Awoula Woula Médias ne marche pas sur les sentiers battus. La maison d’édition de Julien KEMLOH a choisi la formule du conte initiatique pour proposer aux amoureux de la lecture les grands personnages d’Afrique. L’éditeur qui est par ailleurs le premier auteur de la biographie afrocentrée de Cheikh Anta Diop répond aux questions de Komiaza.
Entrons par les circonstances de la naissance des éditions Awoula Woula Médias.
Il s’agit d’une circonstance fortuite. En effet, pour pouvoir répondre à une question que ma fille m’a posée, je me suis trouvé dans l’obligation d’écrire la biographie du professeur Cheikh Anta Diop. Makeda est âgée alors de six ans. Et face à une photo du savant elle me demande : « Papa, c’est qui ce papy ? »
Pourquoi le professeur Cheikh Anta Diop ?
J’ai fait mes études en Hollande, au Pays Bas. Pendant mes études à l’université j’ai découvert le professeur Cheikh Antar Diop. Alors je me suis régulièrement retrouvé face à des camarades de différents pays et de différentes cultures. Et chacun d’entre eux, les occidentaux en l’occurrence, si vous venez dans mon pays vous verrez la Tour Eiffel, vous verrez le Barrage de Rotterdam, etc. ceux d’Asie nous disaient que vous verrez le Taj Mahal, vous pourrez voir la Muraille de Chine. A mon tour, je leur parlais toujours de ce que la nature nous avait donnés, pas de ce que l’homme avait créé. A formation égale, la créativité triomphe. Je me suis mis à faire des recherches sur tout ce que l’Afrique a créé à une époque pré-coloniale. Et je tombais toujours sur Cheikh Anta Diop qui a énormément travaillé sur l’Afrique précoloniale. Il a remis à l’Afrique son histoire, notamment en nous redonnant la civilisation égyptienne qui a été bâtie par des africains noirs comme nous. Depuis lors je me suis plongé dans ses écrits. Ils sont vraiment passionnants parce qu’il parle d’une multitude de sujets mais toujours de manière scientifique et dans un langage accessible pour tous. Il écrit pour travailler sur le mental de la jeunesse africaine pour nous donner les outils pour que nous soyons des créateurs. Quand on parle d’outil il s’agit de notre culture. Parce que, malheureusement, nous connaissons notre culture, nous la vivons, mais nous ne pouvons pas forcément en parler aisément. Parce qu’elle ne nous est plus enseignée de manière théorique. L’une des choses qu’il nous a dite c’est qu’il existe une unité culturelle africaine.
Et comme réponse à votre fille Makeda vous avez écrit Cheikh Anta Diop : Guérisseur de zombies !
J’ai très bien compris le message du professeur Chiekh Anta Diop si bien que je me suis retrouvé dans l’édition. Et en écrivant cette biographie que j’ai intitulée « Cheikh Anta Diop: Guérisseur de zombies », je lui ai lui ai permis de découvrir le personnage et plein d’autres thématiques afrocentrées qui sont dans cette biographie. Ça lui a beaucoup plu et J’ai vu en elle une lumière qui s’est allumée et qui m’a donné le courage d’en faire un projet commercial maintenant ouvert à tout le monde. Au départ j’ai écrit pour ma fille, mais cela lui a tellement plus que je me suis vu dans l’obligation de montrer cette petite biographie autour de moi. L’accueil a été si favorable que nous avons imprimé une première quantité qui s’est très vite vendue dans notre entourage. Voilà comment nous en avons fait un projet commercial et d’ouvrir une maison d’édition. Nous avons alors publié ce livre pour des raisons commerciales et il est disponible dans toutes les bonnes librairies et sur Amazon au prix de 5000 FCFA.
« Cheikh Anta Diop : Guérisseur de zombies » inaugure la Collection AfroCulture d’Awoula Woula Médias !
Le livre se vend très bien et nous avons en vue d’en faire une collection. Nous avons commencé par le professeur Cheikh Anta Diop qui est considéré comme le père de la renaissance africaine. C’était en hommage pour lui, maintenant nous avons pris goût. Autour de nous, la clientèle qui a consommé le premier produit veut avoir la suite.
Quelle idée centrale profile dans « Cheikh Anta Diop : Guérisseur de zombies » ?
Sachez que guérisseur de Zombies est une métaphore pour dire que Cheikh Anta Diop est un éveilleur de conscience, il essayait d’allumer nos cerveaux de la plus belle des manières. Comme je l’ai dit, il voulait que notre jeunesse soit les créateurs. Dans ce livre nous avons travaillé pour les enfants de 6 à 12 ans, ce qui veut dire que l’histoire est racontée de manière assez simple pour que les enfants aiment le personnage et ensuite ils vont découvrir sa vie et ses œuvres. Mais ce qui est important dans la manière de raconter cette biographie c’est que nous avons ce que nous appelons un conte initiatique. Vous savez comment on raconte l’histoire à l’africaine. Il contient plein de sagesses, plein de comédies, il y a plein de non-dits qui vont permettre à l’enfant de découvrir certaines thématiques à son propre rythme et de façon définitive. Nous montrons à l’enfant son parcours depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte. Ce qui permet aux enfants de s’approprier son parcours, de savoir qu’il a vécu comme eux, de savoir que comme eux il a eu des épreuves et comment il a fait pour les surmonter pour devenir celui qu’il est. Vous le savez, généralement, on montre à nos enfants des adultes qui ont accompli des exploits, on ne leur montre comment et par où ils sont passés accomplir quelque chose. Ce qui fait que les enfants sont détachés des personnes historiques qui leur sont enseignés. Nous avons rapproché le personnage des enfants. Ils peuvent s’identifier facilement à lui et se dire qu’à leur tour ils vont accomplir, comme lui, des choses.
S’il vous était demandé de faire le même travail pour les adultes qui ne peuvent pas lire l’épaisse bibliographie de Cheikh Anta Diop ?
La mission que la maison d’édition Awoula Woula Médias se donne c’est de prendre des savoirs qui sont généralement cachés dans les milieux universitaires et académiques et de les digérer afin qu’ils soient comestibles par la masse. Nous avons commencé par les enfants de 6 à 12 ans, nous avons aussi des collections en gestation pour les 13 à 18 ans. Mais pour nous, on est jeune de 7 à 77 ans. Ce qui veut dire que même les collections de 6 à 12 ans - sur la quatrième de couverture – nous avons écrit « à lire avec tes parents ». Ce pour dire que le contenu a été présenté pour une tranche d’âge, mais il n’est pas exclu que leurs parents y tirent grand profit en lisant eux aussi ce livre. Le conte africain l’a toujours été en présence des parents, ce qui veut dire que ces enfants ont toujours besoin de l’accompagnement de leurs parents. Nous l’avons écrit en se disant que les enfants vont le lire et se tourner vers leurs parents pour obtenir des réponses à leurs questions, par rapport à certaines thématiques qu’ils auront rencontrées à l’intérieur. Donc, en réalité, nous visons les enfants et leurs parents.
Un livre comme celui-là nécessite de longues recherches, un tamisage…
Effectivement. « Cheikh Anta Diop : Guérisseur de zombies » est le fruit de longues recherches sous l’encadrement du docteur William Pokam du département d’histoire de l’Université de Dschang. C’est un enseignant-chercheur qui nous a été recommandé par le professeur Fouelefack. Nous pensons que, comme le professeur Cheikh Anta Diop dont la mission était de rétablir la vérité historique de l’Afrique, nous devons parler des choses vraies. On ne peut pas parler d’un héros de l’histoire en disant des choses approximatives.
Sous quelle casquette parlez-vous de Cheikh Anta Diop : en tant que panafricaniste ou tout simplement comme un jeune africain éclairé ?
Je vais dire que nous le faisons en tant que jeune africain. Jeune africain simplement qui a découvert quelqu’un qui parlait de l’Afrique de manière globale. Parce que selon lui, le salut de l’Afrique ne pourra passer que par l’union des nations africaines. Et son livre phare, celui qui a été qualifié par Aimé Césaire comme le livre le plus important écrit par un nègre s’appelle « Nations nègres et culture ». « Nations nègres » au pluriel et « culture » au singulier. Pourquoi ? Parce qu’il pense que nous sommes une multitude de nations diverses sur la forme, mais dans le fond nous ne sommes qu’un. Si on écoute les enseignements et les préceptes de Cheikh Anta Diop, parler de Panafricain et d’Africain revient à la même chose parce que, être africain c’est être panafricain. Dans ce vocable nous incluons la diaspora qui est dans le monde et des pays qui sont hors de l’Afrique à l’instar d’Haïti.
Cheikh Anta Diop n’a pas encore été officiellement dédicacé à Dschang, malgré le fait que l’on voie souvent ici. Vous négligez le marché local ?
Absolument pas. Le plus urgent était notre formation en tant qu’éditeur professionnel. Raison pour laquelle régulièrement nous sommes partis non seulement pour nous étoffer mais pour nouer ou activer des réseaux favorables à notre diffusion. Cela se passe très bien, et je peux vous dire que nous nous sommes retrouvés dans certains salon du livre tout simplement parce qu’à la découverte du livre, les organisateurs ou leurs réseaux ont estimés qu’ils ne pouvaient pas nous rater. Ainsi nous avons participé à des foires et des salons où nous n’étions même pas invités. Parce qu’ils ont réalisé que le produit made in Africa est de très grande facture tant sur la forme que sur le fond. Il est imprimé et relié au Cameroun. Mais Awoula Awoula Médias s’est déjà montré à Dschang, notamment lors du dernier Festival Ndwet To’oh. Nous avons constaté que Sinotables.com nous a accordé un encart et nous voulons vous en remercier. Pour acquérir le livre à Dschang, il suffit de se rendre au Musée des Civilisations où un stock est disponible.
Le domaine de l’édition jeunesse a-t-il une attractivité et un avenir radieux ?
Mettre en lumière des héros et des héroïnes de l’histoire africaine c’est quelque chose de particulièrement attendu. Apprenant que nous portons ce projet, les portes nous sont généralement ouvertes. Raison pour laquelle en si peu de temps vous trouverez le livre en Europe, sans oublier l’Afrique francophone. La demande est telle que la version anglaise est en cours parce que la demande existe dans les pays anglo-saxons.
En ce qui concerne les bibliothèques, le livre « Cheikh Anta Diop : Guérisseur de zombies » est disponible à la Bibliothèque nationale de France. Nous en sommes fières parce que seuls les livres de grandes qualités peuvent prétendre s’y retrouver. Dans les meilleures librairies de France, Belgique, d’Allemagne, suisse, vous trouverez notre livre. Nous pensons que, la demande étant très forte, la version anglaise, viendra accroitre sa notoriété et faciliter notre pénétration dans le marché anglophone et anglo-saxon, notamment les Etats-Unis, le Canada et l’Afrique anglophone.
Outre « Cheikh Anta Diop : Guérisseur de zombies », que peut-on trouver d’autre chez Awoula Woula Médias ?
Nous sommes sur des projets éditoriaux que nous dévoilerons en temps opportun. Il s’agit bien sûr de trois livres qui paraîtront d’ici la fin de l’année. Nous demandons tout simplement aux lecteurs de garder leur mal en patience. Ils seront bien servis.
Recueillis par Augustin Roger MOMOKANA
MEDIAS
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