Art primitif africain : entre l’objet de contemplation et l’objet de ritualisation.

Art primitif africain : entre l’objet de contemplation et l’objet de ritualisation.

L’art primitif africain, la sculpture notamment, n’a pas une fonction ludique ou contemplative. L’artisan ne créé pas un masque ou une sculpture pour satisfaire à la curiosité des individus, pour une fonction ornementale, mais pour des activités religieuse et cultuelle.

A son sens, la sculpture est un instrument de régulation social. Elle nait dans un contexte précis, pour un besoin spécifique. Le processus de création d’une sculpture est assez édifiant et renseigne à suffisance sur la destination de l’objet sacré. La sacralisation est un rituel pendant lequel il y a transfert de l’énergie primaire vers l’objet. Ce peut être des paroles incantations, ou l’offrande d’une poule, d’un œuf, du sel et d’huile de palme.

Aussi il est important, avant toute chose, de souligner qu’un masque est créé soit pour purifier le corps, soit conjurer une pandémie, soit pour rendre justice, soit pour provoquer la fertilité du couple, soit pour protéger la famille, soit pour l’exécution d’un rituel, soit enfin pour honorer la mémoire d’un ancêtre.  Certains dignitaires s’adressent au tronc dans lequel sera taillé leur tabouret, avant que l’artisan n’engage son travail. A la fin de l’œuvre, ils font le même geste avant de le prendre pour aller l’installer à son emplacement définitif.

Donc, en fonction de l’usage qui sera fait d’une sculpture, l’artisan-non pas l’artiste- choisit un arbre précis. Certains nécessitent de la communication avant d’être abattus, ce qui n’est pas le cas pour d’autres. Ces dernières, l’énergie est transféré à l’objecta après l’avoir créé. On dit qu’il a été sacralisé.

Bien sûr il existe des sculptures innocentes. Il s’agit de ces figures dans les vitrines des marchands ou dans les ateliers d’artistes. Ce sont parfois des piètres copies d’objets ayant joué un rôle crucial dans la société. Elles coûtent le prix qu’elles coûtent, mais ne peuvent ni guérir un malade ni éloigner un malheur. Elles remplissent une fonction ludique et contemplative.

Toute sculpture, lorsqu’elle est détournée de sa fonction principale, cesse de jouer son rôle premier. Elle peut par contre dégager une énergie négative et nocive pour ceux qui entre en contact avec elle. Si elle fait l’objet d’une convoitise, l’énergie peut décider de se défendre ou tout simplement de se libérer afin de ne pas participer au jeu. #komiaza.com

Augustin Roger MOMOKANA