Conte du jour : l’enfant du boboh.

Conte du jour : l’enfant du boboh.

#Komiaza.com - C’était à l’époque où les choses étaient un genre un genre. Les hommes marchaient sur la tête plutôt que sur les pieds. Les boboh étaient contre les lois qu’ils avaient eux-mêmes érigées, cependant ils contraignaient les gens de Lobi à marcher selon ces lois-là.

Pantalion était le fils d’un homme de loi. Son père avait obtenu son admission au sein de la plus grande école du pays, mais il déclina l’offre car depuis la tendre enfance, son rêve était de créer son entreprise et de devenir un homme riche. D’ailleurs, Pantalion avait l’habitude, quand il vivait encore sous le toit parental, de dire que son père ne méritait pas toute cette fortune qu’il avait amassée et qui faisait de lui un des hommes les plus riches du pays. Ce ne pouvait pas être son salaire d’agent public.

Comme Pantalion avait rejeté l’offre de son géniteur, ce dernier lui remit une enveloppe contenant quelques millions. C’est ainsi que le fils quitta la maison et la ville pour aller s’installer dans une plus grande ville où ouvrit un atelier de fabrication des accessoires pour dames.

Un jour, alors qu’il s’affairait tranquillement dans son atelier, des clients se firent entendre au dehors. Pantalion envoya un apprenti les recevoir. Ces trois jeunes gens étaient plus pressés que l’ouragan. Ils bousculèrent l’employé et s’enfoncèrent dans la salle.

-  On veut voir le patron, fit l’un d’eux.

-  Je vais le chercher, répondit l’apprenti

Les trois étrangers ne lui laissèrent pas le temps d’ouvrir la porte de l’atelier. L’un d’eux le bouscula au sol, et comme des chiens enragés tous bondirent sur Pantalion. Sans aucune forme d’explication ils le trainèrent jusque dans la rue où quelques jeunes et des femmes du quartier qui passaient formèrent aussitôt un cercle autour des acteurs du spectacle.

-  Vous êtes un escroc ! Vous êtes activement recherché ! lança un membre de l’équipe.

-  Moi ? Vous blaguez !

-  Vous vous expliquerez à la brigade, ajouta le membre de l’équipe.

Il eut beau s’expliquer, ses interlocuteurs ne lui accordèrent pas la moindre attention. Pendant qu’ils se tiraillaient par ci par là, la foule applaudissait et criait.

Pantalion s’était installé dans ce coin de la terre depuis deux années déjà. Ces gens qui vivent sa mésaventure le connaissent tous. Certains avaient déjà été chez lui pour acheter qui un pagne qui des boucles d’oreilles. Mais personne n’osa lever la voix pour le défendre, plutôt il reçut quelques coups et des peaux d’orange.

Pantalion et ses bourreaux se trouvaient encore là parce que les taxis étaient rares à cette heure avancée de la journée. Ceux qui passaient étaient en surcharge. Soudain, heureusement, un Monsieur gara et vint s’enquérir de la situation. Il se présenta et leur ordonna de monter à bord de sa voiture. Il ferma soigneusement les portière, pris place et démarra en trombe, jusqu’au poste de police.

L’enquêteur demanda et obtint la carte nationale d’identité Pantalion. S’adressant aux trois compagnons, l’un d’eux lui remit plutôt une carte de visite. C’était la carte de visite du brigadier major. Le policier composa aussitôt le numéro, et pendant l’échange téléphonique, l’on apprit que les trois hommes sont des « petits-frères».

Ainsi l’agent de police sortit pour quelques minutes et réquisitionna une voiture qui vint se garer dans la cour du poste de police pour attendre les quatre hommes. C’est ainsi que les quatre individus se rendirent voir le Brigadier.

Dès leur arrivée, le Brigadier, une personne proche de la retraite, ne se fit pas présenter Pantalion avant de bondir sur lui. Et après lui avoir assené plus d’une centaine de coups, il dépouilla toutes les poches, y compris de son téléphone. Avant de le faire asseoir à même le sol, derrière les deux chaises devant sa vieille table vielle comme le monde.

-  Je veux appeler un avocat. Je ne sais pas ce que vous me reprochez, s’étonna Pantalion.

-  Vous n’en n’avez pas besoin. Déverrouillez votre téléphone ! fit-il en tendant le téléphone à Pantalion.

-  Il n’est pas verrouillé !

Le Brigadier plongeât la tête dans le téléphone. Soudain il lui demanda :

-  Qui est Julienne ? Julienne Mimche, qui est-elle ? Pourquoi échangez-vous des messages avec des personnes résidants à l’étranger ? Vous êtes subversif.

Pendant ce temps, comme des souris aux aguets, les trois ravisseurs attendaient au loin, dans le couloir conduisant au hall.

-  Julienne c’est une camarade. En plus elle est une cliente de mon business. Elle commande des marchandises que je lui envoie par T Colis. Je peux vous monter quelques commandes et des factures.

-  Jeune homme ! Vous êtes subversif. Je vais vous déférer devant le juge. Votre téléphone contient des informations suspectes. Vous vous moquez de l’âge du roi ?

-  Je vous jure que je n’ai aucun problème...

-  Vous irez vous expliquer au parquet. Je ne fais que mon boulot.

Il continuait sa fouille du téléphone, levant de temps en temps la tête pour fixer Pantalion dans les yeux. Puis il lâcha :

-  Jeune homme !

-  Oui boss

-  Si vous avez 100 000 FCFA, je vous laisse partir.

-  J’ai 5000 FCFA dans mon porte-monnaie.

-  Vous moquez de moi ? s’énerva le Brigadier.

-  Non Monsieur.

Le téléphone de Pantalion se mit à crépiter. Le Brigadier hésita longuement, mais le décrocha quand même. Il écouta un instant et le balança à son propriétaire.

-  Qui est votre père ? demanda-t-il en lui jetant le téléphone dessus.

-  Mon père ? Mon père travaille au parquet général, répondit Pantalion.

-  Je te rappelle, fiston, que le téléphone est personnel !

-  Papa ! Je me retrouve à la Brigade où l’on m’accuse tantôt d’escroquerie tantôt de subversion. Je me suis même fait été marché dessus.

A ces mots le Brigadier se leva brusquement, comme mordu par un serpent. Il sortit du bureau pour aller à la rencontre des trois ravisseurs.

-  Quoi ? Passe-moi le Brigadier !

-  Il vient de sortir. Mais il est dans la maison.

-  Dis-moi, fiston, tu as merdé ?

-  Non, papa.

-  J’appelle immédiatement le juge.

Un gendarme entra, ramassa les effets de Pantalion sur la table qu’il lui remit, et lui demanda de le suivre.

-Vous êtes libre. Il semble que ce n’est pas vous la personne recherchée. Nous allons poursuivre l’enquête. Veuillez nous excuser pour la confusion.

Pendant ce temps, le moteur d’une voiture se fit entendre au dehors. Le Brigadier s’en alla.

Augustin Roger MOMOKANA