Avec l’entrée en vigueur de la Loi de Finances 2026, le Ministère des Finances a désormais les yeux rivés sur les écrans de smartphones. En imposant un prélèvement de 3 % sur les revenus des créateurs de contenus, l'État affiche sa volonté de traquer la richesse là où elle germe. Mais pour la rédaction de Komiaza, cette réforme ressemble à un saut dans le vide : le MINFI veut taxer une économie dont il ne maîtrise ni les leviers, ni les flux, au risque de transformer l'impôt en un instrument de répression d'un secteur encore fragile.
Les idées forces de l'analyse :
• L'illusion de l'Eldorado : Moins de 10 % des influenceurs locaux tirent un revenu réel de leur activité ; taxer la popularité n'est pas taxer la rentabilité.
• Le paradoxe de la monétisation : L'État veut prélever sa part sur des revenus versés par des plateformes (Facebook, TikTok) qui ne reconnaissent toujours pas officiellement le marché camerounais.
• Le spectre de la double imposition : Faute de conventions négociées par le MINFI, les créateurs risquent d'être ponctionnés à la source à l'étranger et traqués à domicile.
• L'échec de la traçabilité : Entre paiements en cryptos, Mobile Money et transactions informelles, l'administration navigue à vue dans un labyrinthe numérique.
• Priorité aux fortunes et aux ressources : L'impôt de développement doit d'abord cibler l'exploitation des ressources naturelles et les grandes industries avant de s'acharner sur les personnes physiques.
Une équité fiscale en trompe-l'œil
L'argument du Ministère des Finances est séduisant : rétablir l'équilibre entre le commerçant du marché central et la star d'Instagram. Mais la comparaison s'arrête là où commence la réalité technique. Contrairement au secteur traditionnel, l'économie numérique camerounaise est "hors-sol". Imposer 3 % sans définir de seuil de revenus, c’est ignorer que la majorité des "influenceurs" survit grâce à des échanges en nature ou des partenariats précaires. Si la DGI n'est ici que l'exécutant, il appartient au Ministère d'établir des réalités fiscales cohérentes. Vouloir élargir l’assiette fiscale est une nécessité budgétaire, mais le faire sans outils de mesure fiables s'apparente à une quête donquichottesque contre des moulins à vent numériques.
Le vide stratégique face à l'urgence sociale
Le véritable scandale réside dans l'asymétrie entre les exigences fiscales du MINFI et l'absence de services rendus par l'État à ce secteur. Comment exiger l'impôt quand le cadre légal ne protège ni la propriété intellectuelle, ni les contrats des créateurs ? L'administration se heurte au mur de l'informel : les marques locales, fuyant elles-mêmes les taxes, préfèrent les accords sous cape. Résultat : on punit le créateur de contenu pour une opacité dont il est souvent la première victime. Si le politique ne distingue pas le revenu publicitaire du don ou du placement de produit, l'impôt devient un prélèvement arbitraire sur la créativité dans un contexte où le chômage et la misère touchent plus de 60 % de la jeunesse.
Instaurer un seuil d'imposition pour protéger les plus vulnérables
Loin d'affirmer que les Camerounais ne doivent pas payer l'impôt, la rédaction de Komiaza martèle que celui-ci doit être strictement conforme aux revenus réels pour les personnes physiques. Il est impératif d'instaurer un seuil d'imposition pour protéger les plus vulnérables. Plutôt que de s'acharner sur les citoyens qui tentent de survivre par le numérique, l'État devrait redoubler d'efforts pour que l'exploitation de nos ressources naturelles, les grandes industries et les fortunes colossales paient enfin l'impôt de développement nécessaire à la nation. La souveraineté fiscale du Cameroun en 2026 ne se construira pas sur la ponction de la débrouillardise de sa jeunesse, mais sur la capacité du Ministère des Finances à imposer un partage équitable de la richesse là où elle est massive, industrielle et structurelle.
La Rédaction de KOMIAZA
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