Malaimé ou incompris : Jacquis Kemleu emporte ses secrets, le destin brisé du Maire de Dschang.

Malaimé ou incompris : Jacquis Kemleu emporte ses secrets, le destin brisé du Maire de Dschang.

La ville de Dschang s'est réveillée sous le choc ce lundi 30 mars 2026. Jacquis Kemleu Tchabgou, maire de la commune depuis 2020, est décédé à Yaoundé. Entre une ambition affichée pour sa ville, ses tourmentes judiciaires et une crise sociale profonde au sein de son administration, il laisse derrière lui l'image d'un homme au destin singulier et inachevé.

Le glas a sonné pour la « mandature des grands défis ». Jacquis Kemleu Tchabgou a rendu son dernier souffle peu après 16 heures dans la capitale politique, succombant à un accident vasculaire cérébral (AVC). Cette disparition brutale intervient alors que le mandat des conseillers municipaux s'apprête à connaître une seconde prorogation, un ultime chapitre de six mois que l'élu ne verra malheureusement pas. Au-delà de la commune de Dschang, l’ASROC (Association des Raffineurs des Oléagineux du Cameroun) dont il était lez Secrétaire Général et le CTA-CAM (Centre Technique Agroalimentaire du Cameroun) dont il était le président du Comité d’Orientation qui sont également sous le choc.

Un bâtisseur rattrapé par les procédures

Élu au soir du double scrutin de février 2020, Jacquis Kemleu s’était engagé dans une dynamique de transformation de la cité universitaire. Bâtisseur pour les uns, gestionnaire controversé pour les autres, sa fin de parcours a été lourdement assombrie par un bras de fer judiciaire sans précédent.

L'opinion publique gardera en mémoire l’affaire opposant la municipalité à l’investisseur Sapou Kana (SAPTRANS). Ce litige, portant sur la construction d’un centre de visite technique automobile, s’était soldé par une condamnation de l’édile à six mois d’emprisonnement ferme. Depuis ce verdict, le maire n’avait plus été aperçu à Dschang, laissant ses administrés entre interrogation et sentiment d'abandon.

Une crise sociale étouffante au sein de la mairie

Mais au-delà des tribunaux, c’est sur le front social que l’image du maire s'était le plus érodée. À l'heure de sa disparition, le climat au sein de l'Hôtel de ville est délétère : les agents municipaux réclament près de 10 mois d’arriérés de salaires. Cette précarité des serviteurs de la commune, restée sans solution concrète, alimentait une grogne persistante. Pour beaucoup de citoyens et de familles de Dschang, le "grand défi" s'était transformé en un quotidien de survie, marquant une rupture de confiance entre l'élu et ses collaborateurs directs.

L'action publique éteinte, mais des enjeux financiers persistants

Sur le plan juridique, le décès de Jacquis Kemleu Tchabgou entraîne l’extinction de l’action publique : sa peine d'emprisonnement s'efface avec lui. Toutefois, le volet civil de l'affaire — les 28 millions FCFA de dommages et intérêts et les frais de justice — ne s'éteint pas. Selon les principes du droit, cette dette de réparation survit à l'individu et pèsera désormais sur sa succession. Un épilogue financier qui, couplé aux dettes salariales de la mairie, laisse une ardoise lourde pour ses successeurs.

Repère : du « maire-protecteur » au destin brise 

  • 9 FÉVRIER 2020 : Victoire électorale. Lancement de la « Mandature des grands défis ».
  • 2020 - 2021 : l’épreuve du feu (COVID-19). Le maire gagne ses galons de proximité. Sous son impulsion, Dschang devient un modèle de résilience : production locale de solutions hydroalcooliques, masques et désinfection systématique.
  •  2022 - 2023 : Accélération de la modernisation urbaine et renforcement de la coopération décentralisée.
  •  2024 : Le tournant judiciaire. Conflit foncier avec l'investisseur SAPTRANS. La machine judiciaire s'emballe.
  • 2025 - 2026 : détresse sociale. Le personnel municipal dénonce 7 mois d'arriérés de salaires.
  • MARS 2026 : verdict et fin. Condamné à 6 mois de prison ferme, il s'éloigne de la ville. Il s'éteint brutalement à Yaoundé ce 30 mars.

L’heure du bilan et du recueillement

Au-delà des controverses, c’est un acteur majeur de la Menoua qui tire sa révérence. La rédaction de Komiaza adresse ses pensées les plus pieuses à sa famille, ainsi qu’au personnel communal et aux conseillers municipaux.

La succession à la tête de la mairie de Dschang s’ouvre désormais dans un climat de réflexion : quel héritage réel Jacquis Kemleu laisse-t-il à la postérité ? Le temps fera sans doute le tri entre l'homme incompris et l'élu dont la gestion restera marquée par ces zones d'ombre.

Par Augustin Roger MOMOKANA