Francis Ngannou a été reçu par Jean Bruno Tagne sur AUTANT LE DIRE de Naja TV. Le journaliste et son invité ont abordé l’actualité politique camerounaise dominée par la crise post-électorale. The Predator a sans doute craché la vérité : « s’il avait été mon père ou mon grand-père, moi-même je ne l’aurais pas conseillé de ne pas se présenter », dit-il se référant à Paul Biya.
Lors de son discours qui a précédé sa prestation de serment, le président Paul Biya a semblé tourner la page de l’élection présidentielle et il a « salué l’attachement de l’immense majorité des Camerounais à la paix et au vivre ensemble. A votre avis, est-ce qu’on peut dire que le Cameroun est en paix en ce moment ?
Non ! Non ! On ne peut pas dire que le Cameroun est en paix au vu des situations… d’ailleurs les arrestations massives en cours dans le pays. D’ailleurs, j’ai été contacté l’autre jour par des gens dans mon village Batié. Ils criaient qu’on a attrapé les tels et les tels. Pourquoi ? Parce qu’ils sont restés à la maison. Le Cameroun est un pays particulier : quatre jours plus tôt on disait aux gens : « restez chez vous !» et quatre jours après, on a arrêté les gens parce qu’ils sont restés chez eux. Je me demande qu’est-ce que je n’ai pas bien compris ? En restant chez eux, qu’est-ce qu’ils ont fait ? Et ils sont ou ? Au tribunal militaire. Et tu te rends compte, des situations comme ça il y en a un peu partout dans le pays. J’ai vu dans les réseaux sociaux qu’il y a des gens attrapés qui ont disparu. Il y a même des leaders politiques : il y a Anicet Ekane, Il y a le professeur Aba’a Oyono, il y a Parfait Mbvoum, il y a Djeukam Tchameni… tu vois ça et tu te dis : mais qu’est-ce qui se passe ?
Il y a qu’il faut ajouter à cela un axe dont on ne parle pas beaucoup. C’est les exilés politiques. On ne peut pas être dans un pays où tous nos intellectuels, une partie de la diaspora ne peut pas rentrer au pays. Il faut qu’on regarde la vérité en face. On est mal barré là… on est entrain de sombrer.
Comment réagissez-vous au fait que quelqu’un comme Samuel Eto’o soutienne Paul Biya pour qui il aurait voté s’il a voté ?
« Non, on est dans une démocratie, je n’ai pas à réagir par rapport aux convictions de Samuel Eto’o ou de Rigobert Song ou de qui que ce soit. Je pense que c’est l’essence même de la démocratie : le libre arbitre, chacun choisit son opinion. C’est un droit constitutionnel, il n’a pas à expliquer à qui que ce soit ; chacun voit les choses de son angle. »
Néanmoins ça n’empêche pas que ce soit leur choix. C’est leur choix et ils ont le droit. Je ne conteste pas leur choix. Je pense que tout autant que nous sommes, 30 millions, on peut avoir des opinions diverses. C’est ça la démocratie au fait. C’est pas forcément être unanime sur l’opinion. Parce que ça reste encore des opinions, des convictions en fonction des points de vue.
Quand on dit que la crise qui a suivi l’élection de Paul Biya a entrainé déjà au moins trente morts, de nombreux blessés, plein de dégâts matériels, plusieurs centaines de camerounais qui aujourd’hui croupissent dans les prisons…comment réagissez-vous à tout cela ?
Je trouve que c’est quand même dommage qu’on arrive à ce niveau ces dernières semaines c’était quand même triste de voir le regard du monde entier sur nous. Ce qu’on projetait à l’extérieur faisait un peu honte. D’un autre côté il y a la crise post-électorale, les manifestations, il y a eu des décès. Ce que moi j’ai beaucoup déploré, même si j’ai pas pu… j’ai pas en temps normal fait ce que je voulais faire : ce qui était d’adresser mes condoléances aux familles des défunts. Parce que c’est triste d’en arriver là, d’être dommages collatéraux pour un changement. On est à un point où le peuple est juste fatigué de crier et de ne pas se faire entendre. On a l’impression de crier aux sourdes oreilles. Et c’est cela qui s’est manifesté après les élections. C’était un peuple qui disait : « nous, on n’en peut plus ! Ecoutez nous ! ». J’ai vu quelques vidéos circuler sur les réseaux sociaux : c’était des balles réelles qui étaient tirées et c’est là que j’ai dit : « okay, où est-ce qu’on va ? Qu’est-ce qui se passe ? Comment on gère ? » Les manifestations, on les voit un peu partout. Ce qui m’a écœuré le plus, c’est que le lendemain on ne parlait même pas de la manifestation, on ne parlait que des casses. Tellement il n’y avait pas eu de manifestations, tellement il n’y avait pas un peuple qui disait : on est fatigué. Comment est-ce qu’on peut balayer du revers de la main une situation comme celle-là ? Les politiciens ce sont de bons menteurs, mais ils mentent bien. Ils promettent au moins. Ils disent : « on a compris, on va gérer », et je pense que c’est ce qui a manqué.
Ceux qui manifestaient, c’était contre ce qu’ils ont considéré comme la fraude électorale, là aussi c’est un droit, dites-vous !
Là aussi c’est un droit. Après ça je pense que ça aurait été une opportunité pour le gouvernement de dire « voici les éléments ». J’ai entendu parler des procès-verbaux. Effectivement on a vu quelques-uns sur les réseaux sociaux, mais pas assez pour juger. J’ai pas vu 31500 procès-verbaux sur les réseaux sociaux. Donc n’étant pas en capacité de trancher, sur la base de ce qui s’est passé, moi je n’ai aucun élément à disposition. Ça aurait été de la responsabilité de l’administration de dire « okay ! Si vous contestez, présentez vos arguments. »
Vous avez eu honte de l’image que le Cameroun a renvoyée ce dernier temps : qu’est-ce qui vous a fait particulièrement honte ?
On a fait savoir au monde entier comment on est divisé. Entre nous on n’est pas unis. C’est vrai qu’aujourd’hui on peut accuser le gouvernement de tout, mais il est important que nous les camerounais on se dise les vérités à un moment donné et qu’on prenne nos responsabilités en main. On va voir certains gens, ou c’est le délire, qui vont dire que tout va bien et qui sont peut-être contre ceux qui disent que ça ne va pas. Il m’est arrivé quelque fois d’être quelque part et quelqu’un arrive pour regrouper quelques jeunes pour parler en disant : « non tout va bien ». Comment il a fait pour être ici et je vais le tour de sa voiture pour voir si elle a des ailes qui se déploient. C’est sûr qu’il n’a pas pris la même route pas que moi, sinon il n’aurait pas tenu ce discipline-là. Aujourd’hui on est dans une situation qui, dès que tu t’en sors un peu et même ceux qui ont un peu de moyens, tu ne peux pas construire aujourd’hui au Cameroun sans avoir le forage, sans avoir le groupe électrogène, quand tu vas pour acheter une voiture-pour ceux qui pourraient le faire- tu te demandes qui ça possède le 4x4, si ça a de bons amortisseurs. Ils n’inscrivent pas leurs enfants dans les écoles au Cameroun, c’est à l’extérieur. Et ils vont prendre des assurances santé et dans ces assurances santé ils ont prévu l’évacuation sanitaire. Je ne suis pas contre. Aujourd’hui, si je peux, je fais la même chose, parce que j’ai pas le choix.
Ecouter l’entretien à partir du lien Francis Ngannou rompt le silence
Extrait sélectionné et retranscrit par Augustin Roger MOMOKANA
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