fo’ozop).
- Le Lieu/La Date : Décès à Bandjoun le mercredi 30 septembre 2026, corps transféré à la morgue de Dschang.
- Le Chiffre clé : 2 claviers surmontés d'une cithare, l'architecture révolutionnaire du Yé-Ndem breveté par l'artiste à l’OAPI (Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle).
- L'Enjeu : Pérenniser l'Académie Internationale des Arts et de la Sanzaphonie et éditer le Tome 2 de son ouvrage didactique.
- L'Impact direct : Mobilisation de la communauté artistique auprès de sa famille pour l'organisation d'obsèques mémorielles.
De l'Ensemble National à la Sanzaphonie : La trajectoire d'un maître du rythme
Jasmin Songouang a forgé sa légende sur les scènes les plus prestigieuses de la planète. Ayant fait ses classes au sein de l’Ensemble National du Cameroun, spécifiquement dans la section danse, Mapman Fo’ozop a parcouru le monde et performé devant les plus grands dirigeants contemporains.
À l'heure de la retraite administrative, ce virtuose n'a pas choisi le repos. Il a concentré son génie sur la sanzaphonie. Loin d'être un simple joueur de folklore, il a révolutionné l'instrument traditionnel en inventant le Yé-Ndem, une sanza à double clavier surmontée d’une cithare, dont il détenait fièrement le brevet d’invention. Une prouesse technique qui a fait entrer la sanza Grassfields dans l'ère de la modernité musicale.
L'Académie de Dschang : Le laboratoire du transfert de compétences
Pour s'assurer que son invention survive aux épreuves du temps, Mapman Fo’ozop a structuré la transmission de son art. Il a fondé l’Académie Internationale des Arts et de la Sanzaphonie, une structure d'apprentissage d'abord hébergée au sein de l’Alliance Franco-Camerounaise de Dschang (AFCD) avant de prendre ses quartiers au centre-ville.
Cet atelier-école ne se contentait pas d'enseigner la musique ; il gérait de manière autonome toute la chaîne de valeur : la fabrication artisanale du Yé-Ndem, la formation des jeunes, la production de spectacles et les expositions d'art plastique. Par ce biais, le natif de Fotomena a vacciné des dizaines de jeunes de la Menoua contre l'oisiveté et l'amnésie culturelle.
La codification de la "Théorie de Mapman" : Une science universelle
La grande victoire de Jasmin Songouang est d'avoir réussi à théoriser la musique africaine pour l'élever au rang de science didactique universelle. Grâce à l'expertise technique de la As’a Telong Music Académie (ATMA), dont il était un fan inconditionnel, et au soutien financier de la coopération Nantes-Dschang, il a publié un ouvrage scientifique majeur : « Didactique Instrumentale des Musiques Sanzaphoniques : Comment jouer facilement à la sanza Bantou ».
Le Tome 1, disponible sur le marché, pose les fondements de ce qu'il appelait la « Théorie de Mapman ». Pour lui, le Yé-Ndem transcendait les frontières :
Musicalement obéissante au rythme de l'homme ➔ Capacité de jouer du makossa, du reggae ou du classique français ↓
Résultat : La sanza devient un instrument universel capable de générer des œuvres contemporaines originales.
Le décès de l'inventeur laisse désormais une question cruciale en suspens : qu'en est-il du Tome 2 de cet ouvrage didactique, resté dans les tiroirs du chercheur ?
Le deuil de la communauté : L'attente du dernier hommage à Fotomena
La dépouille de Jasmin Songouang repose désormais à la morgue de l’hôpital régional annexe de Dschang. La communauté artistique de l'Ouest, les universitaires et la grande famille des musiciens se mobilisent pour lui rendre un hommage à la dimension de son œuvre.
La Rédaction de KOMIAZA s'associe à la douleur des collectifs d’artistes et adresse ses condoléances les plus émues à la famille éprouvée. Les obsèques de Mapman Fo’ozop à Fotomena s’annoncent non seulement comme un moment de deuil, mais comme une célébration du génie de l’inventeur africain.
Le Radar de Komiaza
- La Leçon à tirer : La mort de Jasmin Songouang rappelle au Cameroun que ses plus grands inventeurs meurent souvent dans l'anonymat des budgets publics. Mapman Fo'ozop a dû compter sur une bourse de la coopération française (Nantes-Dschang) pour éditer le premier manuel didactique sur la sanza Bantou. C’est la preuve par l'action que le Ministère des Arts et de la Culture (MINAC) est déconnecté de la recherche patrimoniale. Le Yé-Ndem est un trésor national. Pour honorer sa mémoire, l'État doit racheter son brevet d'invention et introduire la sanzaphonie dans les programmes officiels des lycées et universités du pays.
- Le Débat Komiaza : Face à la disparition de Mapman Fo’ozop et au risque d'extinction de sa méthode, la Commune de Dschang et l’ATMA doivent-elles nationaliser et financer sur fonds publics l’Académie Internationale de la Sanzaphonie pour sanctuariser l'héritage du Yé-Ndem ?
Par Augustin Roger Momokana







