Enlevé à son domicile à Dschang, déporté dans le Sud et torturé pendant dix-sept jours avant d'être abandonné en forêt, Azafeu Jean Fibel, alias « Africa Député », a choisi de rompre son long isolement thérapeutique. Ce mercredi 15 juillet 2026, l'enceinte de l'hôtel de ville a servi de théâtre à son retour fracassant, en marge de la session extraordinaire élisant le successeur du défunt maire Jacquis Kemleu Tchabgou. En brandissant des pancartes contre le parachutage politique, ce militant intrépide du RDPC a transformé son traumatisme personnel en un coup de semonce agressif contre les dérives autoritaires de sa propre famille politique.
En Bref
- (Le Fait) : Rupture d'isolement et protestation publique d'Azafeu Jean Fibel lors de l'élection municipale.
- (Le Lieu/La Date) : Esplanade de la mairie de Dschang (Département de la Menoua), le mercredi 15 juillet 2026.
- (Le Chiffre clé) : 17 jours de calvaire subis dans le Sud avant ce retour sur la scène publique.
- (L'Enjeu) : Libérer la gestion de Dschang du diktat des « plis fermés » de Yaoundé après le plébiscite du Pr Émile Temgoua.
- (L'Impact direct) : Un repas de crise offert aux employés communaux en grève et une mise en garde du nouvel exécutif.
Le retour du supplicié : Briser l'isolement pour affronter la réalité du terroir
Le débrayage de ce mercredi à l'hôtel de ville marquait la toute première apparition officielle d'Azafeu Jean Fibel depuis son rapt d'une violence inouïe. Enlevé à son propre domicile à Dschang par des inconnus, déporté et séquestré pendant dix-sept jours dans une cellule de la région du Sud avant d'être jeté en pleine forêt, « Africa Député » a vécu l'enfer.
Le choix de sortir de son long silence précisément le jour de l’élection du nouveau maire est un acte politique lourd de sens. Loin d'être brisé, le militant est revenu sur le terrain pour financer un repas de crise pour les employés de la mairie, alors en grève de la faim. Un geste de solidarité militante qui visait à apaiser les tensions tout en rappelant les exécutifs à leurs devoirs.
Le procès du parachutage : Fin de la diplomatie des bureaux climatisés
Muni de trois pancartes au contenu incendiaire, Azafeu Jean Fibel a pilonné le logiciel managérial du RDPC. Ses slogans — « Non au parachutage politique », « Non à la gouvernance déconnectée » — ciblent directement le mode opératoire de Yaoundé. Pour ce digne fils de la Menoua, le temps des maires en costume, enfermés dans des bureaux et sourds aux doléances, est révolu.
La rue exige un gestionnaire de proximité, capable de descendre dans la boue du Marché B et d'entrer dans les concessions des sinistrés. En mettant en garde le duo Temgoua-Donfack, le leader d'opinion exige que l'élu cesse d'agir comme s'il gérait « la sous-préfecture de son village » à des fins personnelles, au détriment de l'image et de l'avenir du parti.
Briser les chaînes de Yaoundé : L'assaut contre la tradition des plis fermés
Le cœur de la révolte d'Azafeu Jean Fibel réside dans le refus de la confiscation du vote par la bureaucratie centrale du parti au pouvoir :
Sélection de candidats par Yaoundé ➔ Envoi des consignes par « plis fermés » ➔ Vote forcé des conseillers ↓
Résultat : Des maires déconnectés, irresponsables et redevables uniquement à la capitale.
Ce mécanisme colonial interne mutile l’autonomie de Dschang. « Africa Député » exige le démantèlement de cette pratique d'imposition pour restaurer une redevabilité exclusive envers les populations. Si le vainqueur ne comprend pas qu'il doit des comptes à la rue et non aux réseaux d'influence de Yaoundé, les prochaines échéances électorales seront fatales pour le parti.
Le tabou de l'allogénéité : L'exemple de Françoise Foning comme boussole
Dans une scène politique locale souvent minée par les replis identitaires entre les clans Foto et Foréké-Dschang, Azafeu Jean Fibel a jeté un pavé dans la mare en appelant à briser les verres du tribalisme. Son argumentaire s'appuie sur une jurisprudence politique historique : le triomphe de feue Françoise Foning à la tête de la mairie de Douala V.
Si une bamiléké a pu diriger une commune du Littoral, pourquoi Dschang s'enfermerait-elle dans des critères d'autochtonie exclusifs ? Pour le militant, un citoyen allogène de bonne moralité, résidant à Dschang et imprégné des réalités du terroir, est mille fois préférable à un fils du sol imposé par l'extérieur, dont la gestion ne ferait qu'accentuer l'insécurité et la division.
Le Radar de Komiaza
- La Leçon à tirer : La sortie d’isolement d'Azafeu Jean Fibel démontre que la violence souterraine et la déportation politique ne suffisent plus à faire taire les voix libres de la Menoua. En choisissant le jour du triomphe du Pr Émile Temgoua sur Sa Majesté Donfack Baudelaire pour orchestrer son retour, le rescapé rappelle une vérité fondamentale : la légitimité d'un exécutif municipal se gagne dans le soulagement de la misère des agents locaux et dans l'écoute de la rue, et non dans la soumission aux combines de Yaoundé.
- Le Débat Komiaza : Face à la terreur des enlèvements qui frappe jusqu'aux militants au sein de leur propre domicile à Dschang, l'irruption publique d'Azafeu Jean Fibel annonce-t-elle le réveil de la base contre la dictature des élites de Yaoundé ?
Par Augustin Roger Momokana







