Cameroun : La révolution de la recherche appliquée par les étudiants en pharmacie de l’UDs

Cameroun : La révolution de la recherche appliquée par les étudiants en pharmacie de l’UDs

À l’Université de Dschang, les soutenances de thèses de la Faculté de médecine et des sciences pharmaceutiques (FMSP) marquent un tournant décisif. Brillant exemple de la science appliquée au développement, la première cuvée de pharmaciens passe de la théorie à la pratique en proposant des innovations médicales concrètes pour la société.

Le laboratoire des sommets de la Menoua en action

L’innovation scientifique camerounaise a dressé ses laboratoires sur les sommets de Dschang. Sur les 21 pharmaciens de cette promotion, une dizaine a formulé des prototypes qui pourraient, après des tests approfondis et une homologation officielle, déboucher sur une fabrication industrielle.

Trois innovations majeures se distinguent particulièrement par leur pragmatisme et leur ancrage dans les réalités sanitaires locales.

1. Le « Vankwezole » : Les plantes contre les infections féminines

Gillian Vankwe s’est attaquée à la candidose vulvovaginale, une infection causée par le champignon Candida albicans qui touche trois femmes sur quatre au moins une fois dans leur vie. Face à la résistance croissante de ce champignon aux traitements classiques, la chercheuse a misé sur la pharmacopée locale.

À partir du Syzygium aromaticum (le clou de girofle), elle a développé le Vankwezole sous forme d'ovule vaginal.

* Thèse : « Comparative In-Vitro Antifungal Evaluation of Five Medicinal Plants Against Candida albicans and Formulation of a Vaginal Ovule from the Most Active Extract for the Treatment of Vaginal Candidiasis ».

2. L'« Aphrocrin » : La science valide la naturopathie

Linda Mbah Abieme a choisi de puiser dans le savoir-faire traditionnel de sa propre mère, naturopathe, pour répondre aux dysfonctions sexuelles masculines qui affectent plus de 57 % de la population mâle.

Elle a scientifiquement transmis et encapsulé les vertus de deux substances végétales (Crinum zeylanicum et Aframomum melegueta) pour concevoir l'Aphrocrin, un traitement aphrodisiaque standardisé en gélules.

* Thèse : « Essai de Formulation d’un Médicament Traditionnel Aphrodisiaque à Base De Feuilles de Crinum zeylanicum (Amaryllidaceae) et Aframomum melegueta (Zingiberaceae) ».

3. Le « Pulmocor » : Un espoir pour la cardiologie pédiatrique

Loïc Fongang a formulé une réponse à un problème critique identifié lors de son stage à l'Hôpital régional annexe de Dschang : la prise en charge de l'hypertension artérielle pulmonaire chez l'enfant. Cette pathologie y est sous-diagnostiquée et les traitements pour adultes s'avèrent inadaptés à la population pédiatrique.

En retravaillant la galénique du citrate de sildénafil, il a mis au point le Pulmocor, une préparation pharmaceutique adaptée aux plus jeunes.

* Thèse : « Développement galénique et analytique de deux préparations pharmaceutiques pédiatriques de citrate de sildénafil pour l’amélioration de la prise en charge de l’hypertension artérielle pulmonaire ».

Le Cameroun est-il prêt à saisir cette main tendue ?

Face à cette pluie d'innovations qui s'abat sur les sommets de Dschang, l'opinion publique oscille entre fascination et scepticisme. La véritable question n'est plus de savoir si notre jeunesse a du génie — elle vient de le prouver —, mais si le Cameroun est institutionnellement et économiquement prêt à valider ces découvertes.

Pour que le Vankwezole, l'Aphrocrin ou le Pulmocor ne finissent pas oubliés sur les étagères poussiéreuses des bibliothèques universitaires, plusieurs défis majeurs doivent être levés :

- L'homologation et la recherche clinique : Le ministère de la Santé publique (MINSANTE) doit proposer des financements pour accompagner ces chercheurs dans les phases de tests cliniques indispensables.

- Le financement industriel : Les banques et les capitaux camerounais doivent parier sur la science locale pour briser notre dépendance à 90 % vis-à-vis des médicaments importés.

- La protection intellectuelle : L'Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI), basée à Yaoundé, doit être le bouclier de ces jeunes cerveaux pour éviter que leurs formules ne soient captées par des multinationales étrangères.

Si le Cameroun rate ce rendez-vous, cette main tendue par les jeunes pharmaciens de Dschang sera saisie ailleurs. Le pays continuera alors de consommer ce qu'il ne produit pas, tout en refusant de valoriser ce qu'il découvre.

Par Augustin Roger Momokana