En brisant un tabou protocolaire vieux de plusieurs décennies, l'honorable Koupit Adamou a jeté un pavé dans la mare de l'orthodoxie républicaine lors de son passage sur Canal 2 International ce dimanche 08 mars. Le député UDC fustige une « dérive monarchique » qui voit l'épouse du Chef de l'État, Chantal Biya, occuper les premiers rôles au détriment des institutions élues et des ministres de la République. Entre vide juridique abyssal, dépenses publiques opaques et humiliation du protocole d'État, l'élu de la nation appelle à une clarification urgente : la République peut-elle tolérer un « Chef d'État bis » sans aucun mandat légal ? Analyse d'une sortie audacieuse qui secoue les fondements du pouvoir à l'Étoudi.
L'essentiel de l’article en points clés
- L’Illusion Protocolaire : L'honorable Koupit Adamou dénonce une « usurpation symbolique » : l'épouse du Chef de l'État n'a aucune existence constitutionnelle au Cameroun. Elle est une citoyenne privée, « point barre ».
- L’Humiliation de l’Exécutif : Le député fustige la relégation des Ministres de la République au second plan. Voir un détenteur de pouvoir légal s'effacer devant une personnalité sans mandat est une insulte à la signature de l'État.
- Le Casse-tête Budgétaire : Aucune ligne de la Loi de Finances ne prévoit de budget pour une « Première Dame ». Chaque franc public dépensé pour le CERAC ou ses déploiements officiels est techniquement une irrégularité comptable.
- Le Spectre du « Chef d’État Bis » : Sans réglementation, le Cameroun glisse vers une monarchisation du pouvoir où l’influence de l’alcôve supplante le vote populaire et le mérite administratif.
- L'Appel à l'Orthodoxie : L'UDC exige un retour strict aux textes : seuls les élus et les nommés par décret doivent porter la voix et l'image de la nation.
L'argument de l'honorable Koupit Adamou
L'argument de l'honorable Koupit Adamou est d'une simplicité juridique implacable : en Droit public camerounais, le titre de « Première Dame » est une fiction. Ni la Constitution du 18 janvier 1996, ni aucun décret d'application ne prévoient de statut, de budget ou de fonction officielle pour la conjointe du Président de la République. « Madame Chantal Biya est l'épouse du Président de la République, point barre », a martelé le député. Pour cet expert des institutions, l'influence de l'épouse relève exclusivement de la sphère privée. Sa présence constante au premier rang des cérémonies officielles constituerait donc une entorse grave à la hiérarchie républicaine, où la préséance doit revenir aux élus et aux membres du gouvernement nommés.
Le point le plus saillant de l'intervention du député UDC concerne la subordination symbolique des membres du gouvernement. Koupit Adamou s'insurge de voir des ministres de plein exercice, détenteurs d'une délégation de puissance publique par décret, se retrouver relégués au rôle de figurants lors d'événements présidés par l'épouse du Chef de l'État. « Il n'y a aucune fonction officielle qui soit dévolue à Madame Chantal Biya au point où elle vient présider un événement républicain en présence des ministres de la République, et surtout d'une ministre qui est responsable du domaine concerné », fustige-t-il. Cette mise en scène crée une confusion dangereuse entre l'affectivité familiale et l'autorité de l'État, transformant des serviteurs de la nation en obligés d'une personnalité sans mandat légal.
Le Tour du monde et énigme des « caisses d’alcôve »
L’analyse du Radar Komiaza révèle que le malaise camerounais s'inscrit dans un débat mondial sur la professionnalisation du rôle de conjoint. Aux États-Unis, bien que le rôle soit informel, l’Office of the First Lady est budgétisé et ses personnels sont des agents fédéraux soumis au contrôle. En France, la « Charte de transparence » de 2017 a brisé l'opacité en définissant les missions de représentation de l’épouse, tout en lui interdisant toute rémunération et tout rôle politique. En Afrique, si des pays comme le Sénégal ou la RDC ont vu des velléités d'institutionnalisation, le Cameroun reste une anomalie : une fonction sans texte, mais dotée d'une influence quasi-exécutive.
Au-delà du symbole, le malaise est profondément comptable. Sur quelle ligne budgétaire repose le train de vie de la Première Dame ? En l’absence de statut légal, l’épouse ne peut théoriquement émarger à aucune dotation nominative. Pourtant, l’évidence du déploiement logistique — sécurité présidentielle, cortèges, mobilisations préfectorales — suggère une ingénierie financière complexe. Le soupçon se porte naturellement sur les fonds de souveraineté (la « caisse noire » de la Présidence) ou l'utilisation détournée des chapitres communs, notamment les Lignes 94 (Investissement) et 65 (Fonctionnement), réputées pour leur opacité. Le « Radar Komiaza » souligne l'urgence de sortir de cette fiction où la générosité privée se finance sur le dos du contribuable via des associations comme le CERAC, transformées en quasi-ministères échappant au contrôle législatif.
L’État de Droit commence là où s'arrête le privilège de l'alcôve
Il faut saluer l'audace politique de l'honorable Koupit Adamou. En s'attaquant à ce totem protocolaire, il enfonce une porte qui, certes, irritera les groupes parlementaires du RDPC, mais pose un problème de fond qui mérite d'être tranché. Au risque de laisser s'installer une dérive monarchique, le Cameroun doit clarifier si la « Première Dame » est une simple citoyenne ou un agent public. Sans cette clarification, le pays court le danger de voir une personnalité sans mandat se muer en un « Chef de l'État bis », exerçant une influence sans responsabilité. Pour Koupit Adamou, l'État de Droit commence là où s'arrête le privilège de l'alcôve.
Augustin Roger MOMOKANA
MEDIAS
Cameroun : Le 4ème Recensement Général (RGPH) lancé pour avril 2026.
Le dénombrement du 4ème Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) se déroulera du 24 avril au 29 mai 2026. Couplée à un recensement de l’agriculture et de l’élevage
LIRE PLUS...






