Scandale à Dschang : Comment les grossistes ont détourné le riz de la lutte contre la vie chère.

Scandale à Dschang : Comment les grossistes ont détourné le riz de la lutte contre la vie chère.

Une tricherie d’une rare gravité a éclaboussé la place des fêtes de Dschang ce mercredi 16 septembre 2026. Alors que la délégation départementale du Commerce y orchestrait une vente promotionnelle de riz et tomtates thaïlandais, l'opération de solidarité nationale a été infiltrée et détournée par des réseaux de commerçants grossistes. Censée soulager les ménages face à une misère de plus en plus envahissante, cette initiative du ministère du Commerce en partenariat avec la société citoyenne SAO Point a vu une partie substantielle des stocks prendre la direction des magasins privés, privant de nombreux ménages et la périphérie d'une bouffée d'oxygène économique indispensable.

Le hold-up des grossistes sur les prix cassés de l'État

L'effervescence des grands jours qui régnait à la place des fêtes a rapidement laissé place à l’indignation populaire. Le gouvernement avait pourtant mis les petits plats dans les grands : le sac de 50 kg de riz, habituellement négocié à 25 000 FCFA sur le marché, était sacrifié à 16 400 FCFA, offrant une économie directe de 9 000 FCFA par ménage. Les sachets d'accompagnement étaient quant à eux bradés par lots à 1 000 FCFA.

Mais la faille du système de distribution a immédiatement profité aux spéculateurs. Au mépris des règles de rationnement, des commerçants grossistes se sont rués sur le comptoir de la commission de lutte contre la vie chère pour reconstituer clandestinement leurs stocks commerciaux avec de l'argent public. Si tous les acheteurs ont été officiellement enregistrés sur des listes nominatives — provoquant la colère de certains citoyens outrés de devoir décliner leur identité pour acheter de la nourriture —, seule une enquête administrative rigoureuse permettra de déterminer l'identité des commerçants qui ont frauduleusement accumulé les sacs au détriment des familles.

Au-delà de la polémique électorale : Le défi de la justice territoriale

Sur la toile et dans les rangs de l'attente, les commentaires acerbes n'ont pas tardé à fuser, certains compatriotes affirmant prématurément que « les élections locales se jouent déjà sur du riz ». Il convient pourtant de rompre avec cette lecture politicienne réductrice : c’est l’État du Cameroun qui vendait et agissait, et non le parti au pouvoir (RDPC). Pour autant, si le centre-ville de Dschang a pu apercevoir la sémi-remorque de ravitaillement, les populations des arrondissements périphériques tels que Fongo-Tongo, Penka-Michel, Fokoué et Nkong-Ni regretteront amèrement d’être restées aux extrêmes géographiques de cette distribution ponctuelle.

Le véritable problème réside dans l'incapacité de l'administration à sanctuariser ses circuits de distribution. Transformer la place des fêtes en un marché à ciel ouvert éphémère expose inévitablement l'aide publique aux prédateurs du secteur informel. Les vœux émis par la société civile et les consommateurs sont unanimes : l'État doit agir structurellement sur les barrières tarifaires en revoyant à la baisse les prix du dédouanement du riz au port, afin que la baisse des prix s'applique de manière organique et permanente sur toute l'étendue du territoire national, directement dans les boutiques de quartier.

Réveiller la SODERIM de Santchou : La seule issue souveraine

Ce énième scandale d'arrosage de riz importé pose une question de dignité nationale : pourquoi courir après du riz thaïlandais sous le regard ironique des observateurs extérieurs alors que la Menoua possède les terres les plus fertiles de la région ? La colère d'un habitant de Dschang résume la solution : « Dites à ce ministre d'aller à Santchou réveiller la SODERIM. L'État ne doit pas devenir un buyam-sellam. »

La véritable riposte contre la vie chère ne se fera pas à coup de ventes promotionnelles d'urgence où l'administration s'improvise commerçante d'occasion. Elle exige la réactivation immédiate de la SODERIM (Société de Développement de la Riziculture dans la Plaine de Mbo) à Santchou. Relancer la production rizicole locale, encadrer les producteurs nationaux et inonder les marchés de la Menoua avec du riz camerounais de qualité supérieure est l'unique stratégie souveraine pour casser définitivement les monopoles des grossistes importateurs et redonner au consommateur sa dignité économique.

Augustin Roger Momokana