Falaise de Dschang : Le « Chantier-École », laboratoire de la rupture technique au Cameroun.

Falaise de Dschang : Le « Chantier-École », laboratoire de la rupture technique au Cameroun.

Ce jeudi 1er octobre 2026, le ministre des Travaux publics, Emmanuel Nganou Djoumessi, a officiellement ouvert à la circulation la section entièrement reconstruite de la route régionale R0606 Bamougoum-Santchou au niveau de la falaise de Dschang. Moins de deux ans après le double éboulement tragique du 5 décembre 2024 qui avait paralysé ce corridor économique vital, le rétablissement des flux routiers s'impose comme une éclatante victoire de l'expertise endogène. Pour franchir la zone sinistrée, les ingénieurs ont conçu une prouesse technique inédite au Cameroun : une nouvelle chaussée longue de 330 mètres reposant sur un gigantesque remblai renforcé de 34,5 mètres de hauteur, le tout adossé aux recherches scientifiques transversales de l’Université de Dschang.

Le Livre Blanc universitaire : La boussole face aux risques de glissement

La réouverture de cet axe stratégique marque un tournant historique dans la mutualisation des compétences nationales. Le ministre Emmanuel Nganou Djoumessi a chaleureusement salué l'apport des chercheurs de l’Université de Dschang, dont les travaux ont permis la consolidation des solutions durables. C'est l'exploitation de leur Livre Blanc qui a fourni l'ensemble des données géotechniques croisées indispensables pour cartographier les contraintes multiformes de la falaise, caractérisée par des horizons argileux, des roches hautement altérées et des risques permanents de glissements de terrain accentués par une forte pluviométrie.

Cette synergie public-université trace la voie à des réponses souveraines :

- La fin de la dépendance : La mutualisation des moyens a permis d'apporter des solutions technologiques endogènes là où l'importation systématique de matériaux plombait l'action publique.

- Le concept de Chantier-École : D'une longueur totale de 330 mètres, cette nouvelle traversée a été exécutée pour une durée de vie estimée à 120 ans. Elle a servi de laboratoire d'innovation en direct pour les ingénieurs et techniciens camerounais.

Défi géotechnique initial (Le traumatisme de 2024)        

Éboulement majeur ➔ Horizons argileux ➔ Forte pluviométrie

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                  La parade ingéniérique

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Infrastructure du futur (Garantie 120 ans)                 

➔ Squelette : Gigantesque remblai renforcé de 34,5 m       

➔ Data : Intégration du Livre Blanc de l'Université         

➔ Technologie : Confinement anti-érosion Allemand Huesker  

Un investissement de 3 995 millions FCFA alliant la tech chinoise et allemande

L'infrastructure a été matérialisée sur le terrain par l'entreprise CFHEC, accompagnée d'un réseau de sous-traitants parmi lesquels la structure Huesker Debadaker, sous le contrôle technique rigoureux du cabinet ECTA BTP Sarl. Le coût global des travaux s'élève à 3 995 millions de francs CFA.

La grande innovation de cet ouvrage réside dans le croisement d'expertises internationales de pointe. Les équipes ont intégré des géosynthétiques et matériaux synthétiques de haute performance importés d’Allemagne (Huesker), qui assurent :

   1. Le renforcement structurel de la fondation sur les zones de faille.

   2. Une haute résistance mécanique face au trafic lourd.

   3. Un confinement anti-érosion strict et une protection hydraulique de surface pour drainer les eaux de ruissellement.

Pour pérenniser ce joyau technologique, le ministre a annoncé le déploiement immédiat d’une station de pesage mobile et d'une signalisation renforcée au niveau de la falaise. Les usagers et les riverains ont été vigoureusement appelés au civisme, au respect de la charge à l'essieu et à l'interdiction d'obstruer les canaux d'évacuation des eaux.

Le grand déballage des chantiers routiers de la Menoua

La cérémonie a également servi de tribune politique. Répondant aux doléances pressantes du 3e adjoint au maire de Dschang — qui s'inquiétait de l'état de la voirie urbaine, préjudiciable à l'économie locale et à l'ancrage politique du RDPC —, le ministre a dévoilé un impressionnant portefeuille de projets d'infrastructures en cours d'études ou de déploiement pour désenclaver la région :

- Grands axes en cours d'études : Bitumage des sections Dschang-Fokoué-Fomopéa-Bandja-Kekem, Bafoussam-Bameka-Bamendjou, et de l'axe Dschang-Fongo-Tongo-Menji-Bakebe.

- Programme d'entretien routier 2026 : Lancement des travaux sur la régionale Dschang-Fongo-Tongo, et sur le réseau reliant l'Entrée Chefferie Bafou, le Carrefour Doumbouo, Fokoué, et Fotomena-Fontsa-Touola-Carrefour Ngwan.

- Transferts financiers : Rappel du transfert de près de 5,500 milliards de francs CFA opéré par l'État entre 2018 et 2026 au bénéfice des six municipalités de la Menoua pour l'entretien de leurs réseaux routiers communaux.

En déclarant la traversée ouverte, Emmanuel Nganou Djoumessi a invité les communautés à reconnaître la promptitude de l'intervention de la présidence de la République. Ce chantier de reconstruction d'urgence efface les stigmates de la catastrophe de 2024 et dote l'Ouest d'un rempart routier moderne, capable de résister aux assauts du temps et du climat.

Par Augustin Roger Momokana