Affaire Fouelefack : Élimination politique ou crime passionnel ? Le dernier plaidoyer de l’accusé...

Affaire Fouelefack : Élimination politique ou crime passionnel ? Le dernier plaidoyer de l’accusé...

Affaire Fouelefack : Élimination politique ou crime passionnel ? Le dernier plaidoyer de l’accusé depuis sa cellule.

Le silence des geôles ne suffit plus à étouffer la douleur. Accusé du meurtre de son épouse, la Dr Blanche Laure Ndontsa, et incarcéré depuis 2024, le Pr Christian Fouelefack a choisi de rompre le mutisme. Dans une lettre posthume poignante rédigée depuis sa cellule, l'enseignant d'histoire économique à l'Université de Dschang ne s’adresse ni aux juges, ni à ses détracteurs, mais à celle qui fut sa compagne pendant douze ans pour rétablir une vérité que la rumeur et les prétoires semblent avoir égarée.

Le récit d'un drame domestique transformé en crime

Dans cette missive, le Pr Fouelefack revient sur la journée fatidique du 13 avril 2024. Il décrit une routine banale, des obsèques de collègues, puis l'appel paniqué de ses enfants : « Maman est tombée dans la douche ». Il relate l'impuissance, le transport d'urgence à l'hôpital régional annexe de Dschang avec l'aide des voisins, et le verdict glacial des médecins : « Elle ne donne plus de signe de vie ».

Mais là où l'homme pleurait une épouse, la machine judiciaire a cru déceler un coupable. L'universitaire dénonce une métamorphose macabre de son deuil en « scène de crime dissimulée », alimentée par une vindicte populaire relayée sur les réseaux sociaux.

Entre « médecine légale corrompue » et cabale politique

Le Pr Fouelefack ne mâche pas ses mots face aux rapports d'autopsie qu'il qualifie de « commandités ». Pour lui, le dossier est entaché par des intérêts financiers — citant les 50 millions de dommages et intérêts réclamés par sa belle-famille — mais surtout par des ambitions de neutralisation.

Ancien cadre du MRC et leader du Parti du Triangle National, Fouelefack voit dans cet acharnement la main de ses adversaires dans la Menoua. « Mes adversaires politiques et mes ennemis se sont fait une joie énorme... Ils se sont réjouis de me neutraliser de la scène publique », écrit-il. Il souligne une contradiction majeure : en 12 ans de mariage, aucune plainte, aucun constat de violence, aucune note d'observation administrative ne vient soutenir le portrait du « mari violent » brossé par l'accusation.

Le calvaire d'une famille brisée

Alors que la Dr Blanche Ndontsa repose à la morgue depuis plus de deux ans, les obsèques n’ont jamais eu lieu, bloquées par les méandres d'un procès qui s'étire. Derrière les barreaux, le professeur Christian Fouelefack s'inquiète pour ses « quatre petits empereurs », victimes collatérales d'un scénario qu'il juge « ubuesque ». En contestant avec vigueur les rapports médicaux, il pose une question de fond sur l'intégrité de l'expertise légale au Cameroun.

L’absurdité atteint son comble lors des audiences où la question de la dépouille devient un enjeu de pouvoir, le corps étant passé de l’état de « sous scellés » à celui de « libre mais en décomposition », sans que la famille ne puisse l'enterrer dignement.

Le Radar de Komiaza

Le dossier Fouelefack ne doit pas être lu comme une simple procédure pénale, mais comme une tragédie humaine qui exige une lucidité absolue. Aujourd’hui et plus qu’hier, tous les acteurs de ce dossier — magistrats, experts médicaux, avocats, parents  et ami.es — sont interpelés par une lecture attentive et dépouillée de passion de cette lettre posthume.

Car au-delà de sa valeur testamentaire, ce texte traduit le débordement d’une « victime » qui, acculée par le soupçon et l'isolement, n’a plus d’autres interlocuteurs que sa propre « victime » et leurs quatre enfants. Soyons conscients que ce qui se joue ici est le respect de la dignité d'une famille déjà dévastée. Lire cette lettre, c’est accepter de regarder l’homme derrière l’accusé et de reconnaître que là où la justice manque d'écoute, elle risque de bâtir des certitudes sur des décombres humains. Et ne jamais l’oublier, la vérité réclame de la hauteur, car ce qui résonne dans ce cri du cœur nous interpelle tous sur notre capacité à juger sans aveuglement.

Par Augustin Roger Momokana