L’audience publique consacrée à la prestation de serment du Professeur Émile Temgoua et de Sa Majesté Baudelaire Donfack, respectivement maire et premier adjoint de la commune de Dschang, a mobilisé la cité climatique ce jeudi 10 septembre 2026. Ce rituel républicain, qui boucle définitivement le processus électoral local, s'est transformé en un vibrant plaidoyer sur la responsabilité civile et l'éthique de gestion.
Le palais de justice aux couleurs des grands jours
Pour accueillir le nouvel exécutif municipal, le palais de justice de Dschang a arboré sa parure solennelle. L'événement a réuni un parterre d'invités de marque, illustrant la convergence des forces administratives, académiques, économiques et traditionnelles du département : le préfet de la Menoua, Itoe Peter Mbongo, le recteur de l’Université de Dschang, le Professeur Roger Tsafack Nanfosso, l’adjoint au sous-préfet, Éric Nsangou, le grand opérateur économique Henri Fosso, ainsi que de nombreux chefs supérieurs de la région.
L’audience s’est ouverte par le réquisitoire rigoureux du procureur de la République. M. Roger Tsayem a longuement insisté sur la dualité du mandat de maire : celui d'Officier de Police Administrative (OPA), garant de l’ordre public sur son territoire, et celui d'Officier d’État Civil. Un accent particulier a été mis sur la sacralité de l’acte de naissance, un document pivot non seulement pour l’avenir des enfants, mais indispensable pour préserver la nationalité camerounaise contre toute manipulation frauduleuse.
La mise en garde des magistrats : Servir sans trahir
Le président du tribunal, M. Valentin Minlang Ebah, a mené les débats d'une main de fer, n'hésitant pas à endosser par moments son vêtement de citoyen de Dschang pour réclamer l'éradication des flaques d'eau qui jonchent la route menant au quartier administratif. Mais sur le plan légal, sa mise en garde envers le nouvel exécutif a retenti comme un avertissement solennel : s'investir pour ne jamais se retrouver de l'autre côté de la barre en tant que justiciables. « Le tribunal ne lira que la loi », a-t-il martelé, sommant le Professeur Émile Temgoua et Sa Majesté Baudelaire Donfack d’éviter de trahir la confiance placée en eux et de savoir combler les attentes populaires.
Sur le volet sensible de l'état civil, le magistrat a exigé une orthodoxie stricte concernant les actes de naissance établis sur jugement supplétif. Il a rappelé qu'aucun document ne doit être dressé immédiatement après le verdict, mais uniquement sur la base de la grosse (le jugement définitif), délivrée obligatoirement au bout d’un mois de délai d'appel.
Présent dans la salle, le patriarche Henri Fosso, PDG de Fimex International et ancien président du GICAM, a résumé l'atmosphère :
« J’ai particulièrement retenu les réquisitions du Procureur de la République ainsi que les conseils adressés par le Président aux nouveaux élus. Ils rappellent que le mandat municipal est avant tout un engagement au service des populations, dans le respect de la loi, de l’éthique et de l’intérêt général », a-t-il confié à la rédaction de Komiaza.
La méthode Temgoua : Réconciliation, assainissement et pacte public-privé
L'élection du Professeur Émile Temgoua fait suite au décès brutal du maire Jacquis Kemleu Tchabgou, survenu le 30 mars dernier à Yaoundé. Après avoir assuré l'intérim en sa qualité de premier adjoint, l'universitaire a été élu à la tête de la mairie le 7 juin, à l'issue d'un duel démocratique face à Sa Majesté Baudelaire Donfack, devenu par la suite son premier adjoint. Alors que la mandature des conseillers municipaux a été prorogée par l'État jusqu’en février 2027, la nouvelle équipe sait qu'elle est engagée dans une véritable course contre la montre.
Le nouveau maire semble pourtant faire l'unanimité. « En peu de temps, il a commencé à imprimer sa marque, notamment à travers la lutte contre l’insalubrité urbaine, la rationalisation de la procédure d’obtention du permis de bâtir, les démarches engagées pour apurer les arriérés de salaires du personnel communal, l’entretien des routes et, surtout, le renforcement du dialogue avec les habitants », a salué le patriarche Henri Fosso.
Lors d’un dîner d’honneur offert à l’hôtel de ville à la suite de sa prestation de serment, le Professeur Émile Temgoua a fermement dénoncé les violences postélectorales passées, dont les conséquences matérielles — notamment l’incendie criminel de camions de collecte de déchets — continuent de pénaliser lourdement l’action municipale. Rappelant qu'au-delà des clivages politiques, Dschang reste un bien commun, il a lancé une main tendue majeure vers le secteur privé :
« Vous êtes les créateurs de richesse et d’emplois. La municipalité s’engage à assainir l’environnement des affaires, à simplifier les démarches et à offrir un cadre urbain attractif pour vos investissements. »
S'articulant autour du triptyque « réconciliation, proximité et dialogue », ce mandat appelle désormais à un sursaut de civisme fiscal et à un partenariat public-privé agressif pour moderniser les marchés et les espaces commerciaux de la cité.
Par Augustin Roger Momokana







