Un peu plus d’un mois seulement après sa reconnaissance officielle par l’autorité administrative, Sa Majesté Nfō’o Akana, chef de 3e degré du village Leffé, a tiré sa révérence. Dans la soirée du 13 janvier 2026, celui qui régnait sur ce village du groupement Bafou depuis un demi-siècle a rejoint ses ancêtres, laissant derrière lui une communauté sous le choc.
Une disparition brusque et une légitimité réaffirmée
La nouvelle du départ soudain de Sa Majesté Nfō’o Akana est tombée tel un couperet. La consternation a envahi le village Leffé, sur lequel il veillait depuis 50 ans. Face aux rumeurs qui s'emballent sur les réseaux sociaux, il importe de rétablir les faits : le défunt monarque n’était en rien un usurpateur. Prince héritier légitime du trône de Leffé, sa cérémonie d’intronisation officielle, tenue le 6 décembre 2025, n’était que la « consécration » administrative d’une réalité coutumière établie depuis longtemps.
Le dilemme de la loi de 1977 : entre coutume et "onction" étatique
Cette disparition remet en lumière les complexités de la loi de 1977 sur l’organisation des chefferies traditionnelles au Cameroun. Si l'intronisation coutumière au La’akam demeure un acte sacré, orchestré par les notables dans le secret, la loi impose une mise en conformité administrative. C’est cette procédure, passant par des consultations officielles, qui permet à un chef de figurer dans le répertoire du Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT) et de percevoir le traitement financier alloué par l’État.
Cependant, ce passage de la coutume à la loi est souvent un chemin de croix. Pour qu'une chefferie soit classée, elle doit obtenir l'aval du Chef Supérieur du groupement.
L'ombre des conflits de pouvoir
Dans la Menoua, comme ailleurs, une tension sourde persiste. De nombreux chefs supérieurs hésitent à donner leur "onction" aux chefs de village pour leur reconnaissance officielle. En maintenant leurs sous-chefs dans une forme de « clandestinité administrative », certains chefs de groupements conservent un pouvoir discrétionnaire total, se réservant le droit de diviser les villages pour créer de nouvelles sous-chefferies au gré des alliances.
Le village Leffé, aujourd'hui orphelin, pleure un chef qui aura attendu cinq décennies pour voir son autorité officiellement scellée par la République, avant que le destin ne l'appelle à rejoindre ses ancêtres quelques semaines plus tard.
Par Augustin Roger MOMOKANA
MEDIAS
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