Enseignement supérieur : Vers la fin du Doctorat de masse au Cameroun.

Enseignement supérieur : Vers la fin du Doctorat de masse au Cameroun.

Le 15 janvier 2026 marque un tournant historique pour l’université camerounaise : l’accès au sommet de la pyramide académique est désormais verrouillé par un quota national rigide.

Les idées forces du « Choc de Janvier »

  • Le couperet tombe : Seuls 600 privilégiés seront admis en Doctorat pour l’année 2025/2026 dans les 11 universités d’État.
  • Le mérite comme seul ticket : Aucun dossier ne sera examiné en dessous d’une moyenne de 12/20 au Master.
  • L’université à deux vitesses : Bertoua et Garoua sont limitées à 30 places, tandis que Yaoundé II et Maroua bénéficient de 75 sièges chacune.
  • La fin de la dépense improductive : L’État cesse de financer à perte (1,2 million FCFA par candidat) un cycle qui nourrit plus le chômage que le développement.
  • Priorité à la SND30 : Les recteurs doivent ventiler les quotas en privilégiant l’ingénierie et l’expertise pratique pour transformer l’économie.

Un séisme académique nécessaire

Le communiqué du ministre Jacques Fame Ndongo est sans appel. Ce contingentement met fin à une décennie où le Doctorat était devenu un cycle ordinaire, voire un refuge contre le chômage. À Dschang, par exemple, où l'on enregistrait jusqu'à 300 doctorants par an, la chute sera brutale. Mais ce virage répond à une réalité amère : former des docteurs sans perspective de recrutement universitaire crée une bombe sociale faite de misère et de déception devant les ministères.

Une lueur d’espoir pour l’enseignement technique

Si cette décision charrie des frustrations, elle pourrait être le signal d’une réforme en profondeur. En limitant le nombre de théoriciens, l’État affiche sa volonté d’investir massivement dans l’enseignement technique professionnel et l’ingénierie. L'expertise pratique doit désormais prendre le pas sur les diplômes de prestige.

Une Commission pour la qualité

Pour verrouiller ce nouveau système, une Commission Nationale de la Formation Doctorale, créée le 28 novembre 2025, est désormais chargée du contrôle de la qualité et de l’attribution sélective des appuis à la recherche. Cette commission aura également une incidence directe sur le filtrage en amont, dès le niveau Master.

Désormais, le Doctorat au Cameroun ne sera plus un droit, mais un investissement stratégique lié aux besoins de croissance de la nation.

Répartition nationale des places en Doctorat (quota 2026)

Institution Universitaire                            Quota de Doctorants

1. Université de Yaoundé II (Soa)                        75 places

2. Université de Maroua                                     75 places

3. Université de Yaoundé I                                   60 places

4. Université de Douala                                        60 places

5 .Université de Dschang                                      60 places

6. Université de Ngaoundéré                               60 places

7. Université de Bamenda                                    60 places

8. Université de Buea                                             60 places

9. Université d'Ebolowa                                         60 places

10. Université de Bertoua                                       30 places

11. Université de Garoua                                       30 places

TOTAL : 11 UNIVERSITÉS D'ÉTAT                     600 CANDIDATS

L'Université de Dschang face au « Mur des 60 »

L’Université de Dschang, fleuron de la recherche en zone CEMAC, se retrouve brutalement confrontée au « mur des 60 », voyant ses effectifs de recherche divisés par cinq par rapport aux années précédentes. Cette réduction drastique impose une sélection féroce au sein de ses Écoles Doctorales, où chaque établissement ne pourra désormais accueillir qu'une poignée d'élus. Au-delà du défi statistique, c'est une mutation profonde de l'ADN de l'institution qui s'opère : le passage d'une recherche de masse à une recherche d'élite, impérativement alignée sur les piliers de la Stratégie Nationale de Développement (SND30). Pour les centaines d'étudiants de Master qui se voient ainsi fermer les portes du troisième cycle, l'heure est à la réorientation forcée vers l'expertise technique et l'auto-emploi, marquant définitivement le crépuscule d'une ère où le diplôme de prestige tenait lieu d'horizon unique.

Par Augustin Roger MOMOKANA