Inauguration de la Fécafoot : Le mystère protocolaire de la plaque de Tsinga.

Inauguration de la Fécafoot : Le mystère protocolaire de la plaque de Tsinga.

L’inauguration du nouveau siège de la Fédération Camerounaise de Football (Fécafoot) à Yaoundé a accouché d’un imbroglio qui enflamme les cercles du pouvoir et du sport business. Alors que la cérémonie officielle était formellement présidée par le Premier ministre, représentant personnel du chef de l’État, la plaque commémorative dévoilée attribue curieusement l'inauguration au président de la CAF, Patrice Motsepe. Entre erreur matérielle de casting et subtilité géopolitique, ce télescopage des compétences ravive le débat sur la souveraineté des instances face à l'État.

L'imbroglio des préséances républicaines

L'incompréhension du public est d'autant plus légitime que, sur toutes les images officielles et les diffusions en direct, c'est bel et bien le Premier ministre qui coupe le ruban symbolique. Dans la tradition républicaine, cet acte séculaire consacre l'autorité qui inaugure et s'approprie l'édifice au nom de la nation. Voir le nom du patron du football africain gravé seul dans le marbre à la place de la plus haute représentation étatique — qui a pourtant accompli le geste inaugural — a été perçu par certains observateurs comme un crime de lèse-majesté ou une volonté d'autoglorification de l'exécutif fédéral. En réalité, l'analyse des faits suggère une distinction stricte opérée par la Fécafoot entre la légitimité politique et la préséance sportive internationale. Le Premier ministre a présidé la liturgie républicaine d'un bâtiment implanté sur le sol camerounais, tandis que la plaque commémore l'intégration de l'infrastructure dans le patrimoine du football mondial. Un exercice d'équilibriste protocolaire qui, s'il a évité l'incident diplomatique en direct, laisse planer une ambiguïté tenace sur les intentions des rédacteurs de la plaque.

Ce choix s'inscrit au cœur des théories modernes du management des organisations sportives, notamment celle de l'autonomie des fédérations internationales. Pour la FIFA et la CAF, le football obéit à une architecture extraterritoriale où les ingérences étatiques sont lourdement sanctionnées. En inscrivant Patrice Motsepe sur la pierre, la Fécafoot applique une stratégie de légitimation par la tutelle faîtière. Le message subliminal est limpide : bien que l'État camerounais construise les grands stades nationaux, la maison du football appartient fonctionnellement à la grande famille du ballon rond global. La présence du Premier ministre garantit la paix des braves avec le Palais de l'Unité, quand la plaque scelle l'allégeance exclusive aux institutions de Zurich et du Caire.

Pourtant, en s’en tenant à la philosophie même de la FIFA, il aurait été judicieux et diplomatique d’inclure explicitement la présence du Premier ministre, afin que, sur le plan historique, son rôle central à cet événement ne soit pas ignoré. Un tel effacement mémoriel ne saurait être toléré dans d’autres nations, où l'omission eût été qualifiée de mépris caractérisé envers la souveraineté de l’État. Car au-delà du divertissement planétaire et de la puissance de l'économie sportive, les institutions étatiques demeurent au-dessus du spectacle. La FIFA doit intégrer le respect absolu de ces souverainetés républicaines ; un pays conserve la latitude d'acter son retrait des instances sans que son fonctionnement régalien ni son développement intrinsèque n'en soient affectés. Pour réconcilier l'histoire et le droit, un message alternatif aurait pourtant pu faire l'unanimité :

RÉPUBLIQUE DU CAMEROUN

IMMEUBLE SIEGE DE LA FECAFOOT

Le 13 mai de l’An deux mille vingt-cinq, sous la haute présidence de S.E. Paul BIYA, Président de la République, Représenté personnellement par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, M. Joseph DION NGUTE, cet immeuble siège de la Fédération Camerounaise de Football (Fécafoot) a été inauguré par M. Patrice MOTSEPE, Président de la Confédération Africaine de Football (CAF), et en présence de M. Samuel ETO'O FILS, Président de la Fécafoot.

Ne pas confondre autonomie et souveraineté

Les personnes, partisans de la Fécafoot ou non, qui veulent étouffer cette affaire doivent savoir qu’ils pêchent dans un terrain où les codes doivent demeurer inviolés. L’argument simpliste consistant à dire que c’est la FIFA et la CAF qui financent le football est une fuite en avant intellectuelle. Car l’État est comptable de la gestion des fonds publics, d’où qu’ils viennent, partout sur son territoire. Dire qu’une entité est autonome ne signifie nullement qu’elle devient souveraine, au point de vouloir challenger l’État. Le management public rappelle que la souveraineté est indivisible : le gouvernement peut, à tout moment et au gré de sa politique nationale, décider de retirer son agrément à une fédération sans que cela ne handicape son fonctionnement ni son propre développement régalien.

Le radar de Komiaza

Au-delà de la bataille des préséances, cet épisode active le « radar de Komiaza » pour rappeler que l'harmonie des institutions ne se nourrit pas de l'effacement des symboles régaliens. Si l’autonomie sportive est un principe juridique incontestable, le respect dû aux institutions étatiques reste le socle de toute diplomatie saine, car « ce qui se dit ici résonne partout dans le monde ». Exclure le nom du représentant du Chef de l'État d'un monument public, sous prétexte de conformité internationale, fragilise inutilement un équilibre politique déjà complexe. Le management moderne enseigne que le pouvoir ne se partage pas par omission ; il s'exerce dans la transparence et le respect mutuel des rôles de chacun.

Par Augustin Roger Momokana