Pourquoi "Ntchui-Moh", de Guy Tsopmo, est une résistance identitaire contre l'aliénation culturelle.

Pourquoi "Ntchui-Moh", de Guy Tsopmo, est une résistance identitaire contre l'aliénation culturelle.

À quelques heures de sa sortie officielle calée pour ce jeudi 1er octobre 2026 au Complexe Zanzibar à Dschang, le nouveau maxi-single de Guy Tsopmo, « Ntchui-Moh » (Le nom de l'enfant), suscite déjà un séisme intellectuel dans la Menoua. Parrainée par le Pr Émile Temgoua, maire de Dschang, cette œuvre monumentale transcende le cadre festif pour s'imposer comme un manifeste de souveraineté linguistique et spirituelle. En s'attaquant de front au déracinement des terroirs et des individus, l'artiste dresse un réquisitoire implacable contre l'aliénation culturelle africaine et ressuscite la mémoire falsifiée de la cité d'Atsang, abusivement rebaptisée « Dschang » par l’appareil colonial allemand.

En Bref

- Le Fait : Analyse doctrinale de la charge politique et identitaire du nouveau projet musical de Guy Tsopmo.

-  Le Lieu/La Date : Conférence de presse au Complexe Zanzibar (Dschang), ce lundi 28 septembre 2026.

-  Le Chiffre clé : 30 ans de résistance culturelle (1996-2026) pour l'ancien chantre de la Chorale Sainte Trinité.

- L'Enjeu : Démontrer que le nom est un porte-bonheur ou un porte-malheur pour l’enfant et le prénom arme de destruction massive de l'identité africaine.

- L'Impact direct : Grand concert de ralliement ce jeudi 1er octobre réunissant la crème de la scène Yémba.

L’anthroponymie de combat : Le nom comme verdict mystique et existentiel

Le premier pilier de la résistance de « Ntchui-Moh » réside dans son interpellation des parents africains face à la démission linguistique. Guy Tsopmo rappelle une vérité anthropologique immuable : le nom n'est pas une simple étiquette commerciale interchangeable, c'est un verdict existentiel. Dans la cosmogonie africaine, il existe des noms porte-bonheur qui tracent des trajectoires de prospérité, et des noms porte-malheur qui enchaînent l'enfant à des fardeaux invisibles.

En abdiquant leur rôle pour céder aux modes occidentales, les parents commettent une trahison mémorielle. Les enfants se retrouvent affublés de prénoms d'acteurs de cinéma, de sportifs ou de chefs d'État étrangers dont on ignore tout de la vie privée. Donner un nom et un prénom en langue nationale devient dès lors un acte thérapeutique, une reconquête de la paix intérieure et du bonheur de la descendance.

Le quiproquo colonial de Dschang : La réhabilitation historique d’Atsang

Le second axe de cette résistance s'attaque à la falsification de la toponymie locale. S'inscrivant dans la continuité des combats mémoriels engagés par le regretté chercheur Brio Kans, Guy Tsopmo démontre que le mot « Dschang » est une imposture née d'une erreur d'interprétation par le colonisateur allemand. L'itinéraire du siphonnage géographique est limpide :

Un prince Foto crée un territoire autonome ➔ Il le baptise réglementairement Atsang (Atsang Fo Lekeu) ➔ Les traducteurs interprètent mal le terme Ntsang (palabre) ↓

Résultat : Le colonisateur s'emballe et invente le vocable "Dschang", un mot sémantiquement inexistant avant la colonisation.

Pour étayer cette thèse, l'artiste convoque la persistance de territoires authentiques comme Atsang (Dschang en Yémba), Atouo Atsang (village Toutsang) ou Edzem Atsang (renvoie à Foto), Atsang Fô Lekeu (Renvoie à Foréké-Dschang) des espaces géographiques bien réels, pourtant gommés de l'histoire officielle par la paresse de l'administration coloniale. L’on pourrait dire qu’en fait de Atsang, il devait être question au départ de Atsah (la propriété). Cela sied bien à Atsa Fô Lekeuane (la propriété du Chef Leukané).

Le génie hybride du Yémba : Trente ans de sédition rythmique

La force de Guy Tsopmo réside dans son refus de la capitulation linguistique. Après avoir pulvérisé les hits-parades avec son titre à succès « Kopaha », où il s'indignait contre le complexe d'infériorité entourant le Yémba, l'artiste récidive avec une formule rythmique hybride. « Ntchui-Moh » n'est pas un produit de studio calibré pour la mondialisation culturelle ; c'est une récréation audacieuse du Ssi, la danse mystique et traditionnelle des jumeaux, fusionnée avec des sonorités modernes.

Cette sédition artistique couronne trente ans d'une carrière rigoureusement découpée en quatre cycles cliniques de maturation depuis 1996 : l'album fondateur « Solitude » (1996-2011), la période d'« Émergence » (2011-2016), la « Maturité » (2016-2023) pour aboutir à l'apothéose doctrinale de « Ntchui-Moh » (2023-2026).

Le ralliement de la rue Mazi : L'onction de l'élite de la Menoua

Le grand show de présentation prévu ce jeudi 1er octobre 2026 au Complexe Zanzibar (situé rue Mazi, en face de la Radio Nkwalah) s'annonce comme une démonstration de force politique et culturelle. Le parrainage officiel du Pr Émile Temgoua, maire de la Commune de Dschang, apporte une onction institutionnelle capitale à ce combat pour la restauration de la mémoire.

La scène sera partagée avec les figures majeures du terroir : Johnny Tezanou, As’a Telong, Yannicko La Star du Flow, Mola’ah Gentil Garçon et Super Dongmo. Une coalition sacrée réunie pour prouver que la musique patrimoniale de recherche est la seule arme capable de briser le rétroviseur de l'aliénation.

Le Radar de Komiaza

- La Leçon à tirer : Le projet « Ntchui-Moh » de Guy Tsopmo démontre que la musique n'est pas une simple distraction de cabaret, mais la première ligne de tranchée contre l'effacement identitaire. Accepter de nommer nos enfants et nos villes selon les contresens de l'histoire coloniale est un suicide culturel passif. En ramenant la danse sacrée du Ssi et la linguistique Yémba au cœur du Complexe Zanzibar, Guy Tsopmo administre une leçon de décolonisation mentale : pour bâtir l'avenir, une communauté doit d'abord réclamer la propriété légitime et le contrôle absolu de ses propres mots.

- Le Débat Komiaza : Face à la démonstration artistique et scientifique sur le statut de « verdict mystique » du nom, les municipalités de la région de l'Ouest doivent-elles rendre obligatoire l'attribution d'au moins un prénom en langue locale lors de l'enregistrement de tout nouvel acte de naissance ?

Par Augustin Roger Momokana