Percival Everett : « Lire c’est l’acte le plus subversif que nous puissions faire dans n’importe...

Percival Everett : « Lire c’est l’acte le plus subversif que nous puissions faire dans n’importe...

Sur le plateau de La Grande Librairie (7/10/2025, l'auteur Percival Everett a qualifié la censure croissante de livres aux États-Unis d'acte fasciste, soulignant que la lecture constitue le geste le plus subversif contre le simplisme politique. Pour Everett, la censure est une stratégie de contrôle politique par l'ignorance, visant à éradiquer la pensée critique et le dialogue collectif, notamment à travers l'interdiction de récits explorant des thématiques raciales ou historiques.

Le contexte du discours : « Lire est l’acte le plus subversif »

Le discours de Percival Everett, prix Pulitzer de la fiction 2025, tient de ce qu'il vit de plein fouet la plus grande vague de censure littéraire aux États-Unis depuis l'époque du maccarthysme, une offensive politique qui cible directement son identité et son œuvre.

Depuis 2021, des États conservateurs comme la Floride, le Texas ou l'Utah mènent une véritable guerre culturelle en bannissant des milliers de livres des bibliothèques scolaires et publiques : d’une part, plus de 90 % des livres interdits traitent de la cause LGBTQ+ ou de l'histoire du racisme aux États-Unis. D’autre part, des lois locales permettent à un seul parent ou à des comités d'exiger le retrait d'un ouvrage sur la base de simples "mots-clés", sans même avoir lu l'œuvre dans son ensemble. C'est exactement ce qui fait dire à Everett que les censeurs agissent "sans même comprendre" les livres qu'ils brûlent.

« Eh bien je l’ai dit, les bibliothèques sont des lieux de Subversion. Lire c’est l’acte le plus subversif que nous puissions faire dans n’importe quelle culture. Et le deuxième acte le plus subversif, ce n’est pas d’écrire, c’est de faire partie d’un Club de lecture. Parce que quand on lit, on devient critique, on s’ouvre aux idées et on pense et c’est exactement ce que les fascistes ne veulent pas. C’est pour cela qu’ils se précipitent pour brûler les Livres, pour les interdire, très souvent sans même les comprendre. Probablement, justement, parce qu’ils ne les comprennent pas.

Le langage c’est notre refuge.  Le langage c’est ce qui nous permet d’être libres. Si nous ne pouvons plus communiquer entre nous  ou si nous ne pouvons plus transmettre nos idées, alors autant tout abandonner. »

Ce discours coïncide avec la sortie en 2024) de son chef-d'œuvre, James, qui est une réécriture des Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain. Dans le livre original de Twain, l'esclave Jim s'exprime dans un dialecte volontairement lourd et stéréotypé imposé par l'époque. A contrario, dans la version d'Everett, James est un homme hautement érudit qui lit Voltaire et John Locke en secret. Il enseigne à ses enfants à feindre l'analphabétisme et à parler une langue "brisée" uniquement devant les Blancs pour ne pas les effrayer.

Pour Everett, le langage a toujours été la frontière entre la liberté et la soumission. En défendant le langage comme un "refuge", il fait directement écho au combat de son propre personnage.

Son histoire personnelle avec le Sud-américain

Né en Géorgie en 1956, Everett a grandi dans un Sud encore profondément marqué par la ségrégation raciale. Historiquement, l'accès à la lecture et à l'écriture a été interdit par la loi aux esclaves afro-américains, car le pouvoir blanc savait que l'instruction menait à la révolte. En qualifiant la lecture d'acte le plus "subversif", l'écrivain rappelle que priver une minorité de livres est une technique de domination historique qui se répète aujourd'hui sous d'autres formes.

Everett est connu pour son ironie mordante et son refus de se plier aux attentes politiques. Lors d'une interview à la BBC, il avait déclaré avec malice qu'il espérait que son roman James soit banni, « uniquement pour le plaisir d'irriter les gens qui ne pensent pas et ne lisent pas ». Son discours est une contre-attaque : face à la régression intellectuelle, il utilise le mot "fasciste" pour choquer et forcer l'opinion publique à voir la gravité de la situation.

 Par Augustin Roger Momokana