#Komiaza.com - En vertu de la Loi n°91/022 du 16 décembre 1991 portant réhabilitation de grandes figures de l'histoire du Cameroun, Ruben Um Nyobe, Ernest Ouandie, Ahmadou Ahidjo, Félix Moumié sont considérés comme bénéficiant du statut de « héros national ».
Elimbi Lobe, un compatriote qui écume les télévisions nationales pour partager ses points de vue sur tout, a fait une sortie qui suscite la colère des Camerounais. Elle-t-elle empreinte de tribalisme ? Quels sont les arguments sur lesquels l’homme fonde sa déclaration. En tout cas Elimbi Lobe a parlé dans un pays à genoux à cause de la gouvernance et des relents de tribalisme, de favoritisme et du laxisme qui le caractérisent. Komiaza.com a parcouru les réactions des uns et des autres dans le but d’en proposer un regard croisé sur : « Les Bamiléké d’Ernest Ouandié ont brûlé des villages entiers dans le Mungo pour prendre des terres. Ernest Ouandié est un bandit. Il ne faisait pas de la politique », a affirmé Elimbi Lobe.
+23**** (internaute anonyme):
Et pourquoi la vérité dérange autant ? Il dit ce qu’il pense et ça n’engage que lui. Ce Monsieur n’est pas obligé de dire à haute voix tout ce qu’il pense. Il n’a pas également le droit de raconter des bêtises à longueur de journées, il pourrait bien se taire : le silence n’est pas un délit. (in lebledparle.com, sur Open News).
Alvine Assembe Ndi (historienne) :
Ernest Ouandié n’était pas un bandit. Nous n’avons trouvé aucune archive le reliant à des actes de banditisme. Au contraire, il avait créé un tribunal sous maquis. Personnellement, j’admire son courage » (lebledparle.com).
Xavier Messe (Journaliste, Enseignant) :
Ce parti [UPC] incompris avait construit son action autour de l’indépendance du Cameroun. Incompris, interdit par l’administration, l’UPC dut se reconvertir en lutte armée dans le maquis, où il sera capturé et livré à l’administration d’Ahidjo qui le fit fusiller à Bafoussam en 1975. Quand Elimbi Lobe qualifie Ernest Ouandié de « Bandit », c’est malheureux. Il n’a pas une architecture intellectuelle qui lui permette de mesurer le sens et le poids des mots qui sortent de sa bouche.
Me Jean De Dieu Momo (Ministre délégué auprès du Minjustice) :
J’aimerais savoir si la loi de « Réhabilitation » parle de héros nationaux ? Est-ce que Réhabiliter signifie qu’on est devenu héros ? Je comprends parfaitement que ceux du bord qui avait été défait reviennent, bien requinquer, pour essayer d’arracher une victoire à la Pyrrhus. Je le comprends. Faut-il pour autant travestir la vérité ? Réhabiliter ici dans la loi a tout son sens : il s’agit de ne plus leur jeter l’opprobre, de ne plus les qualifier de bandits, d’assassins, de brigands etc. la loi dit seulement que si on les rencontre, on ne leur jette plus les cailloux, on ne les fuit plus, on ne les tue plus comme des serpents ni couper leurs têtes pour exposer dans les carrefours et qu’on ne les lynche pas comme des voleurs. C’est tout. Nulle part la loi les a canonisés. La loi ne dit pas qu’ils sont devenus des héros nationaux mais simplement qu’on ne doit plus les massacrer comme des êtres malfaisants. Evitons d’en ajouter à la loi (…) (sa page Facebook)
Henriette Ekwe (journaliste, militante des droits de l’Homme) :
Elimbi Lobe n’a pas une grande culture politique. Sauf qu’il connait bien le système électoral, pour avoir été candidat aux élections municipales, mais en dehors de cela, Elimbi Lobe n’a jamais cité un ouvrage politique (…) toutes ses références c’est la Bible, alors comment peut-il venir donner des leçons à un grand combattant qui a passé neuf ans dans le maquis ? C’est celui (Ernest Ouandié) qui a passé le plus d’années en brousse que Um Nyobe. Je crois que c’est des enfantillages et c’est dommage, parce qu’il s’était hissé à un grand niveau, d’expert, de politologue et quand il tombe dans la boue comme cela, ce n’est pas tellement brillant.
Manidem (Parti politique proche de l’UPC) :
Ces propos ne sont pas une nouveauté. Ils ont été dits différemment par nombre d’acteurs politiques. Emue, une bonne partie de l’opinion les a rejetés et condamnés. Nous nous associons naturellement à ce mouvement d’indignation face au commentaire calomnieux, outrageant et provocateur de M. Elimbi Lobe à l’encontre de la coexistence pacifique des communautés ethniques, des patriotes upécistes kamerunais et d’un des plus grands africains de l’Histoire, Ernest Ouandié. Mais le Manidem tient cependant à faire comprendre à l’opinion que ce que dit Elimbi Lobe est ce que pense et veulent imposer dans les esprits, le gouvernement kamerunais et ses maitres impérialistes notamment français (...) le Manidem affirme donc par la présente mise au point que loin de pouvoir changer la réalité, les propos querellés sont un aveu d’échec et une tentative de salir ce qui ne pourra jamais l’être. L’Exemple d’Ernest Ouandié est le modèle sur lequel le Kamerun de demain se bâtira sans l’ombre du moindre doute. (Groupe WhatsApp Leaders Patriotes engagés)
Baudelaire Kemajou (ingénieur, leader d’opinion) :
Il est encore temps que les lois de la République se fassent entendre, que ceux qui sont prompts à décrier les propos haineux des sympathisants des partis qu’ils combattent se lèvent et condamnent ces propos. J’invite aussi des avocats à prendre en main les dossiers et procès contre les discours haineux d’où qu’ils viennent et nous seront prêts à soutenir les procès pour la construction d’un véritable Etat de droit. (Sa page Facebook)
Talla André marie (artiste musicien) :
Les déclarations d’Elimbi Lobe sont inacceptables. Avant de perdre la vue, j’ai eu la chance de voir jusqu’à mes 15 ans. Ce que j’ai vu en 1963 hante encore ma mémoire. Ce jour-là, à Bafoussam, ma grand-mère m’avait confié un sac à remettre à ma tante. Ce que j’ai découvert en chemin au « carrefour Maquisard » dépasse l’horreur : les têtes de nos compatriotes exposés par les colons et leurs complices locaux, pour nous terroriser à jamais. Ce traumatisme, profondément ancré en moi, n’a jamais cessé de me hanté.
Je revois encore ces avions qui, sans relâche, bombardaient la région bamiléké, nous condamnant à fuir, à passer d’innombrables nuits en brousse. Je me souviens de l’humiliation des laisser-passer qu’on nous imposait comme si nous étions des étrangers sur notre propre terre.
Face à cette violence impitoyable, face à cette volonté écrasante de domination coloniale, de jeunes nationalistes se sont levés. Ils ont combattu avec bravoure, prêts à tout sacrifier pour notre liberté. Parmi eux, Ernest Ouandié ! Un fils digne de la nation, un combattant de l’honneur qui n’a jamais failli, qui n’a jamais trahi le combat. Je n’oublierai jamais le jour de son exécution à Bafoussam le 15 janvier 1971. Bien que privé de la vue, j’y étais et je garde en moi chaque instant de cet événement, gravé à jamais dans mon engagement. Ernest Ouandié avait refusé qu’on bande ses yeux. Il avait choisi affronter la mort ! Aujourd’hui, insulter sa mémoire, la souiller de la sorte, est une offense impardonnable. Nous ne pouvons l’accepter. Nous ne devons pas l’accepter. (Camer.be)
Valère Bertrand Bessala (cite un anonyme) : Me Luke Sendzé, qui fut l'un des avocats de Mgr Albert Ndongmo, révélera que lors d'un entretien qu'il eut avec le « président du tribunal, le capitaine Njock », celui-ci lui confiera son inexpérience en la matière et le fait qu'il n'était pas un magistrat chevronné. Un de ses assesseurs, un homme âgé originaire du Nord du Cameroun, considéra que ces propos étaient de la perte de temps car le tribunal n'avait qu'à rendre sa décision. Me Sendzé en déduira que le procès était réglé d'avance. Ernest Ouandié sera fusillé en place publique le 15 janvier 1971 à Bafoussam, avec le jeune Raphaël Fotsing, son compagnon d'armes au maquis, et « Gabriel Tabeu dit «Wambo le Courant» », fondateur et responsable politico-militaire du mouvement de la «Sainte Croix pour la libération du Cameroun», condamné à mort le 6 janvier 1971 dans le second procès ouvert contre Mgr Ndongmo13.
« Après qu'il fut atteint par la salve mortelle du peloton camerounais, un officier européen que personne n’avait remarqué, peut-être était-il resté dans la voiture, s'est détaché de l’assistance, approché de Ouandié mourant, agenouillé auprès de lui, mis la main à son étui de revolver, penché en avant et tiré à bout portant. » Les circonstances qui ont entraîné, voire précipité, son exécution sont relatées dans des confidences faites en août 1993 (soit presque vingt-deux ans après les faits) par Moussa Yaya Sarkifada, l'un des barons du régime d'Ahmadou Ahidjo.
Augustin Roger MOMOKANA
MEDIAS
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