Cérémonies festives : les femmes qui ramènent la nourriture à la maison sont des voleuses !

Cérémonies festives : les femmes qui ramènent la nourriture à la maison sont des voleuses !

Selon le Code pénal camerounais, emporter de la nourriture, des boissons ou des ustensiles d'une salle de fête sans l'accord de l'organisateur constitue une soustraction frauduleuse de la chose d'autrui, passible de sanctions pénales. Bien que cette pratique soit ancrée dans les mœurs locales sous le prétexte de « garder la part des enfants », elle expose les contrevenantes à des poursuites pour vol flagrant ou vol aggravé.

Une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux vient de jeter un pavé dans la mare des pratiques mondaines au Cameroun. On y voit une dame, richement vêtue, dissimuler méthodiquement une bouteille de vin rouge, une bouteille d’eau minérale et même un verre sous les yeux de convives passifs. Ce fait divers remet au goût du jour un débat de société : non, la nourriture et la boisson d'un buffet ne sont pas faites pour être emportées, mais pour être consommées sur place. À la lumière du droit, ce geste tant banalisé porte un nom précis et lourd de conséquences : le vol. Enquête.

Face à ce phénomène, le juriste Arthur Menye apporte une clarification légale implacable. Selon le Code pénal camerounais, le vol se définit comme le fait de « soustraire frauduleusement la chose d’autrui ». Par conséquent, s'approprier des plats, des jus ou des bières dans une salle de fête sans l’autorisation expresse de l’organisateur relève de l'infraction pénale. L’article 318 du Code pénal camerounais punit d'ailleurs le vol d’une peine allant de 5 à 10 ans d’emprisonnement. Si la dame de la vidéo avait été prise sur le fait, elle serait tombée directement sous le coup d'une procédure de flagrant délit.

L'argument classique invoqué par ces mamans — « c’est pour les enfants restés à la maison » — ne possède aucune valeur juridique de dédouanement. Si un organisateur s'estime lésé par ce pillage silencieux, il est parfaitement en droit de solliciter les éléments de la gendarmerie pour faire constater l’infraction et engager des poursuites.

De la salle des fêtes à la cambuse : le piège du « vol aggravé »

Le juriste va plus loin et met en garde contre les dérives qui s'opèrent dans les coulisses des réceptions. Certaines femmes se glissent discrètement dans la cambuse (l'arrière-cuisine) pour remplir des sacs entiers de frites, de poisson, de viande ou de plantain, avant de feindre l'innocence auprès du reste du comité de cuisine. Dans ce cas précis, l'introduction clandestine dans un espace de stockage restreint transforme le délit en « vol aggravé », alourdissant la responsabilité pénale des autrices.

Pour rester dans la légalité, la règle d'or est la patience. Il est conseillé d'attendre la fin de la cérémonie pour recevoir éventuellement sa part de « liquidation » des restes, accordée de plein gré par l’organisateur. Mais dans la réalité sociologique, quel convive accepte aujourd'hui d'attendre les dernières heures pour un morceau de poisson ou une cuisse de poulet ?

Cette impatience crée régulièrement des accrochages violents entre les équipes de protocole et les pique-assiettes. Le cas historique de Bamendou (département de la Menoua) reste gravé dans les mémoires : des habitants d’un quartier s’étaient introduits de force dans le carré VIP réservé aux invités de prestige, avant de finir leur course à la brigade de gendarmerie. Il a fallu l'intervention et l'indignation du chef supérieur du village pour désamorcer la crise et leur éviter le mandat de dépôt.

Le regard de Komiaza : Sac à main ou sac poubelle ? Quand la tradition défie la loi

Pour Komiaza, ce conflit entre le droit pénal et la sociologie des fêtes met en lumière une hypocrisie culturelle majeure, particulièrement ancrée à l'Ouest du Cameroun. Dans la tradition Grassfields, une maman ne rentre jamais d'un deuil ou d'un mariage les mains vides ; le sac à main fait office de conteneur de survie pour la progéniture. Mais en 2026, cette tradition a muté en une prédation sauvage où des invitées fortunées sabotent les budgets des mariés en emportant des bouteilles non consommées pour approvisionner leurs propres domiciles.

La loi a parlé, mais elle se heurte à un mur culturel : les femmes ne cesseront pas demain de dissimuler des victuailles dans leurs sacs. Pour sauver les cérémonies et éviter d'endetter les donateurs, les organisateurs doivent adapter leur logistique. La solution ne viendra pas des menaces de prison, mais du refus du libre-service : il faut imposer le service à table, interdire les bouteilles non décapsulées et généraliser l'usage de gobelets. Si vous voulez nourrir vos enfants, attendez la fin de la fête ou payez votre propre traiteur. La frime en grand boubou ne saurait masquer la misère morale du vol de table.

Par Augustin Roger Momokana