Cameroun - « Un système public à bout de souffle » : Le diagnostic de Sob Amyn Fouejeu.

Cameroun - « Un système public à bout de souffle » : Le diagnostic de Sob Amyn Fouejeu.

Sous le titre évocateur « Un système public à bout de souffle », Sob Amyn Fouejeu dresse un tableau sombre de l'administration camerounaise, en la comparant aux modèles ivoirien et sénégalais. Pour cet expert en communication stratégique, la clé du renouveau repose impérativement sur la motivation des agents publics.

Sob Amyn Fouejeu soutient qu'une augmentation de la masse salariale de l’État est désormais une urgence absolue. Selon lui, cette revalorisation est le moteur d'un cercle vertueux : elle donne un sens réel à la lutte contre la corruption, redonne le sourire au panier de la ménagère et garantit un service aux usagers à la fois efficace et efficient.

Bien qu'il ne se focalise pas sur la réduction du train de vie de l’État, l'expert ne l'élude pas pour autant. Il avertit qu'un État privilégiant systématiquement les dépenses de consommation au détriment des dépenses d’investissement ne peut espérer de résultats probants. Une telle gestion ne fait qu'élargir le fossé entre une minorité dirigeante et une majorité exécutante, fragilisant ainsi la cohésion sociale et l'efficacité de l'appareil public.

« Un système public à bout de souffle »

Alors que le Cameroun ambitionne une émergence économique à l’horizon 2035, sa fonction publique, pilier essentiel de cette dynamique, traverse une crise silencieuse. Des enseignants sous-payés aux agents de santé débordés, la faiblesse des rémunérations mine l’efficacité des services publics et nourrit un terreau fertile pour la corruption.

Pourtant, une solution existe : augmenter la masse salariale, distincte du train de vie de l’État, en revalorisant le coût moyen par agent. Une analyse comparative avec la Côte d’Ivoire et le Sénégal révèle l’urgence de cette réforme.

I. État des lieux : Le Cameroun à la traîne

Données clés (projection 2025)

- Masse salariale : 2 100 à 2 300 milliards FCFA (3,8% du PIB).

- Effectifs : 380 000 agents, répartis ainsi :

Éducation : 40%

Santé : 12%

Sécurité : 21%

Administration : 16%

- Coût moyen/agent : 5,8 millions FCFA/an, le plus bas de la sous-région.

- Pyramide des âges :

25-34 ans : 28% (démotivation élevée)

35-49 ans : 52% (noyau compétent mais tenté par l’exil)

50+ ans : 20% (départs massifs en retraite d’ici 2030).

Problématique : Un médecin camerounais gagne 3 fois moins que son homologue ivoirien, poussant aux consultations privées illicites ou à l’exil. Un enseignant du secondaire doit compléter son revenu par des cours particuliers, au détriment de sa mission publique.

II. Comparaison régionale : Des modèles inspirants

Côte d’Ivoire (Données 2025)

- Masse salariale : 1 800 à 2 000 milliards FCFA (4,1% du PIB).

- Coût moyen/agent : 7,1 millions FCFA.

- Effets concrets :

- Réduction de 30% de la cprruption dans les services fiscaux (rapport ONG).

- Productivité administrative accrue grâce à la digitalisation.

Sénégal (Projections 2025)

- Masse salariale : 1 500 à 1 700 milliards FCFA (3,5% du PIB).

- Coût moyen/agent : 6,8 millions FCFA.

- Résultats :

- Taux de satisfaction des usagers des hôpitaux publics passé de 45% à 68% en 5 ans.

- Programme de titularisation ayant rajeuni l’administration (30% des agents ≤ 34 ans).

Leçon régionale : Un coût moyen/agent supérieur > 6,5M FCFA \ corrélé à une meilleure performance des services publics et une corruption moindre.

III. Masse salariale et croissance : Un cercle vertueux

Augmenter le coût moyen/agent n’est pas une dépense, mais un investissement. L’équation est simple :

Salaire décent ➡Agent motivé ➡Service public efficace ➡ Croissance économique

- Stimulation de la demande interne :

1 milliard FCFA injecté dans les salaires génère 2,3 milliards de consommation locale (modèle FMI 2025).

- Réduction de la corruption :

Selon la Banque mondiale, une hausse de 20% des salaires réduit de 35% les pratiques corruptibles.

- Attractivité des talents : Enrayer la fuite des cerveaux (15 000 professionnels de santé partis depuis 2020).

Preuve chiffrée : Le Sénégal, avec une masse salariale/PIB inférieure au Cameroun mais un coût/agent plus élevé, affiche une croissance superieure à 5% contre moins de 4% au Cameroun en 2025.

IV. Financement durable : Cinq réformes non fiscales

Pas question d’alourdir la pression fiscale ! Voici des pistes pour financer une hausse ciblée de 15% du coût moyen/agent (soit +345 milliards FCFA) :

1. Optimisation énergétique :

- Réduire les subventions à la SONARA en modernisant les infrastructures (-120 milliards FCFA/an).

- Développer les énergies renouvelables via des PPP (partenariats public-privé).

2. Digitalisation accélérée :

- Généraliser l’e-impôt et l’e-procurement : économies de 70 milliards FCFA/an (fraude réduite).

- Automatiser 50% des guichets administratifs (exemple : modèle ivoirien).

3. Rationalisation des entreprises publiques :

- Ouvrir le capital des entreprises publiques bugetivores aux investisseurs privès stratégiques (+100 milliards FCFA de dividendes/an).

4. Lutte contre les flux illicites :

- Renforcer la collaboration douanière CEMAC : récupération de 200 milliards FCFA/an (est. FMI).

5. Réforme agropastorale :

- Valoriser les terres inexploitées via des baux à investisseurs agricoles (+75 milliards FCFA/an de redevances).

Conclusion : L’urgence d’un nouveau pacte social

Le Cameroun ne pourra bâtir une économie émergente sur le dos des agents publics appauvris. Augmenter la masse salariale en ciblant le coût moyen par agent est un impératif de justice, d’efficacité et de souveraineté. Les réformes proposées, sans coût fiscal supplémentaire, sont autant de leviers pour y parvenir.

Comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire l’ont démontré, investir dans l’humain n’est pas une dépense, mais le germe d’une prospérité partagée. L’État camerounais doit aujourd’hui choisir : perpétuer un système corrompu et inefficace, ou enclencher une renaissance publique par la revalorisation salariale. Le temps est à l’audace.

Sob Amyn FOUEJEU