Ce qu’il faut retenir de la loi 2024 sur la Médecine traditionnelle au Cameroun.

Ce qu’il faut retenir de la loi 2024 sur la Médecine traditionnelle au Cameroun.

#Komiaza.com - Lorsque le législateur camerounais parle de la médecine traditionnelle, il convoque les pratiques basées sur des savoirs, des connaissances et des techniques de préparation et de consommation des recettes ancestrales pour des soins de santé contre les maladies mystiques et naturelles. Plus de 80% des Camerounais font recours à la médecine traditionnelle pour se soigner.

Malheureusement, en parcourant le document de la loi 2024/018/du 23 décembre 2024, la page 3 a été soit oubliée soit soustraite. Cela n’empêche, car cette loi amorce la réorganisation, dans le but d’assainir et de reconnaitre les bienfaits de cette médecine souvent mis au banc des accusés par les praticiens de la médecine conventionnelle et certains détracteurs qui se recrutent dans les milieux chrétiens.

C’est quoi la médecine traditionnelle ?

L’Etat camerounais reconnait la médecine traditionnelle comme faisant partie intégrante du système de santé camerounais. Cette médecine s’attèle aux soins contre les maladies naturelles et les maladies mystiques.

Selon le législateur camerounais, la médecine traditionnelle est pratiquée par quatre catégories de professionnels :

Le Rebouteux est le professionnel qui soigne les fractures, entorses, luxations par des techniques spéciales naturelles.  

Le Tradi-ancestraliste est un professionnel qui s’appuie sur les coutumes, les cultures ancestrales, les sites sacrés et le passé ancestral pour soigner ses patients.

Le Tradipraticien de santé est une personne reconnue dans la communauté où elle vit comme compétente pour diagnostiquer des maladies et invalidités et y prévalant, dispenser des soins de santé ou de bien-être grâce à des traitements spirituels, des techniques manuelles et exercices et/ou l’emploi des substances végétales, animale et minérale avérées comme danger pour la personne humaine ou l’environnement.

Le Tradi-spiritualiste est une personne qui soigne les troubles mentaux et établit l’équilibre spirituel à partir des plantes médicinales et des connaissances immatérielles.

Ce que la loi 2024 apporte à la médecine traditionnelle

L’exercice de la médecine traditionnelle sera désormais soumis à l’autorisation délivrée par le Ministre de la Santé publique. En plus de l’autorisation d’exercer, le tradipraticien doit déposer auprès des autorités de son lieu d’exercice le nombre de maladies qu’il traite. En plus de ces contraintes légales, l’Etat du Cameroun pense pouvoir imposer par voie règlementaire une tarification aux Tradipraticiens.

Par ailleurs, la médecine traditionnelle s’exerce désormais au sein d’une Unité de soin ou au sein d’un Centre de médecine traditionnelle. Mais elle peut être également exercée dans les formations sanitaires publiques.  Des professionnels peuvent se mettre ensemble pour obtenir l’autorisation. Mais cette dernière n’est pas cessible, c’est-à-dire que nul ne peut céder à un tiers l’exploitation de son autorisation. Toutefois il est reconnu au tradipraticien qu’il peut disposer d’un ou des aides.  

Egalement, la loi impose au tradipraticien de tenir un registre où tous ses patients sont enregistrés, les diagnostics, les traitements, les conseils, etc.

Collaboration de la médecine traditionnelle avec la médecine conventionnelle

La loi prévoit que le tradipraticien peut référer un patient à la médecine convention, sans que cette dernière en face autant pour des cas. Du moins, cela ne transparait pas dans la loi.  Pourtant il est réputé que des malades, y compris certains hospitalisés, recourent à la médecine traditionnelle notamment pour certaines pathologies naturelles.

La loi 2024/018/du 23 décembre 2024 fera-t-elle long feu ?  Sa conception n’a pas pris en compte la médecine naturelle ou naturopathie. De même, elle a été orientée sur les Tradipraticiens de santé, laissant les autres professionnels de côtés. Comment cela a-t-il été possible ? Est-ce à dire que les personnes ressources de l’Etat ont été recrutées exclusivement au sein de l’Association nationale des tradipraticiens de santé ?

Une question :

Nos villages fourmillent de traitants qui ne savent pas ce qu’est une carte de tradipraticien. Quelles sont les mesures prises pour les enrôler ?  Logiquement, l’Etat ne devrait pas s’attendre à ce qu’ils entreprennent les démarches pour se faire accréditer. Alors comment une personne réputée  au sein de sa communauté pour diagnostiquer et soigner des pathologies sera-t-elle sanctionnée parce qu’elle n’aura pas été autorisée par le ministre de la santé publique à exercer en tant que tradipraticien ?

Augustin Roger MOMOKANA