Brice Laurian Nkoumbo Fondjo, le fils de l'honorable Joseph Fondjo dont l'Université de Dschang commémore la mémoire, survit précairement comme aide-maçon à Douala malgré son master en management. Face à l'ingratitude institutionnelle de l'université et à l'oubli de son patrimoine familial, un appel est lancé au recteur Roger Tsafack Fosso pour réparer cette injustice mémorielle. Vous pouvez lire l'analyse complète sur le site de publication.
Le successeur de l’honorable Joseph Fondjo, patriote dont l’Université de Dschang célèbre la mémoire à travers son grand auditorium, est aujourd'hui manœuvre sur les chantiers de Douala. Titulaire d’un Master en Management d’entreprise, Brice Laurian Nkoumbo Fondjo tourne le béton pour les maçons afin de survivre. Une situation de précarité révoltante qui met l’ingratitude institutionnelle d'une université envers la famille de son principal bâtisseur historique au cœur des débats, décryptée par Komiaza.
Du dénuement de l'orateur au calvaire du successeur
Il est des destins qui ne laissent personne indifférent. Celui du successeur de l’honorable Joseph Fondjo s’inscrit dans cette lignée douloureuse. Brice Laurian Nkoumbo Fondjo a succédé à son père alors qu’il était âgé de sept ans seulement. Aujourd'hui, malgré un diplôme de Master en Management obtenu à l’Université de Douala, le jeune homme est réduit à travailler comme aide-maçon dans la capitale économique. Pendant qu’il s’échine à porter des parpaings ou à tourner du béton, ses yeux et ses oreilles restent tournés vers Dschang, où le nom de son géniteur est gravé en lettres d'or sur les frontons universitaires, sans que la famille n'en tire le moindre bénéfice.
Pour comprendre le sentiment d'injustice qui ronge la famille Fondjo, il faut remonter aux origines de la ville universitaire. Lorsque Yaoundé envisage la création du Centre National d’Agriculture (CNA) à Dschang, de puissantes voix s’élèvent à l’Assemblée nationale pour saboter le projet, prétextant l’absence d’infrastructures dignes. Pour briser le complot, l’honorable Joseph Fondjo finance personnellement, sur ses propres fonds, la construction du premier bâtiment d'accueil. De mutations en mutations, ce centre deviendra l’ITA (Institut des Techniques Agricoles) en 1977, le Centre Universitaire de Dschang en 1977 qui comprend l’ENSA (Ecole Nationale Supérieure d’Agronomie) et l’ITA, l’Institut national d'Agriculture et du Développement rural (INADER, fusion de l’ITA et ENSA) en 1988, puis l'Université de Dschang en 1993 avec en son sein la FASA (Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles). Grâce au sacrifice financier de cet homme, Dschang est aujourd'hui la seule ville non chef-lieu de région à abriter une université d’État. Un poumon académique et économique qui fait vivre la région depuis la chute de la CAPLAME.
L'hommage désincarné : L'indignation des proches
En 2022, l'Université de Dschang a choisi d'honorer la mémoire de ses pionniers. L'institution a baptisé ses infrastructures majeures : l'Auditorium Joseph Fondjo, le Centre de conférences Sa Majesté Mathias Djoumessi, et la Salle des conseils Gibérin Bol Alima. Pourtant, cette reconnaissance est restée purement cosmétique. L’université n’a jamais associé les familles à ces célébrations ; chacune a appris la nouvelle par voie de presse.
Chez les Fondjo, cet hommage médiatisé ravive une profonde détresse. Ni l'ancien recteur, le Professeur Anaclet Fomethe, ni l'actuel dirigeant, le Professeur Roger Tsafack Fosso, n'ont daigné intégrer le successeur de ce digne fils de la Menoua dans les vagues de recrutements de personnels d'appui des dix dernières années. Malgré de multiples démarches auprès des autorités universitaires et des élites de Fokoué — arrondissement d'origine du défunt député —, aucune main tendue n'est venue secourir l'orphelin.
Ceux qui veulent réellement connaître l'histoire de Fondjo peuvent aujourd'hui obtenir un rendez-vous familial pour découvrir les tristes reliques de ce grand homme d'affaires. Faute de moyens pour la garer en lieu sûr, sa mythique Mercedes est restée stationnée devant la maison, exposée aux outrages du temps. Face à la destruction de la carrosserie par les intempéries, un membre de la famille a fini par consentir à céder l'engin à des ferrailleurs au prix dérisoire de 75 FCFA le kilogramme. Heureusement, la nouvelle est parvenue à certains fils de la lignée qui s’y sont farouchement opposés, stoppant le massacre, mais le mal avait déjà commencé.
« Le père a oublié sa propre famille au profit du développement du département de la Menoua. Les gens de Dschang sont bizarres ! », s'indigne un enseignant sous le choc de cette précarité. Pour l'observateur, cette dénonciation est forte, mais elle est réelle et raisonnable face au silence coupable des élites locales. Pour mémoire, Joseph Fondjo, qui a cumulé trois mandats à l’Assemblée législative, est décédé le 2 mai 2000 à l’âge de 74 ans dans le dénuement total, après un an d’hospitalisation pris en charge par le ministre Joseph Claude Mbafou et ses fils aînés. Sa fortune accumulée dans le commerce, le transport et l'élevage s'est entièrement volatilisée dans son engagement politique (UC, UNC, RDPC), au service du bien commun et de l'édification de la Maison du parti (à l’époque Maison du Peuple) sous l’auspice de Siméon Zébazé.
Le radar de Komiaza : Quand 75 FCFA le kilo de mémoire insulte l'histoire
Le radar de Komiaza pose un regard d'une extrême gravité sur cette amnésie collective. Vendre l'épave de la Mercedes de l'Honorable Joseph Fondjo à 75 FCFA le kilo pour de la ferraille est le symbole cruel de la déchéance d'un empire familial sacrifié sur l'autel du bien public. C'est l'illustration exacte de l'ingratitude d'un système. On baptise un auditorium du nom d'un bâtisseur pour y organiser de prestigieux colloques internationaux, pendant que le fils de ce dernier tourne le béton sur les chantiers de Douala et que les reliques de sa grandeur se font découper devant sa concession.
Recruter Brice Laurian Nkoumbo Fondjo, titulaire d’un Master en Management, au sein des services administratifs de l’Université de Dschang ne serait pas un acte de favoritisme ou de népotisme. Ce serait un acte de redevabilité historique, de décence républicaine et de patriotisme économique. Joseph Fondjo n’a pas spolié l'argent de l'État pour offrir un toit à l’enseignement supérieur ; il a puisé dans sa propre poche. Les élites de l’arrondissement de Fokoué et l'exécutif universitaire ne peuvent plus continuer à regarder ailleurs.
Le Professeur Roger Tsafack Fosso doit urgemment regarder plus loin que ses tableaux de bord administratifs. On ne peut pas célébrer l'esprit de l'Université de Dschang tout en maintenant la descendance de ses fondateurs dans la poussière des chantiers de Douala. Le recteur a le pouvoir discrétionnaire de réparer cette injustice mémorielle. Intégrer cet orphelin dans le personnel de l'institution est un devoir de mémoire sacré. L'Université de Dschang et la Menoua doivent collectivement essuyer les larmes de la famille Fondjo. Le béton de Douala et le prix de la ferraille ont assez duré, place au management à Dschang.
Par Augustin Roger MOMOKANA







