#Komiaza.com - L’artiste musicien KENO (anciennement connu sous le nom Shimita de Johannesburg) s'est confié à Komiaza.com. Dans une interview avec Momokana, KENO expose les raisons qui l’ont amené à changer de nom et le tournant que prend sa carrière musicale, plus de vingt ans après.
KENO est le seul artiste camerounais à remporter le « Trophée du Meilleur Artiste Francophone » au Soweto Festival en Afrique du Sud avant 2007. Cet artiste revendique les mêmes scènes que plusieurs stars congolaises et sud-africaines dont l’éternel Lucky Dube.
KENO revendique 7 albums sur le marché, de nombreux featuring avec de nombreux artistes sud-africains, gabonais, congolais. Mais il est également très actif sur le front sociale à travers son association Foning Action Movement créée en 2017 et dont les cibles sont les enfants démunis, les enfants en détresse, et les enfants en instance de décrochage scolaire.
Ouvrons par quelques souvenirs de votre pérégrination au Gabon et en Afrique du Sud.
J’ai fait des expériences en terre sud-africaine où j’ai passé un très bon séjour. J’avais envie de faire une expérience entre la culture camerounaise et la culture sud-africaine. De cette expérience est né le Mako Kwaito, avec Mako qui est le Makossa et Kwaito qui est la musique populaire sud-africaine. Cette expérience m’a ouvert les grandes scènes sud-africaines dont l’invitation au Soweto Festival qui est une très grosse organisation comme on n’en trouve rarement ici chez nous. Il s’agit d’un festival qui accueille exclusivement des artistes francophones résidant en Afrique du Sud. J’y ai remporté en 2007 le Prix du « Meilleur Artiste Francophone » grâce à mon combiné qui est le Mako Kwaito.
Pa ailleurs, j’ai effectué plusieurs séjours au Gabon, et avec de nombreux spectacles à la clé. Par exemple, j’ai fait des prestations avec Nkeng Godefroy, Annie-Flore Batchiellilys, etc. ce qui m’a permis de nouer de nombreux contacts qui me permettent encore d’avancer aujourd’hui.
Je pense, aujourd’hui, que les relations culturelles entre les gabonais, les sud-africains, les camerounais sont sans nuages. Nous avons des featuring avec des artistes de ces différents pays.
En préparant l’interview nous nous sommes rendu compte que vous avez eu une proximité avec le regretté Luke Dube.
Effectivement. Pendant mon séjour j’ai été invité à une scène où le géant mondial Lucky Dube était aussi invité. Après je suis allé à lui nous avons échangé. C’était un monsieur sympa. Je lui ai parlé de mon album Africa que j’ai travaillé avec Wax Dey, Alain Freddy Njoh produit par Computer Solution. Il le connaissait déjà. Par la suite, je me suis régulièrement rendu au Carlos Studio à Johannesburg dont il était le promoteur. Cela m’a permis d’élargir mes contacts avec des artistes d’horizons divers : Congolais, Ivoiriens, Gabonais, Sud-africains et Camerounais. Ce brassage m’a permis de faire de grandes innovations dans mes créations musicales.
De Shimita de Johannesburg à KENO. Après une vingtaine d’années de carrière musicale, vous changez de nom d’artiste. Pour quelle raison ?
J’ai changé mon nom d’artiste afin de mieux rentrer en connexion avec mes aïeux, ces ancêtres à qui je dois le souffle de mon inspiration. Lorsque j’ai commencé la musique, au bas âge, j’ai spontanément choisi un nom d’artiste. Mais progressivement j’ai compris qu’au-delà de certains référentiels, le meilleur des repères est celui de nos sources naturelles. Nous devons éviter de perdre notre identité et les tentations pour nous pousser sont innombrables.
Réussir le pari du changement ! N’avez-vous pas pris un gros risque… celui de perdre une bonne partie de vos fans ?
Le risque à quel niveau ? Où voyez-vous réellement le risque lorsque c’est ma création artistique qui ébranle en émotions les corps et les âmes ? Je ne saurais juger, mais je sais que certains traits identificateurs d’un auteur sont presque inoubliables. Le timbre vocal, au chant, à mon sens demeure le vecteur principal de mon identité. Par ailleurs, les médias classiques ainsi que les nouveaux médias font amplement la sensibilisation autour de cette mutation onomastique.
Pourquoi KENO ?
KENO est le diminutif de KENOUE, ce patronyme que mes parents m’ont donné à ma naissance. KENOUE, en langue Yemba, veut dire « EST-CE-VRAI ? » Son diminutif, en nom d’artiste se traduit par « TENEZ LA VERITE !» Et à l’heure où nous sommes, l’artiste se trouve engagé dans l’expression de la plus profonde vérité.
A l’occasion vous avez mis sur le marché un maxi sigle dont « Jaloux ». Expliquez-nous.
Le titre « Jaloux » dans son libellé original est « MEGHANGSSO ». Il est extrait de l’album baptisé « BALLA A TERR ». À travers la production de cette chanson j’ai pour ambition principale de combattre les fléaux sociaux, les conflits multiformes, les conspirations cultivées et entretenues contre les leaders bâtisseurs. Le titre « Jaloux » invite les auteurs des vices tels la calomnie, les coups bas, les faux complots… à jeter leurs « balle à terre ». Je m’identifie comme un artiste engagé, un artiste au service de la société. Vous n’avez qu’à suivre cette chanson et les autres.
Après cet événement majeur de votre carrière d’artiste, what next ?
Le futur appartient à Dieu le Créateur à qui je dois le souffle de vie. Les aspirations, dans mes réalisation immédiates, bouillonnent mais, permettez à la nature de vous les révéler en temps opportun. Tout ce que je peux vous dire, c’est que chaque nouvelle journée a ses couleurs. Just wait and see.
Votre vidéogramme est une rupture d’avec votre passé ? Quel est ce style de musical que vous portez?
Mon style musical du passé était simplement inscrit dans le registre de la variété. Je touchais à presque tous les rythmes : la Rumba Congolaise, le Soukous, le Panco, l’Afro zouk, le Makossa, le Samalie, etc. Aujourd’hui, de la nouveauté de KENO. J’ai voulu une originalité très singulière, le rythme dans le titre « Jaloux » est le SISSAH. Le SISSAH est donc un nouveau pas de danse, en rupture avec les autres rythmes patrimoniaux qui prenaient déjà de la poussière.
SISSAH veut dire « terre de la conquête ». Il s’agit d’un rythme patrimonial de la transition, pour l’ascension vers l’émergence.
Vous faites partie de la vague des artistes musiciens yembaphones très en vue. Quel est l’état de santé de cette musique ?
Oh ! Je ne suis pas un médecin artistique pour juger l’état de santé de la musique en espace Yemba. L’art est un esprit, son inspiration vient du Ciel et chaque créateur des œuvres de l’esprit donne vie à sa création selon les perceptions qu’il reçoit de son environnement, selon son temps et son espace. A chaque temps ses fleurs et ses froideurs. En fait, c’est le grand public qui juge ; il serait maladroit de juger un confrère ou une consœur. Je pense que les experts et ingénieurs culturels doivent redéfinir les canons d’appréciation d’une œuvre d’art, afin que les « plagieurs » et les imposteurs soient biens identifiés et classés comme tels. Parce qu’à mon sens, la création artistique doit avoir pour socle l’originalité.
Que signifie « A pou ngwang me ssi » ?
« A pou Ngwang me ssi » veut simplement exprimer l’offrande de l’Africain à l’autel de ses aïeux. L’artiste, le Roi de la forêt, entre en communion avec ses ancêtres en leur offrant, en lieu sacré, des éléments de vie pour solliciter auprès de Dieu la meilleure vie. Vous vous en doutez, ce titre est celui qui annonce ma détermination à opérer le tournant décisif dont nous parlons aujourd’hui.
Un mot sur « Ayobayo »!
« Ayobayo » veut dire tout simplement le moment de joie, le moment de gaîté, le moment d’ambiance, le moment festif. C’est ce que le mot signifie en terre sud-africaine. A l’occasion de la CAN au Cameroun, je me suis dit pourquoi ne pas créer une chanson en honneur des lions indomptables du Cameroun et pour accompagner la fête. « Ayobayo » a été donc ma façon à moi de proposer aux supporter des lions un hymne pour célébrer notre équipe nationale. Et son effet a été positif car plusieurs médias s’en sont emparés avant et pendant le tournoi.
Outre vos activités d’artiste musicien accompli vous vous illustrez également, à travers les actions de votre association Foning Action Movement, comme un homme au grand cœur.
J’ai initié l’association FAM (Foning Action Movement) pour aider les enfants vulnérables, les enfants démunis, les enfants en détresse. Cela m’est venu à l’idée pendant mes tournées de spectacles au cours desquelles je remarquais régulièrement dans le public des visages de souffrances. Cela me stressait énormément, au point où j’ai fini par me poser la question « pourquoi peut-on accepter d’être heureux tout seul ? » A mon niveau, c’était de dire qu’on peut chanter avec ces personnes, on peut fêter avec elles, on peut s’amuser avec elles, on peut danser nos musiques avec elles afin de leur permettre d’oublier leur handicap, pour leur permettre d’oublier ce qu’elles sont, pour leur permettre repenser leur vie.
FAM est finalement en hommages aux actions sociales de feu Maman Françoise FONING. C’était donc pour moi ma façon de rendre hommage à cette grande dame qui a mené de très grands combats contre la pauvreté et la misère à travers la mobilisation et l’encadrement des femmes dans le domaine des affaires, à travers ses largesses aux nécessiteux, à travers son éternel sourire. Elle a été maire de Douala 5e, 1e présidente mondiale des femmes d’affaires, etc. FAM a vu le jour en 2017 dans la ville de Dschang. C’était lors d’une très grande soirée organisé pour la présentation de mon album « ndah ndem ».
Faites-vous partie des personnes ayant bénéficié de la sollicitude de madame Françoise FONING ?
Pour l’association non. Mais le fait que j’ai eu la chance de rencontrer cette dame lorsqu’elle était de passage à Johannesburg est pour une chance et une largesse car les échanges que nous avions, ses conseils étaient précieux pour toute personne en quête du bien-être. A chaque fois qu’elle séjournait elle m’envoyait un appel et je venais la voir. C’est ainsi que nous avons beaucoup discuté sur la possibilité de travailler sur certains projets à créer. Malheureusement la mort est intervenue, l’a arrachée à notre affection. Mon vœu est que ceux qui ont bénéficié de ses largesses, que ceux qui, comme elle, éprouvent de la compassion face aux souffrances humaines se joignent à FAM afin qu’ensemble nous perpétuons son engagement sociale et philanthropique.
Qui sont vos cibles ?
Nous sommes au chevet des orphelins, nous nous occupons de la scolarisation d’enfants dont les parents sont l’incapacité d’assumer. Pour vous situer un peu, nous avons à notre actif des actions dans une demi-douzaine d’orphelinats à travers le Cameroun où nous avons apporté non seulement des denrées de première nécessité, mais de l’eau potable, des outils tels des batteries de cuisine, de la literie, le groupe électrogène, etc.
Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA
MEDIAS
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