L’alerte rouge est lancée au sein de la prison centrale de New Bell à Douala. Incarcéré depuis novembre 2025 à la suite des tensions post-électorales, le célèbre activiste nationaliste André Blaise Essama subit une dégradation critique de son état de santé. Face au spectre d’une issue fatale derrière les barreaux, les cris de détresse de la société civile se multiplient pour exiger son évacuation sanitaire immédiate. Traduit devant le tribunal militaire pour de simples infractions d’opinion, le défenseur de la mémoire historique camerounaise fait face à ce que ses soutiens qualifient de condamnation à mort déguisée, sous l’indifférence glaciale de la classe politique.
En Bref
- (Le Fait) : Détention préventive prolongée et dégradation sanitaire alarmante de l'activiste André Blaise Essama.
- (Le Lieu/La Date) : Prison centrale de New Bell (Douala), ce jeudi 23 juillet 2026.
- (Le Chiffre clé) : Près de 9 mois de détention arbitraire sans mandat de dépôt régulier après son arrestation le 7 novembre 2025.
- (L'Enjeu) : Dénoncer l'instrumentalisation du tribunal militaire contre les civils et l'absence de plateau médical adapté en milieu carcéral.
- (L'Impact direct) : Mobilisation de la société civile interpellant Maurice Kamto, Owona Nguini et Samuel Eto’o pour briser le silence de l’État.
La chronique d'une mort programmable : Le calvaire clinique d'un détenu d'opinion
Le pronostic vital d’André Blaise Essama est engagé. Atteint d'un diabète sévère et d'une infection chronique aiguë, le militant de la souveraineté mémorielle s'éteint à petit feu dans les cellules surpeuplées de New Bell. À la suite d'alertes concordantes documentées par la société civile et les défenseurs des droits de l'homme, l'omertà autour de son cas a été brisée pour dénoncer le cynisme de l'administration pénitentiaire. Le plateau sanitaire de la prison de Douala est notoirement inadapté pour traiter de telles pathologies lourdes. Les observateurs redoutent un nouveau drame de la détention, rappelant que maintenir un citoyen dans un tel état de détresse physique relève de la torture psychologique et physique.
Le verdict du haut-parleur : Le prétexte militaire pour museler la contestation
Contrairement à ses interpellations passées liées au déboulonnage des statues coloniales, son arrestation s'inscrit dans le durcissement politique consécutif au scrutin présidentiel d'octobre 2025. Le régime lui reproche une vidéo tournée au quartier Bonakouamouang à Douala, à la veille de l'investiture présidentielle. Équipé d'un haut-parleur et brandissant une banderole dans la rue, Essama y dénonçait les violences post-électorales et appelait à un deuil national. Pour ces infractions d’opinion, le tribunal militaire de Douala l'a inculpé d'atteinte à la sûreté de l'État, de rébellion et de création de troubles. Une artillerie juridique lourde destinée à châtier l'éveil des consciences.
Le procès de la procédure : L'illégalité d'une détention sans mandat
La défense de l'activiste mène un combat acharné contre une dérive judiciaire manifeste. Les avocats dénoncent un dossier vide de fondement légal et articulé autour de trois anomalies majeures :
Arrestation sans mandat ni convocation ➔ Garde à vue administrative de 15 jours expirée ➔ Absence de mandat de dépôt régulier ↓
Résultat : Une détention arbitraire prolongée en dehors de tout cadre légal républicain.
Au-delà du non-respect des délais de procédure, les conseils d'André Blaise Essama contestent fermement la compétence même du tribunal militaire pour traduire un civil devant une juridiction d'exception pour des faits liés à la liberté d'expression.
Le mur du silence : L'appel aux consciences des leaders de la nation
Face au mutisme des autorités judiciaires et administratives, la société civile tente de force les portes du pouvoir par la pression médiatique. Les manifestes interpellent directement les figures d'influence du pays, à l'instar de Maurice Kamto, Éric Mathias Owona Nguini ou encore Samuel Eto’o. Il leur est demandé d'user de leur poids moral et de leur audience pour arracher André Blaise Essama à sa cellule avant qu'il ne soit trop tard. Pour ses partisans, le véritable crime de cet homme est d'avoir dédié son existence à la souveraineté d'un « peuple envoûté », payant aujourd'hui le prix fort d'un engagement patriotique intransigeant.
Le collectif d'avocats de l’activiste, conduit Maître Fabien Kengne, avait engagé une procédure d’habeas corpus sans faire se faire entendre par le tribunal. La prochaine audience est prévue le 10 août. Cette audience constituera un tournant majeur pour la défense, qui devra exposer ses arguments sur les irrégularités de la procédure d'arrestation ou de garde à vue
Le Radar de Komiaza
- La Leçon à tirer : Le cas d'André Blaise Essama illustre le recul dramatique des libertés publiques au Cameroun. Utiliser la justice militaire pour neutraliser un activiste armé d'un simple haut-parleur et d'une banderole est l'aveu d'une fébrilité institutionnelle. Laisser un défenseur de la mémoire collective agoniser sans soins médicaux détruit la crédibilité humaniste de l'État. Yaoundé doit comprendre qu'un martyr mémoriel est plus dangereux pour un régime qu'un opposant vivant. L'évacuation sanitaire d'urgence est un impératif de justice et de salubrité publique.
- Le Débat Komiaza : Face à la multiplication des détentions de civils devant les tribunaux militaires pour des délits d'opinion au Cameroun, la réforme du code de justice militaire est-elle devenue la condition obligatoire pour garantir les droits fondamentaux des citoyens ?
Par Augustin Roger Momokana








