Baleveng - En Images : Le G4 fait du sport et de la participation les ressorts de son développement.
Le congrès annuel du G4-Baleveng Nord, tenu du 12 au 15 août 2026 à Tchuèza, a jeté les bases d'une charte de développement communautaire stricte. Les leaders des quatre communautés alliées, réunis au sein de la Réunion des Présidents, ont adopté des mesures financières rigoureuses contre l'incivisme pour financer la numérisation et la sécurisation de l'école locale. Un modèle d'ingénierie sociale et de fiscalité coutumière décrypté par Komiaza.
Le groupement Baleveng, dans l'arrondissement de Nkong-Ni, consolide son unité par la base. Du 12 au 15 août 2026, le stade de l’École publique de Tchuèza a vibré au rythme du congrès annuel du G4-Baleveng Nord. Cette alliance stratégique réunit les villages Saa, Tchuètou et les quartiers Tchuèza Mozap et Tchuèza Moka autour d'un agenda commun alliant investissement humain, brassage sportif et discipline collective pour le développement local.
Une feuille de route stricte pour l'école et l'environnement
En prélude aux festivités, la Réunion des Présidents de Comités de développement a posé les jalons de la politique générale de Baleveng Nord. Cette assise a réuni les figures tutélaires de la zone : Fo’o Zadzou Tedajio Ferdinand Oyono (chef du village Saa), M. Donfack Christophe (représentant de Fotio Tchuètou), ainsi que les chefs de quartier Mozap Tiotsia Daniel de Tchuèza Mozap) et Moka Teinsa Gabriel de Tchuèza Moka. Le plan d'action adopté marque un tournant vers une gouvernance participative plus rigoureuse.
Sur le plan éducatif, le G4 est préoccupé par la modernisation de l’École publique de Tchuèza. Après l’amorce de l’électrification engagée en 2025, le projet prévoit désormais l'acquisition d'ordinateurs pour connecter les élèves au monde numérique, la sécurisation des salles de classe contre les tirs de ballons et la réflexion autour d'une future bourse d'excellence scolaire.
Pour financer ces ambitions, l'impunité face aux cotisations a été révoquée par des mesures radicales :
- Sanctions sur les cérémonies : Tout résident ou fils du G4, propriétaire ou non d’un habitat, refusant de s'acquitter de sa contribution au développement fera face à de lourdes amendes lors de la programmation d'événements familiaux (obsèques, funérailles, naissances de jumeaux, offrandes aux lieux sacrés, etc.) ou pour l'usage des maisons d’emprunt ou de la case communautaire.
- Police environnementale : Les cultivateurs et cultivatrices sont désormais tenus de maintenir les bordures de leurs exploitations propres. Tout manquement entraînera une lourde pénalité financière. Une copie de ces résolutions sera distribuée à chaque famille pour garantir que nul n'en ignore.
Tchuètou triomphe au Tournoi de la Fraternité
Le sport a constitué le principal vecteur de mobilisation durant les deux premières journées communes, avant que les comités ne se retirent dans leurs territoires respectifs pour la clôture. Le Grand Tournoi de la Fraternité du G4 a tenu toutes ses promesses, malgré une météo capricieuse qui a contraint les organisateurs à annuler le match de classement qui devait opposer Saa à Tchuèza Moka.
En demi-finales, Tchuètou a disposé de Tchuèza Moka par 2 buts à 1, tandis que Tchuèza Mozap dictait sa loi face au village Saa (2-1). La grande finale, arbitrée sous le regard de la grande élite Martin Azangué dans les tribunes, s'est soldée par la victoire de Tchuètou sur Tchuèza Mozap (1-0), sous les applaudissements des quatre chefs traditionnels venus donner le coup d'envoi.
La fête s'est achevée en culture avec la prestation de l’artiste Sébalo 1er, dont l’humour noir a brocardé les citoyens qui profitent des routes réhabilitées sans jamais investir un seul centime dans les caisses communautaires, les femmes qui se nourrissent des terres sans jamais oser entretenir la route. Ce dynamisme a été soutenu en coulisses par les quatre présidents des comités de développement du G4-Baleveng Nord : Philippe Douanla Djiki pour Saa, Sébastien Kenfack pour Tchuèza Mozap, Aimé Namekong Kana pour Tchuèza Moka et Alain Tchinda pour Tchuètou. Cette synergie a traversé les frontières de l'alliance, poussant Sa Majesté Folekouet Keuatsop, chef du village voisin de Balekouet, à verser une contribution de solidarité de 50 000 FCFA. Un geste salué par le président du comité de Saa, rappelant que « pour le développement du groupement Baleveng, aucune contribution n’est de trop ».
Le radar de Komiaza : La république des micro-contributions face au vide étatique
Le radar de Komiaza salue l'intelligence collective qui structure le G4-Baleveng Nord. Voir quatre petites communautés rurales s'unir pour électrifier une école publique, concevoir une bourse d'excellence et numériser des salles de classe prouve que le véritable génie du développement réside dans l'organisation à la base. Le G4 ne fait pas que du sport ; il invente une micro-citoyenneté budgétaire là où les pouvoirs publics brillent souvent par leur absence logistique.
Cependant, le radar analyse avec gravité le durcissement des sanctions financières locales. Instaurer des amendes sur l'organisation des obsèques ou traquer le paysan pour les herbes en bordure de son champ de maïs démontre que les comités de développement sont poussés à bout par l'incivisme d’une minorité. La contrainte devient le seul levier pour arracher le financement des infrastructures de base. Le paradoxe est saisissant : les populations acceptent de se soumettre à la rigueur financière de leurs leaders locaux parce qu'elles sont convaincues des effets de l’électrification de l’école, des bourses d’excellence et des routes entretenues.
Le défi de cette gouvernance de proximité sera de maintenir ce climat de confiance. Philippe Douanla Djiki et ses pairs ont raison de rappeler qu'aucune contribution n'est de trop. Mais pour que ce train roule droit, la transparence doit être absolue. Publier et distribuer les comptes à chaque famille est une excellente jurisprudence démocratique. Le développement ne dépend pas des subventions hypothétiques, il naît des pistes entretenues et de la discipline budgétaire des villageois. Le G4 montre la voie, à chaque communauté de s'exécuter.
Par Augustin Roger MOMOKANA







