Conte du jour: Le roi Colokodi contre l’Arbre à Sagesse.

Conte du jour: Le roi Colokodi contre l’Arbre à Sagesse.

Ndolekouet ! Qui ne connait pas le pays aux dix royaumes ? Une vaste contrée où les rivalités et les préjugés étaient monnaie courante. Parmi ses royaumes, Poza et Khoza étaient les plus puissants. Poza, le royaume des Ombres Blanches était dirigé par le roi Colokodi, et Khoza, le royaume des Ebènes Lumineux, était aux mains du roi Ngwui. Poza était réputé pour son organisation stricte et sa richesse matérielle, contrairement à Khoza qui brillait par sa culture communautaire et son attachement à l’Arbre de Sagesse, un baobab millénaire qui symbolisait l’unité de ce peuple. Ces deux royaumes vivaient dans une méfiance mutuelle, chacun convaincu de sa supériorité. Les habitants de Poza se nommaient les Pozanis, tandis que ceux de Khoza s’appelaient les Khozanis.

Un jour, lors d’une assemblée annuelle des rois de Ndolekouet, le roi de Poza, Colokodi, se leva et déclara avec arrogance et mépris :

« Les Khozanis ne peuvent pas se gouverner eux-mêmes. Leur esprit est faible et leur société repose sur des traditions dépassées pour comprendre les subtilités de la gouvernance. Donnez-leur des armes, ils se détruiront. Donnez-leur le pouvoir, ils sombreront dans le chaos. Ils ne connaissent que le chaos et la haine. »

Ce discours de Colokodi provoqua un tollé parmi les autres rois, mais surtout une profonde indignation chez Ngwui et son peuple. Le roi Khozani, la rage dans ses yeux, lui répondit :

« Si nous sommes si faibles, alors prouvons-le par une épreuve. Echangeons nos dirigeants pendant un an et voyons lequel de nos deux peuples prospérera ou périra sous l’autre gouvernance. »

Mechouka, la conseillère de Ngwui, avait encouragé ce défi, convaincue que cela montrerait la force de la communauté Khozani. Môyiriyi, un artiste de Khoza, était fasciné par cette idée et commença à créer des œuvres symbolisant l’unité entre les royaumes.

Colokodi accepta le défi avec arrogance, convaincu que les Khozanis échoueraient sous sa direction stricte et que les Pozanis ne toléreraient pas la gouvernance communautaire des sages Khozanis.

Pendant un an, les sages khozanis gouvernèrent Poza en introduisant des pratiques d’entraide et de partage équitable des ressources. Les Pozanis furent d’abord réticents, mais ils commencèrent à apprécier la réduction des inégalités sociales et l’harmonie qui s’installait dans leur royaume. Akedon, un jeune pozani, fut particulièrement touché par ces changements et devint un ambassadeur de la paix entre les deux royaumes.

De l’autre côté, Colokodi imposa un régime autoritaire à Khoza. Centralisant toutes les décisions et exploitant les ressources pour augmenter les richesses personnelles de quelques-uns. Cette approche provoqua rapidement des tensions sociales au sein du peuple khozani, habitué à une gouvernance participative.

Au terme de l’année d’échange, tous et les autres peuples de Ndolekouet conduits par leurs rois se réunirent sous l’Arbre de Sagesse à Khoza pour entendre le bilan des deux royaumes. Un ancien pozani prit la parole :

« Sous la direction des sages Khozanis, nous avons appris que la solidarité est plus puissante que l’individualisme. Nous avons découvert une nouvelle manière de vivre en paix. Vous nous avez montrés que la force réside dans l’unité et non dans la domination. »

A son tour, un notable khozani ajouta :

«Sous Colokodi, nous avons vu nos valeurs piétinées et notre unité brisée. Mais cela nous a aussi montré que notre force réside dans notre communauté et notre respect mutuel. Nous sommes plus forts ensemble que divisés. »

 Face à ces témoignages accablants, Colokodi baissa la tête, et refusa d’abord d’admettre publiquement son erreur. Cependant, sous l’influence d’Akedong et de Mechouka, il finit par comprendre que ses paroles avaient été injustes et blessantes. Il ôta sa couronne tissé aux dents de crocodile et s’excusa publiquement devant Ngwui et les autres rois présents:

« J’ai ôté ma couronne, je me suis incliné devant vous et vos sujets. J’ai été sans frein. Que mon frère Ngwui et tout le peuple khozani m’en excusent », dit-il la main sur le cœur.

Sur le champ, Colokodi  et Ngwui décidèrent de signer un pacte de paix solennel. Ce document permettait non seulement de mettre fin aux tensions entre Poza et Khoza, mais aussi de renforcer les liens entre tous les royaumes de Ndolekouet. Les deux rois s’embrassèrent chaleureusement devant leurs peuples réunis, symbolisant ainsi la fin des hostilités et le début d’une nouvelle ère de coopération.

Môyiriyi présenta un masque communautaire qu’il avait créé, symbolisant l’unité des deux royaumes. Akedon offrit un collier tissé de fibres de l’Arbre de Sagesse à Colokodi, représentant la réconciliation et la paix.

Pour célébrer cette réconciliation, une grande danse fut organisée. Les habitants de Poza, de Khoza et des autres royaumes se réunirent dans une immense cour bordée d’arbres centenaires. Les tambours battaient à tout rompre, et les danseurs se mêlaient sans distinction de royaume ou de tribu. Les couleurs  des vêtements, les rythmes et les mouvements se confondaient dans un spectacle magnifique, où l’on ne distinguait plus les frontières entre les royaumes.

Lorsque la danse se termina, Ngwui prit la parole pour rappeler que la paix n’est pas une fin, mais un début. Il invita tous les rois à continuer à travailler ensemble pour bâtir un avenir où chaque royaume pourrait prospérer sans craindre ses voisins. Colokodi ajouta que l’expérience avait montré que la sagesse ne réside pas dans une seule approche mais dans la capacité à apprendre des autres et à évoluer ensemble.

Sur l’Arbre de Sagesse, un nouveau message fut gravé :

« L’unité est la clé de la paix. Ceux qui marchent ensemble ne connaissent plus de frontières.»

Après la réconciliation, une grande sécheresse frappa Ndolekouet. Les royaumes se réunirent pour affronter ce défi commun.  Colokodi et Ngwui travaillèrent ensemble pour coordonner les efforts de leurs peuples. Les Khozanis partagèrent leurs connaissances sur les techniques d’irrigation, tandis que les Pozanis apportèrent leur expertise en ingénierie pour construire des réservoirs, des adductions et des fontaines.

MOMOKANA Augustin Roger