Quatorze mois après le double éboulement tragique du 5 novembre 2024, la terre vient de restituer une quatorzième dépouille. Si l’extraction du corps de Mme Manekeu Régine apporte un semblant de paix à une famille, elle réveille surtout un sentiment de profonde injustice. Pour la rédaction de Komiaza, alors que les milliards pleuvent sur ce segment routier, le silence et l’oubli ne peuvent plus constituer l'unique réponse de l’État face au drame humain.
Le ballet des ministres sans le recueillement de la Nation.
C’est un constat amer : contrairement aux autres grandes catastrophes nationales, aucune cérémonie officielle n'a été organisée en mémoire des victimes de la falaise de Dschang. Pourtant, le ballet des membres du gouvernement sur le site, sans doute en mission de constat, n'a pas manqué. Alors que les familles attendent toujours une liste officielle des disparus, l’absence de deuil national interroge sur la valeur accordée à la vie des usagers de cet axe stratégique. L’édification d’un monument aux morts sur le site est désormais une exigence non négociable ; ce mémorial permettrait non seulement aux familles de se recueillir, mais servirait également d’avertissement permanent aux transporteurs malveillants sur cette route structurellement accidentogène.
Le scandale des chiffres : de 27 milliards à la surfacturation chinoise
L'histoire de cette route est celle d'un serpent de mer financier dont les méandres budgétaires interpellent. Tracé par les populations en 1934, programmé en 1986, cet axe n'a été réalisé qu'en 2004 avec une enveloppe colossale de près de 27 milliards FCFA, cofinancée par l'État et la BAD. À l'époque, l'entreprise Edock Eter SA avait abandonné la construction d'un grand mur de soutènement en béton au niveau du point de contrôle, un ouvrage pourtant facturé et budgétisé qui aurait pu prévenir bien des drames. Aujourd'hui, l'entreprise chinoise CFHEC se frotte les mains en empochant 3 milliards FCFA pour une simple traversée de 350 mètres, un ratio financier vertigineux qui contraste violemment avec l'incapacité chronique des autorités à publier un bilan exhaustif des morts et des disparus.
Le chantier de la falaise ne peut plus être une simple affaire de génie civil à prix d'or où l'opacité budgétaire le dispute au mépris mémoriel des citoyens. La Nation exige désormais toute la lumière sur la disparition du mur de protection initialement prévu par Edock Eter SA, dont l'absence a transformé ce segment en un véritable entonnoir mortel. Les autorités doivent impérativement sortir du mutisme pour publier les chiffres consolidés des blessés et des disparus, afin de permettre à chaque famille de sortir de cette insoutenable attente. On ne reconstruit pas la souveraineté d'un pays sur du bitume neuf si les fondations sont faites de silence et de surfacturations ; l'implication de CFHEC (China First Highway Engineering Compagny) dans cette reconstruction onéreuse doit s'accompagner d'une transparence totale sur l'historique de cette route sacrifiée.
Une sacoche et un téléphone pour briser le silence
La famille était sans nouvelles de Mme Manekeu, épouse Djoufack Régine, depuis le jour du drame. Même si tout laissait présager que la septuagénaire avait été avalée par la terre, l'impossibilité de retrouver son corps — contrairement à celui de sa fille avec qui elle se trouvait au champ ce jour-là — plongeait ses proches dans une douleur indicible. En faisant le deuil de la jeune femme sortie des décombres par les secours, nul n'avait oublié la mère, mais le deuil restait incomplet sans sa dépouille. Aujourd'hui, l'identification formelle de ses effets personnels (sa sacoche, son téléphone et une coupure de 5 000 FCFA) permet enfin à la famille de pousser un ouf de soulagement. Ses restes ont été conduits au village Litieu (Foreké-Dschang) pour y être inhumés, car ses reliques reposent désormais, comme il se doit, dans la concession familiale.
La Rédaction de KOMIAZA
MEDIAS
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