« La famille a un rôle secondaire à mon deuil » : une déclaration attribuée à Anicet Ekane.

« La famille a un rôle secondaire à mon deuil » : une déclaration attribuée à Anicet Ekane.

Décédé en détention le 1er décembre 2025, Anicet Ekane continue de secouer l’échiquier politique camerounais, même depuis l’au-delà. Alors que ses obsèques sont annoncées du 6 au 9 mai à Douala, une bataille judiciaire vient de trancher sur l'organisation des funérailles, écartant la volonté formelle du défunt au profit de la lignée biologique. Komiaza revient sur ce bras de fer entre légitimité politique et primauté familiale.

La famille reléguée au « rôle secondaire » : l'ultime volonté

Dans un enregistrement audio qui fait l'effet d'une bombe sur les réseaux sociaux, Anicet Ekane s’était montré d’une clarté de cristal. Sentant sans doute le poids de la prison et de ses complications respiratoires aggraver son état, le leader nationaliste avait verrouillé son départ : « La famille a un rôle secondaire à mon deuil. La direction de la gestion de mon deuil appartient au parti ».Pour ce compagnon de lutte, la mort ne devait pas être une affaire privée, mais le dernier acte d'un engagement politique total. Il avait même désigné son état-major de deuil, avec Ndongmo à la présidence, flanqué de Marianne et Ketchateng. Un comité politique où ses enfants n'étaient que des exécutants, et ses amis, des invités. « Je suis formel, il n’y a rien à ajouter », tranchait-il.

Le verdict de la justice : Le sang plus fort que le parti ?

Pourtant, le droit a fini par bousculer le testament. La justice a désigné le fils aîné, le Dr Muna Ekane, pour présider l'organisation des obsèques. Ce faisant, elle écarte d’un revers de main la direction du MANIDEM (Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie) et même la veuve du défunt. Un camouflet pour les partisans du nationaliste, qui voient en cette décision une trahison de la pensée d'un homme qui a vécu et est mort pour ses idées, et non pour son patronyme.

Un héros tombé dans les fers de la crise postélectorale

Né le 17 avril 1951, Anicet Ekane s'est éteint à 74 ans dans un hôpital militaire à Yaoundé, alors qu'il était incarcéré depuis le 24 octobre 2025. Son crime ? Avoir soutenu mordicus la victoire d’Issa Tchiroma Bakary (FSNC), investi par le MANIDEM lors de la présidentielle d'octobre 2025. Accusé d'hostilité envers la patrie et d'incitation à l'insurrection, celui qui fut l'un des derniers piliers de la lutte pour la nouvelle indépendance est mort en "prisonnier d'opinion", fidèle à sa ligne de fracture.

Le Radar de Komiaza : L'enterrement d'un symbole

En imposant la famille à la tête de ces obsèques, la justice camerounaise ne fait pas que trancher un litige civil ; elle dilue la portée politique de la mort d'Anicet Ekane. Faire de son deuil une affaire domestique, c'est tenter d'effacer le leader du MANIDEM derrière la figure du père de famille. Mais peut-on vraiment domestiquer la mémoire d'un homme qui, jusqu'à son dernier souffle, a crié que sa seule véritable famille était son parti et sa patrie ? Le "point-trait" d'Anicet Ekane risque de résonner bien plus fort que le marteau du juge lors des adieux à Douala.

Avis aux organisateurs des obsèques d’Anicet Ekane : ne perdez jamais de vue, peu importent vos actes ou les circonstances, que « ce qui se dit ici, résonne partout ailleurs dans le monde. »

Augustin Roger MOMOKANA