Décentralisation : Un statut spécial pour Dschang et la création de la commune de Fongo-Ndeng.

Décentralisation : Un statut spécial pour Dschang et la création de la commune de Fongo-Ndeng.

Au-delà de toutes les conjectures sur la réorganisation administrative du territoire camerounais, une vérité factuelle s’impose : Dschang est la seule ville non chef-lieu de région qui dispose d’une université d’État au Cameroun. Véritable institution nationale, l’Université de Dschang compte plus de 20 000 étudiants. Ce statut exceptionnel de cité universitaire, densifié par l’explosion de la population du fait de la crise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, impose à Dschang de bénéficier d’un statut particulier. Enquête sur un redécoupage de bon sens.

Le désenclavement du F3 et l'essor économique local

La création de la commune de Fongo-Ndeng répond à un impératif de justice sociale et de désenclavement pour les populations qui composent cet espace historique. En prenant en main son propre destin administratif, cette nouvelle entité permettra à la future Communauté urbaine de Dschang de se concentrer en priorité sur la modernisation et la gestion de sa zone strictement urbaine, aujourd'hui étouffée par la pression démographique.

Il n’est pas question de charcuter le centre urbain en communes d’arrondissements, mais de constater que les communes périphériques (Fokoué, Fongo-Tongo, Nkong-Zem, Penka-Michel et Santchou) se trouvent toutes à moins de 30 minutes du centre-ville de Dschang. L'élévation de Dschang au rang de Communauté urbaine à régime spécial, à l'instar de Nkongsamba, Kumba et Limbé, s'impose pour donner à la cité universitaire les moyens financiers et structurels de sa politique. Pour y parvenir, la ville doit se concentrer en priorité sur son cœur urbain en se délestant de sa périphérie rurale.

La commune de Fongo-Ndeng : Le levier d'autonomie du F3

Loin d'être une coquille vide, la future commune de Fongo-Ndeng dispose d'atouts économiques réels pour assurer sa viabilité financière. L'enjeu majeur est de créer une nouvelle collectivité territoriale regroupant les groupements de Fotetsa, Fongo-Ndeng et Fossong-Wentcheng. On parle ici du « F3 » territorial, une union qui repose sur trois piliers fondamentaux :

- Une centralité naturelle : Parce que le groupement de Fongo-Ndeng se trouve géographiquement entre les deux autres, c’est-à-dire au milieu, la commune peut être légitimement baptisée Fongo-Ndeng.

- Une démographie viable : Ces trois villages totalisent une masse démographique critique qui devrait dépasser les 20 000 habitants.

-  Un bouclier économique autonome : Cette nouvelle commune ne partira pas de rien. Elle comptera sur les redevances des carrières de Fotetsa, ses plantations de cacaoyers, sa forte production de macabo et le dynamisme fiscal des marchés périodiques de Fongo-Ndeng et de Fossong-Wentcheng pour asseoir son budget.

Ce découpage stratégique offre enfin à Dschang l'espace et l'oxygène nécessaires pour assumer pleinement son destin métropolitain.

 Le regard de Komiaza : Décentraliser l'hinterland pour sauver la cité universitaire

Pour Komiaza, la transformation de Dschang en Communauté urbaine à régime spécial n'est plus un débat de prestige politique, c'est une urgence infrastructurelle. Une mairie classique ne peut plus gérer l'assainissement, l'urbanisation et la sécurité d'une population qui a doublé en quelques années sous la double pression universitaire et humanitaire.

Mais cette mutation métropolitaine ne réussira que si l'hinterland est doté de structures autonomes. Créer la commune de Fongo-Ndeng, c'est appliquer la décentralisation réelle : rapprocher l'administration des contribuables ruraux du F3, valoriser le macabo et le cacao locaux, et délester l'exécutif de Dschang des charges rurales pour en faire la métropole moderne que l'Ouest attend. Les décideurs de Yaoundé doivent acter ce découpage de bon sens.

Par Augustin Roger MOMOKANA