Mort de la journaliste Dora Eboa: Une vie de recluse à Dakar que seules des enquêtes devront démêler
L’énigme entourant la disparition prolongée de la journaliste camerounaise Dorothée Temou Eboa, alias Dora Eboa, s'est dénouée de la plus tragique des manières. Le lundi 31 août 2026, son corps en état de décomposition avancée a été découvert à son domicile à Dakar, au Sénégal. Celle qui fut une figure majeure du paysage médiatique camerounais s'est éteinte dans l'isolement absolu, ouvrant la voie à une enquête complexe sur les zones d'ombre de sa vie de recluse.
La macabre découverte de la rue 13
C’est une odeur pestilentielle, se propageant dans les couloirs d'un immeuble situé au quartier « Angle 16, rue 13, à la Médina » à Dakar, qui a alerté le voisinage. Inquiets de ne plus avoir le moindre signe de vie de leur voisine depuis trois jours, les résidents de la mini-cité ont pris la décision de défoncer la porte de son appartement. À l'intérieur, ils découvrent le corps sans vie de la Camerounaise. En raison de l'état de décomposition du cadavre, l'inhumation a dû être opérée d'urgence dans un cimetière local par les sapeurs-pompiers sénégalais.
Le déclic de l'identification a été provoqué par une vidéo diffusée par le média local Medina TV, intitulée : « Drame à la Médina : Une femme camerounaise retrouvée morte chez elle, sa voisine révèle… ». Grâce à un travail d'investigation croisé mené par deux journalistes camerounais, Monique Ngo Mayag et Joël Honoré Kouam, des clichés de Dora Eboa ont été présentés aux résidents de l'immeuble. Ces derniers ont formellement attesté qu'il s'agissait bien de l'ancienne présentatrice vedette, mettant fin au mythe de sa disparition volontaire.
De la lumière des projecteurs à l'omerta de l'isolement
Rien ne prédestinait cette professionnelle talentueuse à une fin si solitaire. En 2015, Dora Eboa touche le sommet de sa carrière nationale en étant promue Directrice de l’information de la chaîne privée STV (Spectrum Television) à Douala. Elle quitte ses fonctions quelques mois plus tard pour entamer une carrière internationale à Dakar, où elle intègre la prestigieuse rédaction de BBC Afrique en qualité de journaliste-présentatrice.
C'est au cours de cette expérience internationale que sa trajectoire bascule et s'enfonce dans le secret. Brillant par son absence de la scène publique, elle pousse sa famille à s'alarmer :
- Août 2021 : Son frère lance un premier avis de recherche officiel.
- Novembre 2024 : Sa mère renouvelle l'alerte face au silence persistant.
- Mars 2025 : Une mobilisation générale permet de localiser Dora Eboa à Dakar. Sa mère effectue le déplacement au Sénégal, mais tente en vain de la convaincre de retourner au Cameroun.
De retour dans son appartement de la Médina, Dora Eboa rompt définitivement les ponts. Ses voisins décrivent une vie de recluse absolue, rythmée par des sorties extrêmement rares. Ses uniques contacts avec le monde extérieur se limitaient aux quelques secondes passées sur le pas de sa porte pour réceptionner ses commandes de pizzas et de boissons.
L'environnement professionnel au cœur des interrogations administratives
Face aux conditions particulièrement troubles de ce décès et à la détresse psychologique apparente dans laquelle s'était murée la journaliste, la justice sénégalaise a logiquement ouvert une enquête pour déterminer les circonstances exactes du drame. Pour plusieurs observateurs et professionnels des médias, les investigations techniques devront nécessairement se pencher sur l'environnement de travail de la défunte afin de reconstituer le fil de son isolement.
Cette position a notamment été relayée sur les réseaux sociaux par le journaliste camerounais basé en Italie, Jean-Claude Mbede Lastardedieu. Dans une publication partagée sur sa page Facebook ce mercredi 2 septembre 2026, ce dernier émet l’opinion selon laquelle les anciens collaborateurs de la défunte au sein de la rédaction de la métropole sénégalaise pourraient détenir des éléments d'explication:
« Tous les journalistes camerounais ayant exercé à la BBC Dakar étaient au courant et ils doivent également être auditionnés », a-t-il écrit, sous réserve des conclusions de l'enquête officielle.
Il convient de préciser qu'en matière de procédure pénale, la demande d'audition de collègues ou de l'entourage immédiat constitue une démarche routinière pour les enquêteurs. Elle ne préjuge en rien d'une quelconque responsabilité ou culpabilité des équipes du média international, qui restent protégées par la présomption d'innocence. Sollicitée par plusieurs confrères, la direction de la station ne s'est pas encore officiellement exprimée sur cette tragédie qui secoue la communauté des médias en Afrique de l'Ouest et Centrale.
Par Augustin Roger Momokana








