Le naufrage de la CAPLAME et l’effondrement des coopératives membres de l’UCCAO ne sont pas de simples accidents de parcours : c’est une tragédie économique et sociale qui menace de rayer définitivement la Menoua de la carte agricole du Cameroun. Autrefois fleuron industriel régional aux milliards de FCFA de bénéfices, la Société coopérative des planteurs de la Menoua agonise aujourd’hui sous le poids du pillage de son patrimoine, de l'indifférence managériale et d’une reconversion ratée. Si rien n'est fait, ce cimetière institutionnel scellera la faillite historique du monde rural face à la mondialisation. Analyse d'une descente aux enfers signée par l’ingénieur agronome Noël Azapmo.
Créée en 1975 — bien que son histoire remonte à 1930 avec la CAPBCA —, la CAPLAME était, jusqu’aux années 2000, la seule véritable grande entreprise du département de la Menoua, du moins selon les mémoires collectives. Malgré la dépravation avancée de son patrimoine immobilier, foncier, mobilier et de son parc automobile, la Société coopérative des planteurs de la Menoua n'est pas encore tout à fait morte. Elle attend désespérément des décideurs à la hauteur de son histoire, capables de s’appuyer sur ses infrastructures encore disponibles pour sortir la tête du cimetière où elle a été poussée par ses responsables successifs.
Quatre facteurs majeurs expliquent cette agonie collective :
1. Le séisme des cours mondiaux du café
Au milieu des années 1980, la CAPLAME affichait une santé de fer avec des résultats financiers positifs atteignant trois milliards de FCFA en 1985, faisant d'elle la coopérative la plus performante de la région de l'Ouest. C'est précisément à partir de cette période charnière que tout bascule. La compétition internationale s'intensifie avec le développement rapide des plantations en Asie du Sud-Est, ce qui aggrave l'effondrement des prix et fragilise les fondations de l'institution.
2. La libéralisation sauvage du marché (1991–1995)
L'UCCAO bénéficiait historiquement d'un monopole concédé par l'État pour la commercialisation de l'arabica de l'Ouest. Ce verrou stratégique a été progressivement démantelé. Le cadre juridique de la libéralisation a été posé par la loi n°95/11 du 27 juillet 1991 portant organisation du commerce du cacao et du café, parachevée par les décrets d'application de 1995 et 1997. C'est l'année 1995 qui marque l'aboutissement de la libéralisation du secteur, sous la pression de la Banque mondiale pour liquider l'ONCPB. La CAPLAME a perdu dès lors son exclusivité sur l'achat du café dans la Menoua, exposée sans protection à la concurrence d'acheteurs privés.
3. La mutation agraire : Le sacrifice du café pour le maraîchage
Face à la baisse drastique des prix d'achat aux planteurs et à la chute de la qualité, une grande partie de la population rurale a définitivement tourné le dos à l'économie du café. Dans la Menoua notamment, la forte pression foncière et la rentabilité immédiate du maraîchage ont conduit à un arrachage massif et systématique des caféiers. Ce basculement a réduit à néant l'assiette de collecte de la CAPLAME, vidant les usines de leur matière première.
4. L'incapacité managériale à réinventer le modèle
C'est sans doute le facteur le plus décisif et le plus douloureux. La CAPLAME s'était affirmée comme un puissant levier de développement économique et social à travers l'ouverture des pistes rurales, l'électrification des villages et la construction de bâtiments scolaires ou sanitaires. Ce patrimoine institutionnel, foncier et humain constituait une base solide pour une reconversion. Les managers successifs ont pourtant géré la crise de manière purement défensive et non transformatrice. Ils ont été incapables de pivoter vers de nouvelles filières, de valoriser le patrimoine immobilier existant ou de repositionner la coopérative sur les nouvelles dynamiques agricoles de la Menoua telles que le maraîchage, l'aviculture ou la transformation agroalimentaire.
Conclusion
Le constat est sans appel : la CAPLAME se trouve aujourd'hui au bord du gouffre, victime d'une inertie managériale criminelle qui a transformé un empire économique en un champ de ruines. Laissée à l'abandon, la coopérative n'est plus qu'une relique foncière convoitée par des prédateurs immobiliers, alors que la population a définitivement tourné le dos au café. Le temps presse, car chaque jour de reniement rapproche cette institution d'une mort clinique irréversible. L'unique et dernière chance de réactivation repose sur un sursaut patriotique : l'éviction immédiate des gestionnaires passifs au profit d'un conseil d'administration visionnaire. Sans une refonte totale axée sur les filières maraîchères dominantes, la transparence financière et la valorisation du patrimoine foncier comme levier de financement, la CAPLAME s’éteindra définitivement, laissant le département de la Menoua orphelin de sa souveraineté agro-économique.
Par Komiaza







