Dette, dépression, délation:le suicide de Carlos Bogning, ou l'urgence d'avoir le courage de rentrer
La diaspora camerounaise d'Allemagne est sous le choc. Ce qui aurait dû être un simple fait divers tragique s’est transformé en un réquisitoire contre la méchanceté humaine au sein de notre communauté, mais aussi en un miroir sanglant de notre obsession pour l’exil. Bogning Zefack Carlos, informaticien de 39 ans, a choisi de se jeter sous un train à Berlin ce lundi 27 avril 2026. Komiaza lève le voile sur ce drame où la délation a tué un homme déjà épuisé par le mirage de l'Occident.
Un « crime administratif » sous le choc du train ICE
Le drame s'est noué à 12h05 à la gare de Jungfernheide, à Berlin. Carlos Bogning s'est jeté sous un train ICE lancé à 240 km/h. Mais le véritable coup de grâce a eu lieu deux heures plus tôt, à 9h41. Sa belle-sœur, Daka Arimin Carine Laure, passait des menaces aux actes en envoyant un mail de dénonciation aux autorités allemandes. Pour Carlos, déjà fragilisé par un parcours migratoire de paria (Biélorussie, Lituanie, camps de réfugiés), cette trahison familiale a été l'humiliation de trop.
L'indécence d'une haine fratricide
Huit mois durant, Carlos a vécu un calvaire domestique à Bernau, chez son propre frère. Menacé quotidiennement de délation, il a fini par être « vendu » par celle qui aurait dû être sa protection. Pire encore, alors que le corps de Carlos reposait à la morgue, sa bourrelle s'affichait radieuse sur les réseaux sociaux pour célébrer son anniversaire. Ce cynisme interroge : comment en sommes-nous arrivés à devenir les propres prédateurs de nos frères sous des cieux étrangers ?
Le mirage de l'Eldorado : On nous a menti !
Au-delà de la trahison familiale, le suicide de ce fils de Dschang pose une question fondamentale : pourquoi courir vers des « vieux pays » essoufflés ? Carlos, informaticien qualifié, a fini broyé par un système qui ne veut pas de lui. Pendant que les Africains s'entassent dans des camps de réfugiés en Europe, les puissances occidentales se bousculent aux portes des palais africains pour arracher nos matières premières et nos terres.
La vérité est là, sous nos yeux : le bonheur et l'avenir sont en Afrique. Ces pays que nous idéalisons croulent sous le poids de la dette, de la dépression et de la solitude. On a menti à l’Africain en lui faisant croire que son salut était ailleurs, alors que nos richesses attendent d’être transformées sur place.
Le Radar de Komiaza
Le sacrifice de Carlos Bogning doit nous servir de leçon. Il n'y a aucune honte à rentrer chez soi. Le continent est vaste, riche et plein d'opportunités pour ceux qui ont le courage de le bâtir. Il viendra un jour où ceux qui ont fui pour des raisons de « pauvreté » devront payer des visas hors de prix pour revenir s’installer sur une terre africaine devenue le seul véritable pôle de prospérité mondiale.
Ne mourons plus pour des pays qui nous rejettent. Carlos laisse derrière lui une femme et trois enfants au Cameroun qui ne reverront jamais un père, un mari. Que ce drame brise le tabou de l'exil à tout prix : l’Eldorado n’est pas à Berlin, il est dans nos mains, ici en Afrique. Avoir le courage de rentrer, c'est parfois le plus grand acte de résistance et de dignité.
A toute la diaspora africaine, soyez courageux et ouverts. Ne l’oubliez jamais, quoi que vous fassiez ou qui vous arrive : « Parce que ce qui se dit ici, résonne partout ailleurs dans le monde. »
Par Augustin Roger MOMOKANA avec Le TGV de l’info







