Le système hospitalier public n'est plus un lieu de refuge pour la vie, mais la scène d'une dérive comptable et déontologique sans précédent. Quelques jours seulement après que l’Ordre National des Médecins du Cameroun (ONMC) a lourdement sanctionné plusieurs praticiens pour fautes professionnelles graves, la réalité du terrain vient de briser le doudou des discours officiels. Partout dans nos métropoles, la césarienne est passée du statut d'acte chirurgical d'urgence à celui de protocole obligatoire, d'incontournable "loi du scalpel" dictée non plus par des impératifs cliniques, mais par l'appât du gain facile. Komiaza passe au scanner l'industrialisation du mercantilisme médical, une pathologie systémique où le cas de la jeune Assako Clémentine au CHU de Yaoundé s'impose comme le martyre de trop.
Le Grand Paradoxe Sanitaire : De la Propagande à la Réalité
[Le Discours d'État] ➔ L'accouchement officiel est fixé à 6 000 FCFA (Le Kit d'Urgence)
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[La Mafia du Bloc] ➔ Césarienne forcée ➔ Chantage en série ➔ Facturation sauvage
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[L'Omerta Corporatiste]➔ Licenciement immédiat du personnel intègre qui dénonce la césarienne
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[Le Choix de Survie] ➔ Fuite vers les matrones traditionnelles : Mieux vaut la brousse que l'abattoir
Le mensonge des 6 000 FCFA : Le chantage au bloc face à la propagande officielle
L’accouchement par voie basse, qui exige patience, surveillance continue et humanité, est en train de disparaître des mœurs des grands centres hospitaliers. Dans les couloirs de nos hôpitaux, un basculement sémantique lourd de sens s'est opéré : on ne parle plus de "patients" à soigner, mais de "clients" à facturer. Le marché s'est installé au cœur du service public avec la complicité passive du gouvernement. Le paradoxe de cette dérive mercantiliste est qu’elle s'intensifie au moment même où les autorités saturent l'espace public de slogans lénifiants, prétendant partout que l'accouchement ne coûte désormais que 6 000 FCFA, soit le prix officiel du kit d'urgence.
Curieusement, la réalité du terrain brise cette propagande. Le cas d'Assako Clémentine est le miroir de cette mafia en blouse blanche. Conduite au Centre Hospitalier et Universitaire (CHU) de Yaoundé pour accoucher, la jeune femme s'est vu imposer le diagnostic d'impossibilité d'une délivrance « normale », activant l'engrenage du scalpel commercial. Pendant que la victime passait des heures en souffrance, abandonnée au bloc opératoire, sa famille a subi un chantage odieux : aucun acte ne serait posé sans le paiement préalable d'une rançon en espèces, bien loin des 6 000 FCFA de l'affichage d'État. Ce retard provoqué par la négociation financière est le premier acte d'un homicide institutionnalisé.
L’engrenage de la mort réparatrice et la loi du silence corporatiste
Le mercantilisme sanitaire ne s'arrête pas à l'entrée du bloc ; il s'alimente des complications qu'il provoque par son incompétence. Moins de trente minutes après le premier versement, le personnel présente le nouveau-né à la famille, tout en annonçant que la maman perd abondamment son sang. L'urgence vitale exige une transfusion de quatre poches de sang. Mais au lieu de sauver la vie, l'administration exige un nouveau versement d'argent. Le paiement est effectué, l'agonie se prolonge.
Une heure plus tard, les chirurgiens reviennent avec un aveu de culpabilité terrifiant : l’opération a « raté ». L'impudence n'ayant plus de limites, l'équipe médicale exige une troisième somme d'argent pour engager une « opération de réparation ». Après des heures de silence méprisant, c'est finalement à 21 heures qu'une simple stagiaire est envoyée en première ligne pour annoncer le décès d'Assako Clémentine.
Pour maintenir ce business de la terreur, le système élimine impitoyablement les voix intègres. Une vidéo récente a choqué la toile : une professionnelle de santé y racontait son licenciement punitif immédiat pour avoir commis le « crime » de conseiller à une patiente d'aller accoucher ailleurs, en dehors de sa propre clinique qui avait planifié une césarienne abusive et injustifiée. L'omerta économique a remplacé le serment d'Hippocrate.
La régression sanitaire : La brousse plutôt que l'abattoir programmé
La conséquence à long terme de cette faillite morale est une régression historique. Officiellement, les matrones et accoucheuses traditionnelles sont combattues par les autorités de la santé, accusées de manquer de science et de modernisme pour sauver des vies. Mais face à la certitude du racket et de la mort froide dans les grands centres, on risque d’assister à la réactivation naturelle des accoucheuses traditionnelles dans les quartiers et les villages.
Si ces matrones subsistaient autrefois dans les zones les plus reculées, les femmes enceintes des villes pourraient décider, désormais, de s'en remettre à elles pour fuir l'abattoir des hôpitaux de référence. Il y a une profonde ironie à vouloir éliminer ces accoucheuses de brousse au nom de la modernité : lorsqu'une femme est surprise par le travail au champ ou dans la rue, ce sont des mains inexpertes qui accueillent le nouveau-né, et ils ne meurent pas. Les femmes préfèreraient désormais le risque de la brousse, convaincues qu'une matrone de village ne tentera jamais sciemment d'attenter à leur vie ou de retenir leur cadavre pour une facture de 380 000 FCFA, comme l'a osé la direction du CHU de Yaoundé.
Le Radar de Komiaza
Le meurtre médical d'Assako Clémentine prouve que la corporation de la santé souffre d'un analphabétisme moral que les rappels à l'ordre feutrés de l'ONMC ne peuvent plus guérir. Le Cameroun des hôpitaux est malade de son impunité. Chasser les matrones traditionnelles sous prétexte qu’elles manquent de diplômes tout en laissant des diplômés transformer les blocs en tiroirs-caisses est une tartuferie politique. On ne sauve pas des vies en éliminant des vies. Il est temps d'activer la radiation définitive, la confiscation des biens de ces prédateurs et la prison ferme pour homicides criminels.
Aux directeurs d'hôpitaux, aux chirurgiens racketteurs et aux gestionnaires de morgues qui confisquent les corps pour quelques billets de banque, ne l’oubliez jamais, quoi que vous fassiez ou quoi qu'il vous arrive : le sang de Clémentine souille vos blouses blanches. On stoppe le terrorisme hospitalier par la fermeté pénale ou on continue de regarder nos maternités devenir des abattoirs humains ? Ah ! Les familles endeuillées sont déjà debout ! Car ce qui s'est passé à Yaoundé résonne comme un signal d'alarme pour la survie de toutes les mamans partout ailleurs dans le monde.
Augustin Roger MOMOKANA







