Tourisme : Le SPIHT jette les bases d’une marque touristique pour la Région de l’Ouest.

Tourisme : Le SPIHT jette les bases d’une marque touristique pour la Région de l’Ouest.

Bafoussam a vibré du 7 au 9 août 2026 au rythme de la 4e édition du Petit Déjeuner Business Network (PDBN 4 RDO). Organisé par le SPIHT (syndicat patronal des industries de l’hôtelière et du tourisme) sous le patronage du Ministère du Tourisme et des Loisirs (MINTOUL) et en partenariat avec CAMTEL, cet événement majeur s'est donné pour défi de structurer l'identité de l'Ouest pour en faire une destination d’excellence plus attractive et compétitive.

Une synergie d’acteurs pour briser l'isolement régional

Sous le thème « Construire la marque touristique Région de l’Ouest », la rencontre a servi de laboratoire d’échanges, de réflexions et de réseautage. En ouverture, le Secrétaire Général du MINTOUL, Paul Marcel Ndioro A Mamoun, a rappelé le potentiel exceptionnel de la région. Pour lui, l'Ouest possède tous les atouts pour s'imposer comme une référence au Cameroun et à l’international, à condition de conjuguer les énergies et de penser le tourisme non plus comme une simple publicité, mais comme une expérience unique à offrir aux visiteurs proposés par ses professionnels avérés.

Bernard Zeutibeu, directeur de l’Office de Tourisme de l’Ouest (ORTOC), a dressé l'inventaire des richesses disponibles : paysages, palais royaux, cases patrimoniales, festivals, lacs et chutes. Toutefois, disposer de ces attractions ne suffit plus. Le directeur a insisté sur l’urgence de déployer une promotion cohérente, une communication avisée et de former une ressource humaine capable d'offrir une expérience mémorable aux visiteurs.

Digitalisation et patrimoine : deux annonces majeures

Le sommet a été marqué par deux projets structurants pour l'écosystème local :

- Le virage numérique avec CAMTEL : Un partenariat est en vue pour digitaliser les entreprises touristiques de l'Ouest. Il garantira une connexion internet fluide et la création de sites web professionnels hébergés dans le Data Center national.

- La renaissance de l'artisanat d'art : Dès la prochaine saison sèche, l’entrée du Marché de Dschang  sera réhabilitée grâce à un financement de l’Ambassade de France. Ce chantier-école réunira les artisans chaumiers locaux sous l'encadrement d'experts béninois, afin d’importer une technique de pose de chaume garantissant une durabilité de 40 ans.

L'urgence de la qualité pour séduire l'international

Avec seulement 1,5 million de touristes internationaux, l’Afrique Centrale reste la dernière destination mondiale. Pour inverser cette tendance, les participants ont acté la nécessité de bâtir une offre compétitive basée sur l'hospitalité, l'innovation et une qualité de service irréprochable. L’enjeu est de délivrer une « promesse unique » qui convaincra le voyageur de prolonger son séjour, de revenir et de recommander la destination.

Le département de la Menoua, représenté par l’AS.I.H.T.ME, s'est particulièrement illustré lors de ce grand rendez-vous. Son président, François Kana, a marqué les esprits lors d’un showcase applaudi où il a chanté les merveilles du Cameroun. Ce dynamisme a d'ailleurs convaincu la Délégation Régionale d'envisager la tenue de sa prochaine sectorielle à Dschang en décembre prochain.

Des chiffres qui augurent des lendemains meilleurs si des actions concrètes sont prises

A Bafoussam, ce ne sont pas des vœux qui ont été formulés. Des chiffres ont été partagés par les experts. Ils concernent la capacité d’accueil, les sites touristiques, les arrivées. Ce sont les indices de l’Institut national de la statistique et ceux de l’ORTOC.

En terme d’accueil, la région de l’Ouest est pourvu de 439 établissements d’hébergement, 203 sites touristiques dont 110 chefferies supérieures, 27 chutes et cascades, 17 lacs, 14 grottes, 15 monts, des cols et falaises, le centre climatique de Dschang, 03 musées, 12 cases patrimoniales, des plantations et des ranches. Ces attraits et bien d’autres font de la région de l’Ouest le Cameroun en miniature. Curieusement, les touristes ne se bousculent pas. En 2023, la région de l’Ouest a enregistré seulement 2787 non résidants.

Le Radar de Komiaza : Le défi des routes face au mirage du numérique

Le radar de Komiaza salue la pertinence de ce remue-méninges à Bafoussam. Vouloir bâtir une "marque" pour l'Ouest, numériser les agences avec CAMTEL et pérenniser les toits de chaume du Marché A avec l'expertise béninoise sont des initiatives louables qui sortent des sentiers battus de la bureaucratie. L'industrie du voyage ne se nourrit plus de dépliants poussiéreux, elle exige de l'innovation et de la qualité de service.

Cependant, le radar garde les pieds sur terre et pose la question qui fâche. À quoi servira d'avoir le plus beau site internet hébergé dans un Data Center ultra-moderne si le touriste doit passer cinq heures dans les nids-de-poule pour rallier Bafoussam depuis Douala ou Yaoundé ? Comment vendre la "promesse unique" de nos chutes et de nos chefferies si les voies d'accès secondaires restent des pistes impraticables à la moindre averse ?

La digitalisation est un cache-misère si les infrastructures de base font défaut. Pour que l'Afrique Centrale sorte du bas du tableau mondial, Yaoundé doit comprendre que le ministère du Tourisme ne peut pas travailler seul. Le ministère des Travaux publics doit bitumer les routes de l'Ouest. Le réseau de distribution d'eau doit desservir nos hôtels sans coupure, et l'éclairage public doit sécuriser nos circuits nocturnes. La marque Ouest ne se construira pas sur des PowerPoints ou des promesses numériques, elle s'imposera par le confort réel offert au voyageur sur le terrain. L'hospitalité légendaire de nos populations ne doit plus masquer les faillites logistiques de l'État.

Augustin Roger MOMOKANA