Ce lundi matin, voir passer nos enfants dans les rues fait peur. Ils avancent courbés, transportant des cartables disproportionnés comme de véritables manutentionnaires. À ce rythme, ils auront le dos en voûte avant même d'avoir fini de grandir. L’école est devenue une agression morale et physique. Désormais, le message est clair : si vous n’avez pas d’argent, abstenez-vous de faire des enfants ; si vous en avez déjà, trouvez un terrain d'entente financier avec les responsables de l’établissement avant même d’espérer inscrire votre fils.
Pour cette nouvelle année scolaire, un élève de la SIL se retrouve avec près dix livres ! Sans compter les cahiers et les multiples fournitures. De quel type d'enseignement s'agit-il au juste ? Dès le premier jour de classe, l'enfant plie sous le poids d'un sac beaucoup trop lourd pour son âge.
Le plus absurde, c'est qu'ils veulent tout enseigner à ces enfants : ils intègrent même l’intelligence artificielle, un sujet auquel ils ne comprennent encore rien eux-mêmes. Ils agissent par pur orgueil et malhonnêteté, oubliant qu’un enfant doit d’abord maîtriser la lecture et l'écriture avant de pouvoir assimiler quoi que ce soit. Poussés par cette logique destructrice, ils ont cyniquement rayé des programmes la dictée, l’écriture, l’orthographe et la grammaire. Ils confondent dangereusement une tête pleine avec une compétence acquise.
C’est extrêmement préoccupant. Nous vivons dans un pays où l’on privilégie la quantité au détriment de la qualité. Un pays où tout le monde se masturbe à l’idée que c’est la rentrée scolaire. Un pays où les dirigeants laissent l’école se transformer en un vulgaire commerce, et où le libéralisme économique dérive en un libertinage financier absolu.
Ce pays fait peur. Il terrifie, car ces dérives surgissent et prospèrent sous la barbe de dirigeants indifférents et complices. Il fait peur, car le citoyen ne sait plus sur quel pied danser. Il fait peur, enfin, parce que le berger semble avoir totalement abandonné son troupeau. C’est la trajectoire d’un pays à la dérive.
Momokana Augustin Roger
Photo d'illustration: Momokana/Komiaza








