Parfait Tabapsi : « Hommage à Tonton Nico ».

Parfait Tabapsi : « Hommage à Tonton Nico ».

A l’heure où tu te prépares pour la grande traversée vers nos ancêtres, il me plaît de te saluer. La douleur de ton absence, déjà, est certes grande, mais elle nous commande de regarder en arrière pour saisir toutes les dimensions du personnage que tu auras été pour notre village où tu as laissé, cela va sans dire, une marque indélébile.

A l’annonce de ton grand départ le dimanche 27 décembre dernier au matin, une secousse de grande magnitude m’a saisi depuis l’ancienne cour royale du village, emmenant avec elle une douleur indescriptible. La veille encore, j’avais évoqué avec notre frère David Fotso dit « David Chen » ton nom. Je m’étais alors aperçu que toute trace physique de toi avait disparu, y compris ta propre présence. Il me dit alors que tu ne passais plus qu’épisodiquement à Djoungo, que tu n’étais pas en bonne santé depuis un moment et qu’il était presqu’impossible de te joindre.

Si la douleur de ta disparition s’est instillée rageusement en moi, c’est bien que tu auras été un homme comme on n’en rencontre pas tous les jours. Commençons par tous ces sobriquets que les gens çà et là, de Djoungo à Mbanga en passant apr Njombé et Penja t’avaient accolé au fil de tes prouesses : « Tonton Nico », bien sûr, « Mamboundjè », « Mamiwata » ou simplement « Nicolas ». Tu étais en effet un personnage haut en couleurs dont la singularité n’était plus à faire.

Dans l’histoire de notre village, tu resteras cette légende unique qui aura inspiré tant de parents dans l’éducation de leur progéniture. Oui, tu étais la figure à ne pas ressembler, cet empêcheur de tourner en rond qui permettait à tous d’être sur le qui-vive et d’avoir toujours conscience que tout avoir relevait de la vanité. Ton art de faire disparaître les biens n’avait d’égal que celui d’un prestidigitateur. Je parle d’art dans la mesure où la nature ne t’avait pas doté de cette force physique qui annihile à distance toute velléité de t’affronter. Il ne me souvient d’ailleurs pas que tu étais un homme de castagne. Ton apparence svelte décourageait souvent ceux qui te prenait la main dans le sac quant à une éventuelle punition dont le spectre pouvait embrasser jusqu’à la peine privative de liberté.

Cet art que tu sus tisser au fil du temps avait cependant un but : rendre les gens heureux autour de toi. Je me souviens encore de ton rapport avec ta nièce Menkuè qui me permit dans les années 80 de mesurer ta générosité et ton amour de ton semblable. Il y eût également, en l’an de grâce 1989, un événement qui allait t’installer pour longtemps dans la mémoire collective du village. Cette année-là, tu pris les rênes du « Tout Puissant de Djoungo » (TPD) dont les performances successives animèrent les vacances scolaires comme jamais auparavant. Ce n’est qu’en finale, et au bout d’une longue série de tirs-aux-buts que « Ndjiesse Sportive », alors présidée par Lucas Taguemkam dit Mao que tu rejoindras bientôt, vint à bout de ta bande de joueurs aguerris parmi lesquels l’excellent portier François dit Misteuil, mon frère aîné. Ta présence permanente auprès de tes poulains, ton entregent pour dégotter dans les villages environnants les meilleurs joueurs, ton sens de l’apaisement devant de nombreux épisodes porteurs d’embrasement, ta maîtrise des nerfs souvent mis à l’épreuve furent des qualités qui structurèrent ta présidence ; des qualités qui ont, à mes yeux, à tout jamais inscrit ton nom dans l’histoire.

A l’heure de la séparation, c’est de cela que je voulais te parler. Certes le destin ne t’a pas permis d’avoir une famille ordinaire, mais il t’a placé au centre de nos vies. Tu étais notre star en même temps que notre légende. Tu n’as certes pas pu atteindre tes contemporains du Département du Moungo au rayon de la célébrité comme Donatien Koagne ou Gutenberg, mais au niveau de Djoungo et de ses parages, tu t’es imposé comme le prototype de ce que nous ne devrions pas être. Et cela nous a bien servis ! Je voudrais donc ici te remercier, car sans toi et ton génie de la dérobe, qu’auront bien été nos vies ?

Que la traversée te soit heureuse mon Tonton, le bien aimé Nicolas Nguenewa !

Par Parfait Tabapsi