3 mai à Dschang : La liberté de la presse dans un cimetière de papier, enterrée par les R. sociaux.

3 mai à Dschang : La liberté de la presse dans un cimetière de papier, enterrée par les R. sociaux.

Alors que la communauté internationale exalte ce 3 mai la liberté de la presse, pilier de la démocratie, Dschang se ronge les ongles. Ironie tragique : la cité universitaire, sanctuaire de l'intelligence, est orpheline de journaux depuis plus d'une demi-décennie. Entre l’agonie du papier et l’hégémonie du « clic » gratuit, Komiaza dresse le constat d'une ville qui a troqué son baromètre social contre les ragots du web.

Le jour où Dschang a basculé dans le chaos informationnel

Le diagnostic de Monique Ngo Mayag (auteure photo d'illustration) est sans appel : cette disparition est-elle l’aveu d’un essoufflement du papier ou une migration ratée vers le numérique ? Certes, la distribution se digitalise, mais est-ce une raison pour que le papier devienne un objet archéologique à Dschang ?

La vérité est plus crue : les kiosques ont mis la clé sous le paillasson parce que les charges écrasent un marché devenu « non juteux ». Le pionnier Lipano a migré vers Douala après avoir perdu ses entrées dans les marchés publics sous l'ère du préfet Iréné Galim Ngong. LIPADA, de son côté, a fini par troquer la distribution des idées contre celle du fer à béton. À Dschang, on ne lit plus, on « se rince l’œil ». La ville a inventé la « titrologie » : une race d’experts qui s'agglutinent devant les étals pour feuilleter sans payer. Résultat : le kiosque, jadis carrefour de l'information et point de rencontre passionné, est mort de faim.

Une ville sans journal : Le vide sidéral

Regardons dans le rétroviseur : L’Investigateur Magazine, L’Étoile de la Menoua, Vision d’Afrique, L’Enjeu, ou encore MenouActu. Ces titres ont fait l'histoire de la cité avant de s'éteindre faute de financements. Comme le souligne Martial N., la fermeture des kiosques a dilué ces espaces de rencontres simples pour laisser place à la froideur des calculs économiques. Dschang est aujourd'hui la seule grande ville du pays incapable de produire et de distribuer quotidiennement sa propre pensée.

La dictature des réseaux sociaux : La "poubelle" reine

Face au vide, la « grande poubelle » des réseaux sociaux a imposé sa loi. Si Komiaza.com, MenouActu Web ou Bafou.org tentent de maintenir une rigueur professionnelle, l’internaute moyen préfère le ragot insolite. « Sur les réseaux sociaux, on ne paie pas, c'est court et amusant », justifie Steve N. C'est l'aversion de la réflexion au profit du divertissement facile.

Même les radios locales (Yemba, Nghie Lah, Nkwalah) sont étranglées, tandis qu'une myriade de pages communautaires (Fongo-Tongo Infos, Dschang Info, M@TV, etc.) tentent de sortir la tête des immondices numériques. Mais peut-on bâtir une opinion publique avec des bribes de posts Facebook ?

La porte de sortie : Réinventer ou périr

Faut-il acter, comme Marcous Mandeki, que « la presse papier se meurt » ? Non. Le journal est le régulateur d’une société. Hindrich Assongo (Dschang Press Club) prône la création d'un journal départemental, mais le défi reste le financement.

La bouffée d'oxygène pourrait venir d'une révolution de la distribution : Monique Ngo Mayag propose le « Café-Presse ». Un concept où l'on sirote son actualité, où le prix de la lecture est inclus dans celui d'une boisson. Transformer le kiosque en un lieu de vie et de débat pour contrer l'isolement du numérique.

Le Radar de Komiaza

« La presse d'information a quasiment disparu en Afrique francophone. Ce qui reste est de moindre qualité qu’une plaquette publicitaire », tempête William Bayiha. Abandonner le papier sous prétexte du numérique est un leurre. Le déclin de la lecture physique entraîne une baisse de la vision intellectuelle et la mort du vivre-ensemble. Une cité universitaire sans presse écrite est une cité qui ne s'informe plus : elle consomme des rumeurs.

Dès lors, l'interpellation est directe : que font nos élites, nos grands commerçants et nos intellectuels ? Financer un projet de « Café-Presse » ou un journal départemental n'est pas une aumône, c'est un investissement dans la salubrité mentale de la Menoua. Messieurs les mécènes, préférez-vous une jeunesse qui s'abreuve de ragots sur Facebook ou une cité qui débat de son avenir autour d'un journal ? Si Dschang veut rester « la cité du savoir », elle doit impérativement retrouver le chemin des kiosques.

Par Augustin Roger MOMOKANA